C’est dans l’ire, sur France 5

J’ai eu Catherine Nay au téléphone. La raison ? La célèbre éditorialiste d’Europe 1 a réalisé, mercredi 28 septembre, un triple boucle piqué journalistique sur le plateau de C’est dans l’air (France 5) pour s’essuyer les pieds sur Mediapart.

J’ai eu Catherine Nay au téléphone. La raison ? La célèbre éditorialiste d’Europe 1 a réalisé, mercredi 28 septembre, un triple boucle piqué journalistique sur le plateau de C’est dans l’air (France 5) pour s’essuyer les pieds sur Mediapart.

L’émission, dont Mme Nay est une chroniqueuse régulière, était consacrée aux embarras de Nicolas Sarkozy, qui a connu, il faut bien le dire, une semaine toute pourrie entre nos révélations sur l’affaire libyenne, la sortie du livre de Patrick Buisson, les mises en causes judiciaires de ses deux “grands flics” préférés et la diffusion, ce soir, d’un Envoyé Spécial sur le scandale Bygmalion.

Catherine Nay. © Europe 1 Catherine Nay. © Europe 1

S’agissant de l’affaire libyenne, Mme Nay est revenue avec cet air débonnaire qu’on lui connaît sur un premier document compromettant que Mediapart avait révélé en 2012 concernant un accord de financement par le régime Kadhafi du clan Sarkozy, à l’occasion de l’élection présidentielle de 2007. Manifestant une connaissance pointue du dossier, l’éditorialiste a lâché une petite bombe : « Même des juges qui sont très proches de l’affaire savent que c’est un faux et le disent. Enfin, en privé au moins ». Ce grand instant de patinage est visible ici, à partir de la 35ème minute.

Bon, alors là, comment vous dire ? Ça m’a mis les abeilles, mais sévèrement. Un journaliste de Mediapart (dont je tairais le nom) avait dans son répertoire le “06” de Mme Nay. Je ne sais pas si vous avez des enfants, mais j’étais avant de l’appeler à peu près dans l’état du petit Robert dans le livre Grosse colère, au moment où il s’apprête à expulser son ire toute rouge.

Après m’avoir expliqué — je vous jure que c’est vrai — qu’elle était en train de se faire masser par « (son) kiné préféré », suivi d’un délicat « donc, c’est pour quoi ? », la journaliste m’a raconté au téléphone avoir croisé un jour un juge parisien sur un trottoir — quand ? —, qu’elle ne connaissait pas, mais avec qui elle avait papoté Libye. Normal, quoi. Ce magistrat, dont elle m’a donné le nom, lui aurait alors dit qu’il pensait que le document était un faux. Waouh !

Seulement voilà : le magistrat en question — si tant est que ce qu’elle raconte soit vrai ; j’ai envie de dire : « Où sont les preuves ? » — n’a jamais été saisi de l’information judiciaire sur les financements libyens, ni sur le fond (c’est le juge Serge Tournaire), ni sur le document révélé par Mediapart argué de « faux grossier » par Nicolas Sarkozy (c’étaient les juges René Cros et Emanuelle Legrand).

J’avoue qu’une telle puissance d’enquête de ma consœur m’a décroché la mâchoire. Je lui ai donc appris qu’après trois ans d’investigations judiciaires consécutives à la plainte de Sarkozy contre Mediapart, nous avions bénéficié avant l’été d’un non lieu, dont les termes ont permis de siffler la fin de la récréation dans cette histoire. Ce n’est pas comme si tout cela avait été raconté en long, en large et en travers dans Mediapart, le 3 juin 2016, avec des morceaux de l'ordonnance des juges dedans.

Là, Mme Nay, auteure en mars 2012 d’un livre sur Sarkozy plein de miel (L’Impétueux, chez Grasset), m’a fait une réponse de toute beauté : « Je ne lis jamais Mediapart, ah ça, non »

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