POUR L’OUVERTURE D’UN DÉBAT STRATÉGIQUE !

Ensemble ! souffre, comme toutes les organisations politiques, d’un manque d’orientation stratégique claire. La réflexion sur le sens de ce qui fondait Ensemble ! avait été engagée avec le travail réalisé autour du texte « refonder un projet d’émancipation » en 2015. Depuis, nous avons pour le moins perdu de vue cette dimension essentielle pour une organisation politique.

 
Ensemble ! souffre, comme toutes les organisations politiques, d’un manque d’orientation stratégique claire. La réflexion sur le sens de ce qui fondait Ensemble ! avait été engagée avec le travail réalisé autour du texte « refonder un projet d’émancipation » en 2015. Depuis, nous avons pour le moins perdu de vue cette dimension essentielle pour une organisation politique. Lors du dernier Conseil National, nous avons été un certain nombre à estimer que Ensemble ! devait reprendre cette réflexion, d’autant plus que le mouvement social en cours pose les questions de la transformation en termes nouveaux. Le présent texte n’est pas une résolution politique mais un premier questionnement non exhaustif pour ouvrir un chantier stratégique. Il a pour objet de susciter un large débat sur ces questions au sein de notre mouvement.


Lorsqu’ en politique, l’on parle de stratégie, de quoi s’agit-il ?

Il s’agit de construire une cohérence entre un objectif révolutionnaire - car nous nous réclamons bien du dépassement du système capitaliste par la révolution - et le chemin pour y parvenir. Comment une vision à long terme influe sur les choix et comportements immédiats ? Comment des axes dessinant les contours d’une autre société que celle dominée par le capitalisme permettent de répondre aux urgences, aux luttes et aux échéances ? Et ce, en leur donnant du sens et de manière à ne pas se comporter comme un mouvement sans cap ni boussole. L’élaboration stratégique ne peut être menée qu’en lien avec les luttes et les expérimentations alternatives, elle doit se faire en commun avec des forces syndicales (qui se posent la question d’un syndicalisme de transformation de la société) associatives (qui visent à construire un autre monde) des acteurs-trices sociaux, intellectuel-le-s et culturel-le-s, les citoyens et citoyennes en mouvement …

Comment sortir du capitalisme ? Comment redéfinir ce qu’est la Révolution ?

Quels outils pour assurer le partage des richesses, Faut il s’en tenir au partage des richesses, quelle place pour le « marché » ou sinon, quelle alternative au « marché » ?

Comment développer une citoyenneté vraiment active, une égalité réelle et une société qui ne laisse personne de côté ?

Notre référence à l ’écologie n’implique t’elle pas de remettre en cause les rapports de domination créés par la marchandisation, y compris ceux sur la nature?

La citoyenneté dans la cité est-elle compatible avec la subordination dans le travail ? Faut-il mettre en cause le droit absolu d’user et d’abuser de la propriété ?

Face aux tensions internationales croissantes, comment promouvoir la paix et le désarmement comme condition première du développement de l’humanité ?


I. Sortir du capitalisme

Les contradictions internes à la reproduction du capital offrent-elles les mêmes possibilités que ce qu’elles étaient lors de la majeure partie du siècle précédent ? Le capitalisme a subi des mutations structurelles importantes : modifications technologiques et révolution de l'information et de la communication, modifications des appareils productifs, mondialisation, financiarisation des activités économiques, ... qui doivent nous obliger à une analyse de la société française actuelle dans son insertion internationale, avec des nouvelles formes de rapports salariaux, des extensions de la marchandisation, une marche vers l’autoritarisme et l’arbitraire et le recours à la tension internationale comme incitation aux réflexes grégaires. Quelles sont les effets de ces bouleversements sur les classes ? Le système capitaliste est-il socialement, démocratiquement, écologiquement aménageable ? Peut-on espérer une restauration du compromis fordien comme lors du New-Deal ou de ce que l’on a appelé les « trente glorieuses » ? Que penser de l'option du Green New Deal ?


II. Comment ?

A la place de la rupture instantanée type « grand soir », qu’entend-on par « transition » ou « processus », une construction dans une durée plus longue ? Une révolution longue, donc, dont les germes - le « déjà là » - existent y compris dans la société actuelle. En quoi l'autogestion n'est-elle pas seulement un objectif pour plus tard ? - La question du pouvoir (et des appareils d’état), faut-il le « prendre » ? Qui le « prend » ? Pour sortir du capitalisme, quels instruments pour la construction de l’auto-organisation ? Dès lors quels types de rapports concevoir entre notre visée à long terme d’Émancipation de tous et toutes et le traitement des enjeux les plus immédiats ? Ne peut-on pas mettre en débat public des éléments d’alternative globale pour modifier les rapports de force et les perspectives ici et maintenant, mettre en perspective l’existant (les coopératives, les expériences écologistes par exemple …). Comment articuler développement des expérimentations de terrain et lutte globale contre le capitalisme ? Comment concevoir l’appropriation sociale dans le contexte de mutation du capitalisme (entreprises-monde s’autonomisant par rapport aux États, éclatement des processus de production, centres de décision de moins en moins identifiables…) ? Quelles réponses apporter à la dimension écologique de la crise globale et à l’urgence climatique ?

      • Du point de vue de la définition des objectifs de luttes immédiates.
      • Du point de vue de la convergence de situations sociales diversifiées. Nous devons assumer la nécessité d’un front, d’un bloc historique. Comment prendre en compte la complexité et la dispersion des classes sociales dans un projet unificateur (exclus, précaires, couches techniciennes, diplômés-déclassés, quelle place pour quel syndicalisme? Quels rapports établir entre lutte des classes et rapports sociaux de genre et « ethniques » ? Dit autrement y a -t-il des causes plus importantes que d’autres ou le rassemblement de situations éclatées peut-il se faire sur la base d’un double dénominateur commun : la cause du problème et ce que veut dire tout de suite pour chacun/e Émancipation ? Quel féminisme et quel antiracisme aujourd’hui ?
      • Du point de vue de notre opposition aux dérives sécuritaires, aux atteintes et aux menaces contre les droits et les libertés et à la mise en place d’états autoritaires dans différentes régions du monde quel antifascisme aujourd’hui ?
      • Du point de vue des capacités transformatrices du mouvement populaire et de la question de l’état. La crise démocratique n’est-elle pas une crise du système représentatif ? S'agit-il de l’améliorer ou de le dépasser ? Y a-t-il un moment où le mouvement populaire doit confier la réalisation de ses objectifs et le passage à la loi à d’autres qu’à lui-même ? Il est indispensable de penser les conditions nécessaire au dépassement du système de « représentation », hérité de la « démocratie bourgeoise », et à l’avènement d’une démocratie active. ? Dit autrement : l’autogestion est-elle un horizon lointain ou aussi le moyen, comme pratique immédiate, d’aller de l’avant ? Quelles conséquences en tirer quant à notre approche des échéances électorales .
      • Comment prenons-nous en compte la nouvelle culture politique exprimée dans les nouvelles mobilisations et révolutions qui ont émergé depuis 2010/2011, les mouvements des places... etc : démocratie réelle, horizontalité, refus de la représentation, des chefs et de la hiérarchie, combinée à des pratiques de désobéissance et de non-violence mais aussi, parfois, le refus de condamner la violence utilisée par une une partie même de ces mouvements ?
      • Quelles conséquences en tirer sur les rapports entre le social et le politique ?

  III Un nouvel internationalisme à la hauteur des enjeux actuels

Comme nous y invite le mouvement altermondialiste, il faut reconsidérer les rapports entre luttes locales, nationales et internationales ; comprendre comment avec des cultures et une histoire différentes chaque peuple est confrontés aux mêmes antagonismes.  Cela montre qu’il faut-il reconsidérer ce que l’on entend par internationalisme et stimuler les initiatives de coopération . Comment penser les institutions internationales qui remplissent des fonctions « étatiques supranationales » et concevoir une action sur ces terrains ? Libérer l’Europe de la domination du capital est un enjeu actuel . Au-delà de la persistance de la « question nationale » et du droit à l'auto-détermination qui se posent en France (Corse, Kanaky...), en Europe et à l'échelle mondiale, quelle analyse faisons-nous de ces questions en ce qui concerne l'Alsace, la Bretagne, l'Occitanie et d'autres « territoires de France » ?


L’organisation révolutionnaire

La crise généralisée des structures organisées, qu'elles soient associatives, syndicales et plus encore politiques est un élément important du contexte actuel. Pour beaucoup, et notamment dans la jeunesse, se mobiliser n'implique pas de s'organiser, alors que c'est pourtant une nécessité. Cette crise doit donc nous convaincre de ne pas reproduire l'existant : ne doit-elle pas nous inciter à réfléchir et à inventer d'autres formes d'organisations que celles du passé ?

Nous devons comprendre les comportements identitaires qui touchent toutes les organisations et en font un facteur de crise. Faut-il l’expliquer par une panique devant le risque de « perdre le sens » ; est ,un réflexe de survie, ou la seule défense d’un intérêt bureaucratique ?   Certes, la force motrice des transformations révolutionnaires est la grande masse des exploité/e /s et des dominé/e/s ; mais il reste à permettre le passage d’aspirations individuelles à l’action collective.  Ne faut-il pas repenser l’organisation à partir de tout ce qui précède ? Comment les individus peuvent-ils s’organiser, « s’organiser» ou « être organisé-e-s » ? Quelles sont alors les fonctions essentielles  d’une organisation révolutionnaire, ses caractéristiques, ses contours ? Et quelle devrait être sa structure ?
Il nous faut à partir de ces questionnements (et d’autres immanquablement à venir) définir stratégiquement l’orientation, le fonctionnement et la place d’Ensemble ! 

 


Le groupe de travail : Etienne ADAM (14), Bruno DELLA SUDDA (06), Jean Louis GRIVEAU (29), Marie- Claude HERBOUX (14), Cecile LEROUX (05), Sylvie LARUE (35), Béa WHITAKER (75), Pierre ZARKA (71) 

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