mot de passe oublié
onze euros les trois mois

Restez informé tout l'été avec Mediapart

Plus que quelques jours pour profiter notre offre d'été : 11€ pour 3 mois (soit 2 mois gratuits) + 30 jours de musique offerts ♫

Je m'abonne
Le Club de Mediapart lun. 29 août 2016 29/8/2016 Édition du matin

«Le Figaro» en eaux troubles

Après le bombardement en Une d'un procès-verbal tronqué en plein incendie Bettencourt, Le Figaro, quotidien dont la direction a toujours su montrer sa vigoureuse indépendance à l'égard du pouvoir en place,récidive. Mais cette fois-ci dans l'affaire Karachi.

Après le bombardement en Une d'un procès-verbal tronqué en plein incendie Bettencourt, Le Figaro, quotidien dont la direction a toujours su montrer sa vigoureuse indépendance à l'égard du pouvoir en place,récidive. Mais cette fois-ci dans l'affaire Karachi.

Le journal de l'avionneur Serge Dassault, par ailleurs sénateur UMP, annonce ce mercredi 1er décembre avoir mis la main sur de précieux documents "secret défense" qui sont censés exonérer Nicolas Sarkozy dans une vente d'armes franco-pakistanaise au cœur du volet politico-financier de l'affaire.

La Pravda
Le titre est sans ambiguïté: «A Bercy, Sarkozy s'est opposé aux contrats avec Karachi». Admirable, mais inexact.

Que dit vraiment ce document, qui est un compte-rendu d'une réunion interministérielle de juin 1994? Que le ministère du budget, dirigé entre 1993 et 1995 par M. Sarkozy sous le gouvernement Balladur, a notamment émis «des réserves sur l’augmentation du coût liée au transfert de technologies» dans le cadre de la vente de trois sous-marins Agosta au Pakistan.

Pour appuyer sa démonstration, le journal cite, comme l'a déjà fait Libération la semaine dernière, le témoignage d'une ancienne fonctionnaire de Bercy devant la mission parlementaire, selon laquelle: «Sur un plan technique, la Direction du budgeta toujours été opposée au contrat de vente de sous-marins au Pakistan. Nous étions en effet inquiets de la situation financière de ce pays.»

 © Reuters © Reuters
Le Figaro oublie seulement de dire que le nom de Nicolas Sarkozy n'est pas mentionné à une seule reprise dans le document qu'il révèle et, par la même, feint de ne pas faire de différence entre les services d'un ministère, qui étaient en effet contre ce contrat catastrophique d'un point de vue industriel et financier, et le ministre lui-même. Entre l'administratif et le politique. Une broutille...

L'analogie faite par le quotidien est d'autant plus vertigineuse que le chef de l'Etat, interrogé à Lisbonne sur l'affaire, a assuré qu'il ne s'était occupé «ni de près ni de loin» du contrat Agosta quand il était à Bercy. Faudrait savoir. Il ne s'en est pas occupé ou il était contre ?

Mais il y a mieux. Comme Mediapart l'a déjà raconté, Nicolas Sarkozy a, avec le ministre de la défense de l'époque, François Léotard, engagé la garantie de l'Etat sur le contrat — il s'agit d'une sorte de caution d'Etat en cas de défaillance financière liée à l'exécution du marché.

Ce que confirmera d'ailleurs un cadre de la DCN, Guy Robin, face au juge Trévidic en octobre 2009: «Il s'agissait d'un contrat qui bénéficiait de la garantie de l'Etat».

Deux personnes signent cette garantie: le ministre de la défense et celui du budget.

L'ancien directeur financier de la DCN, Gérard-Philippe Menayas, a quant-à-lui livré, en novembre 2009, quelques savoureuses précisions sur les dessous financiers d'Agosta dans le cabinet du même magistrat.

Je cite: «Je précise qu'un plan de financement d'un contrat comme le contrat Agosta comportait toutes les données, y compris les frais commerciaux (euphémisme qui désigne les commissions occultes, Ndlr). Or, ce plan de financement était soumis aux autorités de tutelle, c'est-à-dire au ministre de la défense lui-même, au ministre du budget et à la Coface qui garantissait. De ce fait, des exigences hors-normes (les commissions suspectes, Ndlr) avaient toutes les chances d'être refusées. Il y a eu quelques remarques dont je ne me souviens plus, mais c'est passé». Grâce à MM. Léotard et Sarkozy, donc. M. Menayas parle bien là des «ministres». Pas des ministères.

Devant le juge Renaud Van Ruymbeke cette fois, le même témoin a aussi assuré, en novembre dernier, que «le volume total des commissions était validé, contrat par contrat, par les deux ministres du budget et de la défense». Les «ministres», pas les ministères.

C'est là que l'affaire se complique pour le président. Comme nous l'avons rapporté à de nombreuses reprises (ici, par exemple), plusieurs documents, dont une note interne de la DCN et un rapport de la police luxembourgeoise, citent nommément Nicolas Sarkozy, qui, en tant que ministre du budget, aurait donné son «accord» pour la création, au Luxembourg, d'une société-écran de la DCN, baptisée Heine, par laquelle ont transité les commissions suspectes du contrat Agosta.

Une partie de ces commissions auraient ensuite servi au financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en 1995.

Voici la note:

A Lisbonne, face aux journalistes «pédophiles», Nicolas Sarkozy a démenti toute implication dans la constitution de Heine. Il a toutefois ajouté: «Peut-être que le ministère l'a fait à mon nom». Le ministère. Pas le ministre ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Les lecteurs du Figaro, les inconditionnels ne liront pas L' " Officine" Mediapart". A force d'ëtre manipulé, on s'attache.