Brexit : l'arrogance des élites

L’on peut ergoter à perte de temps sur l’opportunisme d’un David Cameron s’étonnant du vote de ses concitoyens alors qu’il a construit une bonne partie de sa carrière sur l’euroscepticisme. On peut aussi refaire le débat et ruminer la mauvaise foi des arguments xénophobes des partisans du Brexit.

Ces constats n’expliquent pas à eux seuls les résultats du vote. L’Union européenne, telle qu’elle se présente aujourd’hui, ne fait pas envie aux Britanniques et singulièrement pas à ceux qui sont socialement les plus exposés, les plus fragiles.

Depuis des jours, et plus encore vendredi, les dirigeants européens martèlent qu’ils vont changer l’Europe, lui donner un visage plus humain, moins orienté vers les seuls milieux d’affaires, plus démocratique. C’est tout juste s’ils ne faisaient pas mine de découvrir que l’Union européenne est mal-aimée par la communauté des peuples qui la composent.

Pourtant, d’Angela Merkel à Jean-Claude Juncker, de François Hollande à Martin Schulz, tous portent une part de responsabilité dans cet échec.

Parmi les voix nombreuses qui exigeaient, vendredi, la démission du président de la Commission européenne, celle de l’écologiste français François de Rugy se singularisait car émanant d’un représentant politique modéré, bien loin des diatribes imbéciles des Le Pen, Wilders ou Petry. Juncker symbolise l’UE des «petits arrangements entre chefs d’État et de gouvernement», a-t-il dit. Il est gentil, François de Rugy.

Juncker fait partie de ces dirigeants qui ont imposé en 2007 le traité de Lisbonne, copie presque conforme du projet de Constitution européenne que Français et Néerlandais avaient rejeté deux ans plus tôt.

Ce n’était pas un «petit arrangement» que de piétiner ainsi le plus fondamental principe démocratique. Ce passage en force incarnait à lui seul toute l’arrogance et le mépris des élites pour la volonté exprimée par les peuples dans les urnes.

Juncker est de ceux qui, au nom du sauvetage des banques allemandes et françaises, ont humilié et plongé les Grecs dans les abîmes d’une pauvreté dont ils ne sont pas près de sortir.

Jeudi, alors que les Britanniques se rendaient dans les isoloirs, la seule intervention notable de la Commission européenne a été de cogner sur le gouvernement portugais pour ses dépassements budgétaires et son manque de célérité à «libéraliser le marché du travail», c’est-à-dire à démanteler les acquis sociaux. C’est sûr, ça fait rêver.

Les exemples pourraient presque être déclinés à l’infini, à l’image de ce TTIP, l’accord de libre-échange avec les États-Unis, plébiscité par Juncker, Merkel et tant d’autres comme François Hollande dont la volte-face sur le sujet n’est motivé que par des raisons bassement électorales. Tout se passe comme si nos élus prenaient systématiquement le contre-pied de ceux qui les ont portés au pouvoir.

Tout arc-bouté sur leur foi en l’idéologie d’un marché autorégulateur, ils nient l’évidence de leur échec. Et presque partout en Europe, l’extrême droite n’a plus qu’à se baisser pour ramasser les voix de laissés-pour-compte de plus en plus nombreux.

Les votes français et néerlandais en 2005 étaient un avertissement clair. Les dirigeants européens n’ont pas su ou n’ont pas voulu l’entendre. Le vote britannique est une confirmation tonitruante.

Les responsables de cette construction européenne dirigée contre l’intérêt général voudraient aujourd’hui nous faire avaler qu’ils sont la solution du problème. Très sérieusement, qui peut encore les croire?

Publié dans Le Quotidien du 25 juin 2016

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