Le petit terroriste d’Omar Youssef Souleimane

C’est le livre d’une enfance passée entre la Syrie et l’Arabie saoudite. L’adulte qui se souvient est un poète syrien, aujourd’hui exilé en France. Le petit terroriste c’est lui, Omar, qui prétend à l’époque partager avec Ben Laden plus qu’un prénom.

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Le garçon découvre le pays où ses parents ont immigré. Tous deux travaillent dans un centre de santé à Riyad. Lui se partage entre l’école et le foyer familial. Son père, Youssef, sa mère, Siba, sont salafistes et son frère, Selim, adepte de la Playstation. La vie telle qu’elle est, en somme, à ceci près qu’aux péripéties intimes et personnelles vient se greffer le fait historique. Le World Trade center s’écroule sur les écrans du monde entier. Chez Omar, l’heure est aux réjouissances. Les USA payent pour leurs crimes, enfin. Le garçon pose un regard singulier sur le monde, prompt à en révéler les paradoxes et l’absurdité, et aussi, la beauté et l’étonnement. Il aura tenté de croire mais son acuité intellectuelle, sa sensibilité, toute cette poésie en cours de gestation qui fera l’homme qu’il est devenu, lui évitèrent la violence et l’aveuglement. L’enfant aimait la vie, l’amour et puis un poète porte la plume, pas les armes.

 Sa voix décrit avec sincérité. Le lecteur occidental plonge dans un univers exotique et apprend à comprendre. Ce Petit terroriste donne l’occasion de se mettre à la place de l’autre, sans tromperie ni manichéisme. C’est un livre qui puise son authenticité dans sa forme et son économie. Pas de thèse, pas d’idéologies revendicatives, pas de pathos, mais un réalisme fin et expérimenté. Après quatre ans passés en Arabie saoudite, c’est le moment du départ. Omar a vécu : « Mes yeux étaient limpides, vides de croyances et prêts à accueillir le monde tel qu’il était. »

 

Omar Youssef Souleimane est né en 1987 en Syrie. Auteur chez Flammarion de Le petit terroriste (janvier 2018) écrit en français. La version poche a paru en janvier 2019 chez J’ai lu.

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