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Billet de blog 23 janv. 2015

La Grèce, source de la démocratie encore une fois

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Depuis l'annonce des élections en Grèce une thématique revient sans cesse dans les discours officiels, même si depuis quelque temps certains se risquent sur le thème « Syriza ce n'est pas si à gauche, si terrible »,

Nous devons pas oublier le cri du cœur, à chaud , ce premier réflexe qui disait : «  panique en Europe » devant la possibilité de victoire de Syriza. Cette façon de voir en dit long sur la vision du monde des politiques, des « élites » administratives et financières et des médias. A eux seuls, ils sont l'Europe, l'Europe est leur propriété puisqu'ils se l'approprient ainsi.

Qui a peur du grand méchant loup Syriza ? Les Grecs ? non parce qu'ils vont voter pour eux, Les peuples d'Europe ? Non parce qu'on aurait vu fleurir les sondages pour nous prouver ce qu'il faut penser puisque la majorité le pense.

Les paniqués ce sont eux : les dirigeant européens, et surtout ceux de l'Allemagne, la FMI qui annonce tout de suite des représailles, l'Union Européenne avec les prises de position de Junker ou celles de Moscovici pour dire aux Grecs qu'il faut préférer les vieilles têtes connues... mais ce sont aussi tous les dirigeants européens quelques que soient leur nuances dans l'expression du soutien affirmé de Rajoy au double discours de Hollande et ses amis « bien sur les Grecs votent ce qu'ils veulent... mais il faut respecter les décisions prises ».

Toutes celles et ceux qui ont créé, soutenu, la « troîka » s'affolent parce qu'à travers cet outil s’expérimentait une nouvelle forme de gouvernance, celle des experts dont la voix doit l'emporter sur le « vulgum pecus ». Une victoire de Syriza sera une défaite de la troïka, cette substitution de la décision « technique » des spécialistes ( libéraux) au débat démocratique,

Comme le dit très justement Slavoj Zizek dans l'Humanité du 19 janvier «  un idéal se dessine derrière la réaction de l'establishment européen […] la meilleure expression de cet idéal c'est un article de Gideon Rachman dans le Financial Times (18/12/2014) : «  le maillon faible de la zone euro, ce sont ses électeurs » ( Europe'sweakestlink is the voters) ».

Bien sur, une victoire de Syriza permettra de sortir la Grèce de la situation catastrophique actuelle, elle peut aussi constituer aussi le début du changement en Europe, une première rupture, exprimer le besoin de rompre avec la logique qui détruit le commun en Europe et favorise le nationalisme et le populisme de droite.

Mais à une condition, que nous soyons capable de mener un combat commun partout en Europe pour un nouveau projet nommé développement solidaire, coopération et démocratie,

La rupture avec les politiques d'austérité menées par les institutions européennes et les gouvernement ne doit pas se limiter à la nécessaire fin de l'expérience grecque désastre social de tiers tiers-mondisation d'un pays européen que nous avions fait notre en le faisant rentrer dans la zone euro. Le combat pour la restructuration de la dette, des dettes publiques, nous devons l'exiger ici aussi par le refus de payer les emprunts toxiques dans les collectivité et les hôpitaux . La bataille contre la destruction du code du travail par la loi Macron (et pas seulement sur le travail du Dimanche) doit s’enrichir d'un soutien politique à Syriza dans sa démarche de rétablissement du code du travail en Grèce, et la dénonciation des effets en Grèce doit servir à notre combat ici. Nous devons prendre conscience qu'il ne s'agit plus de politique extérieure, d'un internationalisme abstrait de solidarité idéologique. Nous devons être capable de voir de montrer que ce qui se joue là bas à des enjeux directs ici.

Nous devons éviter ce qui se dessine déjà par la banalisation de Syriza pour l' opinion publique européenne que l'on voit fleurir dans une partie de la presse : des Echos appelant à en finir avec la dette grecque à Quatremer « la voix de son maître de l'UE » évoquant le « Junker – Tsipras même combat » sur son blog en passant par Guetta préparant les auditeurs de France inter en limitant la portée du vote grec, c'est le même contre feu, C'est une affaire de Grecs, ou c'est au plus une affaire gréco- européenne qu'il faut peut être négocier mais ce n'est pas une affaire européenne. Ca ne remet pas en cause la politique de toute l'UE (et le plan Junker de « relance » suffit), Nous nous devons en faire un débat sur l'ensemble de la politique austéritaire de l'UE dire partout que les ruptures grecque sont aussi les nôtres, En faire un des enjeux du débat public des départementales face aux collectivités endettées, aux service public abandonnés dans les quartiers et les territoires, face à la montée de la pauvreté et de la misère issue du chômage qui submerge les dispositifs d'aide des départementales des communes et même des associations caritatives. Nous ne sommes pas tous grecs mais beaucoup de « nos pauvres » commencent à s’en rapprocher dangereusement.

Au delà de la remise en cause de l’orientation austéritaire, une victoire de Syriza a une autre dimension fondamentale : rouvrir le jeu démocratique que des années de construction européenne libérale ont cherché à réduire. Pour le première fois depuis bien longtemps, les électeurs ne sont pas face à un seul choix  : le libéralisme ou le libéralisme. Jusqu'à présent la technocratie néolibérale de Bruxelles et ses répliques nationales étaient présentées comme la seule « réponse» aux gesticulations des FN Aube Dorée et autres... ces derniers étant instrumentalisés pour légitimer les premiers.

Le 25 janvier, et un gouvernement Syriza qui applique même avec difficulté son programme, c'est la réhabilitation du politique comme outil collectif de changement et de transformation sociale. Et ceci n'est pas seulement le souci de Syriza mais aussi la nôtre, sa réussite aura des conséquences sur la réouverture dans tous les pays d'Europe de notre espace politique. Il ne s'agit pas seulement de donner le bon exemple en Europe et de créer une stratégie de dominos avec une prochaine victoire de Podemos en Espagne.

Si Syriza perd, l’Europe qui triomphera sera «  l'Europe des valeurs asiatiques » (Zizek), confortant fortement une tendance du capitalisme à suspendre ou réduire la démocratie. Ce sont alors les valeurs qui font l'Europe des peuples, qui seront encore plus bradées, sacrifiées au profit des groupes financiers et des possédants : la démocratie, la confiance dans le peuple, la solidarité égalitaire... chères à beaucoup de celles et ceux qui étaient dans la rue le 11 janvier

Toute avancée de la démocratie mérité d'être défendue même si nous pensons qu'elle est insuffisante, même si nous affirmons notre droit à une alternative plus radicale.

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