Dans le cadre d'une campagne visant à discréditer la CGT, mais aussi toutes les formes du mouvement, il y a bien sûr le Figaro et ses annexes dans la télé publique comme Nathalie St Cricq, il y a les représentants du capitalisme « éclairé » version Joffrin et Libé.
Mais on parle moins du travail de sape mené par Ouest France : ce journal qui se présente comme apolitique -mais défenseur d'un centrisme modéré donc objectif- multiplie, outre ses reportages de terrain orientés (récemment encore un article dicté par Michel Cadot sur les casseurs qui viennent de l'Ouest – honte à eux qui discréditent nos belles régions modérées!), des éditos, des tribunes pour défendre la loi travail et surtout attaquer ses adversaires . Lundi dernier à la veille de la grande mobilisation que Ouest France n'a pas bien vue, c'est à Jean Kaspar que Ouest France confiait le soin de dénigrer lles adversaires de la loi travail. Lire http://www.ouest-france.fr/economie/emploi/loi-travail/loi-travauk-cgt-cfdt-deux-conceptions-du-syndicalisme-4296539/
Comme membre du conseil national confédéral de la CFDT, j'ai bien connu J Kaspar qui est devenu secrétaire de la confédération parce que le congrès de Strasbourg ne pouvait pas élire Notat. Je suis de ceux qui ont tenté d'empêcher le putsch contre lui de la part des intégristes libéraux qui voulaient en cours de mandat le remplacer par Notat.
J Kaspar passait à l'époque pour plus pragmatique, plus syndicaliste, plus ouvert qu Notat. Il n'en est que plus affligeant de voir sa tribune, expression vraiment caricaturale du dogme syndicaliste-libéral.
Pour ne tromper personne, je précise que je ne suis plus membre de la CFDT depuis 1999, quittant un syndicat qui avait refusé au Congrès de Lille de donner une place en son sein aux chômeurs.
J'ai envoyé cette réponse à Ouest France qui pour l'instant ne l'a pas publiée.
Deux conceptions de la défense des salariés... des précaires et des chômeurs
Jean Kaspar , ancien syndicaliste CFDT, ancien conseiller social d'ambassade, est aujourd'hui consultant. Il s'est toujours présenté comme un pragmatique. On pourrait s'attendre de sa part à une analyse moins caricaturale. C'est dans l'abstrait qu'il écrit ses visions des syndicats, sans parler de ce qui concerne concrètement les travailleurs dans la loi El Khomri : il n'y consacre qu'un petit paragraphe, schématique .
Pour celles et ceux qui se battent contre la loi (ils ne se réduisent pas à « l'élite d'un syndicat ringard ») il ne s'agit pas de défendre des acquis qui ne correspondent plus à tous les figures actuelles du salariat ; mais il ne s'agit pas non plus de se contenter d'afficher des valeurs très générales. Sans sacrifier des droits qui restent utiles à beaucoup, il faut inventer des principes juridiques qui garantissent le droit de toutes et tous contrairement à la loi El Khomri où l'inversion de la hiérarchie des normes, la place donnée par la loi à la négociation d’entreprise renforce les inégalités.
L'entreprise n'est pas un lieu d'exercice démocratique : celui qui la possède détient le pouvoir d'en user et d'en abuser, les salariés n'ont pas de prise sur les décisions fondamentales, et ne sont consultés (éventuellement!) que dans un cadre imposé . Quel capacité leur reste t'il ? Un peu plus ou un peu moins de licenciements en échange de travailler plus pour gagner moins ? Quel choix !
Jean Kaspar ne semble pas non plus prendre la mesure des phénomènes d 'externalisation et de sous-traitance : la négociation d'entreprise y renforce une logique de dumping social, par le chantage permanent à l'emploi et la concurrence sauvage que le droit et les négociations de branche réduisent.
Depuis des années d'autres voies de réforme du code du travail, qui maintiennent les principes fondamentaux de protection des salarié-e-s, sont explorées pour répondre aux nouvelles formes d'entreprises et de salariat: c'est vrai du côté des organisation syndicales mais aussi de spécialistes du droit du travail comme Alain Supiot. Aujourd'hui encore des élus et des juristes font des contre- propositions ( RTT, sécurisation des parcours ...) mais visiblement J. Kaspar ne le sait pas.
Certes il y a bien 2 conceptions du syndicalisme mais nous n'en avons pas la même définition.
Le syndicalisme qualifiée abusivement de « réformiste » ne réforme rien : c'est un syndicalisme d'accompagnement qui se plie aux règles du jeu libéral (et à ses contre réformes) où l’enrichissement des uns se fait au prix de l'appauvrissement du plus grand nombre. Faute de remettre en cause ces règles fondées sur l’appropriation privée, ce syndicalisme se contente de gérer le moins disant : ce syndicalisme soumis à la logique patronale, et à l'acceptation du chantage à l'emploi n’apporte pas de réponse aux risques des négociations d'entreprises. Par exemple, le bilan de la gestion de l'assurance chômage par le couple CFDT-MEDEF depuis 1992 c'est une baisse continue de l'indemnisation et l'incapacité à prendre en compte les précaires : ils ont fait de Pôle emploi une machine à broyer les chômeurs et font disparaître l'idée même de service public. Est ce là « ne pas renoncer aux valeurs » ? Est ce là la capacité à défendre l’émancipation des travailleurs ?
Le mouvement actuel dans ses diverses composantes se fonde sur la non-acceptation de ces règles libérales, sur le refus de la précarisation et sur la recherche de solutions qui respectent les personnes. Parce qu'elles (et ils) le vivent tous les jours (voir le site « on vaut mieux que ça ») précaires et jeunes sont les plus à même d'inventer collectivement des solutions. Dans cette démarche émancipatrice ils rencontrent les préoccupations de syndicats qui n'ont pas abandonné la défense des salarié-e-s et défendent vraiment des garanties nouvelles, individuelles et collectives.
C'est à partir de la « mesure du réel » que se construit l’aspiration à une vision plus globale du monde à construire retrouvant ainsi ce qui a fait 2 siècles de luttes sociales et politiques pour changer la vie.
Etienne Adam ancien secrétaire de la CFDT Basse Normandie