Deux romans sur l’Algérie (1/2) - « Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra

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Ce que le jour doit à la nuit, aujourd’hui édité en poche, est l’avant-dernier roman Yasmina Khadra, un ancien officier de l’armée algérienne reconverti avec succès dans l’écriture, ayant signé des best-sellers tels que L’Attentat ou Les hirondelles de Kaboul. L’action du roman se situe dans l’Algérie des années 1930, jusqu’aux années de la guerre d’indépendance, arrachée en 1962. Le jeune Younes est à la fois le personnage principal du roman et le narrateur. Dans la première partie de l’ouvrage, le récit de son enfance miséreuse dévoile le tableau peu glorieux de l’Algérie coloniale. Mais la destinée du jeune homme va se distinguer de celle du peuple algérien dans son ensemble. Recueilli par son oncle, un pharmacien intégré à la communauté européenne, Younes devenu Jonas devient porteur d’une double identité qui dérangera les plus sectaires et les plus radicaux des deux camps (colons et colonisés) qui s’affronteront jusqu’à la déchirure définitive.


A travers une histoire d’amour impossible entre Younes et une jeune femme appelée Emilie, Khadra livre ici un roman dans lequel les destinées individuelles se heurtent à l’Histoire en marche, lorsque la montée aux extrêmes balaie toutes les nuances et toute la complexité des rapports humains, soumis à une logique binaire dévastatrice. Mettant en lumière l’injustice fondamentale de la colonisation, l’auteur n’en oublie pas moins la diversité des communautés européenne et algérienne, et l’on sent chez lui comme un regret de ce qu’une solution « à la Camus », celle d’une réconciliation fondée sur une égalité réelle, n’ait pu voir le jour. Si certains trouveront les ficelles utilisées par Khadra parfois un peu grosses, il faut reconnaître que son style d’écriture est simple, agréable et enlevé, et que l’histoire « fonctionne », jusqu’à créer l’émotion, en particulier dans les dernières pages du livre. Ce que le jour doit à la nuit est donc un excellent roman populaire, qui divertit mais traite aussi d’enjeux lourds comme le passé colonial et la mémoire de la guerre d’indépendance.
A lire : http://bibliobs.nouvelobs.com/20091224/16673/lincroyable-monsieur-khadra

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