Pour une finance au service du climat

Demain au Parlement européen aura lieu un vote crucial qui déterminera si l'UE tiendra ou non les engagements pris dans le cadre de l'accord de Paris. Les eurodéputé⸱e⸱s se prononceront sur le plan d'action de la Commission sur la finance durable. Les investissements d'aujourd'hui déterminent notre planète de demain mais pas n'importe lesquels, et c'est tout l'enjeu de ce vote.

Les investissements d'aujourd'hui déterminent l’état de notre planète demain. Les investissements « verts », c’est-à-dire bénéfiques plutôt que nuisibles pour le climat, sont de plus en plus à la mode. Mais pour éviter les abus du label durable et l'écoblanchiement (greenwashing), il convient de définir un cadre européen précis et ambitieux. L'UE doit montrer l’exemple au niveau mondial.

Si le plan d’action de la Commission européenne sur la finance durable est bienvenu, il doit être amélioré. En mai dernier, la Commission a proposé d’établir des critères harmonisés pour déterminer si un investissement peut être qualifié de durable sur le plan environnemental. Mais pour respecter l’accord de Paris et son objectif de limiter la hausse des températures à 1,5°C, le texte doit être plus ambitieux. La question de savoir si l'UE tiendra cette promesse dépend beaucoup d'un vote crucial ce jeudi au Parlement européen.

Nous les eurodéputés écologistes ne voulons pas d’un simple « label vert » qui cohabiterait avec un secteur financier entêté qui continue de massivement financer les énergies fossiles[1] . Nous n’acceptons pas de délivrer une « caution verte » à un système qui nous mène droit dans le mur. Nous voulons une véritable réorientation de l’ensemble des investissements vers un avenir durable. C'est pourquoi nous proposons trois grandes améliorations à ce projet de loi.

Premièrement, ce cadre législatif ne doit pas se limiter à une « niche verte » mais s’appliquer à tous les acteurs financiers afin d’encourager la nécessaire transition vers des investissements durables. Nous proposons donc d'en étendre l'application à une gamme de produits financiers beaucoup plus large, comprenant notamment les actions ordinaires et les comptes bancaires.

Deuxièmement, il n’est pas suffisant de définir ce qu’est un investissement durable : il faut aussi identifier ce qu’est un investissement nuisible. Un signal fort doit être envoyé aux investisseurs : certaines activités comme la combustion du charbon ou l'extraction du gaz de schiste doivent appartenir au passé. La transparence permettra aux investisseurs et aux actionnaires d’évaluer facilement le caractère durable ou non d’un investissement.

Troisièmement, nous devons empêcher l’écoblanchiment des investissements durables. Les forces libérales et conservatrices cherchent à affaiblir la définition d’un investissement durable de façon à pouvoir s’attribuer le label plus facilement. Le climat mérite mieux que des petits arrangements entre ennemis du climat. Aucune ambiguïté ne doit être tolérée sur ce qu’est un investissement durable. Soyons clairs : il n'existe pas de « charbon propre » ou de « nucléaire durable ». C'est pourquoi nous proposons d'exclure explicitement de ce label tout investissement dans les combustibles fossiles ou l'énergie nucléaire. Par ailleurs, nous souhaitons garantir que des investissements durables sur le plan environnemental respectent aussi pleinement les normes sociales et les droits humains.

Ces trois propositions écologistes seront soumises au vote ce jeudi à Strasbourg. C’est un vote déterminant. J’appelle mes collègues eurodéputé.e.s à être à la hauteur du défi climatique et à voter en faveur de ces propositions. Pour que le financement d’activités polluantes appartienne au passé. Et que nos investissements se tournent résolument vers les générations futures. Mettons la finance au service du climat.

Eva Joly

[1] En novembre 2018, dans son rapport sur les investissements des banques françaises « Banques françaises, les fossiles raflent la mise », l’ONG Oxfam de novembre 2018 révélait qu’en 2016 et 2017, sur 10 euros de financements accordés par les banques au secteur énergétique, 7 euros sont allés aux fossiles contre 2 euros seulement aux renouvelables : https://www.oxfamfrance.org/rapports/banques-francaises-les-fossiles-raflent-la-mise/

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