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Billet de blog 2 avr. 2019

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Ainsi fut Auschwitz de Primo Levi

« Il nous a été donné de vivre (et ce n’était pas de notre fait) une expérience fondamentale et d’apprendre sur l’Homme certaines choses que nous sentons nécessaire de transmettre » écrit Primo Levi en 1973.

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Comment témoigner après Auschwitz ? Primo Levi, écrivain et chimiste, s’y est appliqué avec rigueur dès la fin de la guerre. C’est avec le « Rapport sur l’organisation hygiénique et sanitaire du camp de concentration pour juifs de Monowitz (Haute-Silésie) » coécrit avec son ami le docteur en médecine Leonardo De Benedetti, que débute Ainsi fut Auschwitz. Les deux hommes, anciens déportés, témoignent forts de leurs compétences scientifiques et de l’esprit analytique qui les caractérise. Les textes qui suivent, dont certains inédits, couvrent quarante ans d’expressions littéraires, de 1945 à 1986.

 L’auteur démonte le mécanisme de déshumanisation des nazis. Il y est parvenue grâce aux relations entretenues après la guerre avec d’anciens compagnons de détention, et en prenant du recul  grâce à des observations détaillées, des analyses précises et circonstanciées, tel un chercheur mû par des valeurs de loyauté, d’humilité et d’honnêteté. Primo Levi, le chimiste, ira jusqu’à enquêter sur ce zyklon B auquel il a échappé et par lequel la femme de son ami Leonardo a été assassinée.

 Lire ces vérités, que d’aucuns continuent de vouloir effacer, c’est aussi approcher la machine d’extermination par le biais de descriptions motivées par la nécessité. « […] on a entrevu les symptômes d’une maladie trop grave pour qu’il soit permis de les taire » écrit Levi en 1961. Lui qui a connu l’expérience intime de l’horreur humaine n'aura de cesse de témoigner « afin que rien de semblable ne se reproduise plus ».

Les lecteurs de Si c’est un homme retrouveront l’écriture et la conscience morale de l'auteur italien, qui fut arrêté pour résistance et déporté parce que juif. « Nous sommes des hommes, nous appartenons à la même famille humaine que nos bourreaux », relève-t-il en 1955, et de poser la question : « Qui peut se prétendre absolument immunisé contre cette contamination ? »

Malgré l’innommable vécu, Levi conservera un esprit critique et lucide, porté par le sens du devoir moral. Sources historiques inestimables, ses écrits transmettent un savoir essentiel.

Ainsi fut Auschwitz. Témoignages (1945-1986) de Primo Levi, avec Leonardo De Benedetti. Traduction de Marc Lesage. Édition, établie par Fabio Levi et Domenico Scarpa. Collection « Le goût des idées », éditions Les Belles lettres, février 2019.

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