« Je marche dans la semaine comme un détective de papier. Voici ce que j’y ai ramassé… »
Je me souviendrai longtemps de cette élection. Non pas pour le spectacle, les commentateurs ou les angoisses de dernière minute, mais pour ce qu’elle incarne : le moment où une ville se regarde en face et décide de ne plus accepter le même récit. Zohran Mamdani ne s’est pas imposé par le bruit, ni par le cynisme, ni par le prestige. Il s’est imposé par le réel. Par le terrain, la patience, la cohérence. Cet homme n’a jamais prétendu être au-dessus des autres. Il a choisi d’être parmi eux. On dira qu’il veut taxer les plus riches, défendre les classes populaires, remettre du service public là où l’on avait mis du marché. On parlera de ses prises de positions pour la Palestine, de ses attaques contre les puissances financières, de son ancrage à gauche clair et assumé. Mais au fond, ce qui l’a fait gagner, ce n’est pas seulement un programme : c’est une certaine idée de la dignité collective. New York, ville des récits, des fractures et des renaissances, confie son avenir à quelqu’un qui ne parle pas pour dominer, mais pour rassembler. Cela ne signifie pas que tout sera simple. Gouverner, ce n’est pas militer. Et la hauteur de la fonction exigera des compromis, de la constance, du courage quotidien. Il y aura des oppositions féroces, des colères organisées, des murs invisibles. Il faudra tenir. Mais tenir n’a jamais été le problème de ceux qui ont dû convaincre pour exister. Ce qui commence aujourd’hui, c’est un mandat d’espoir lucide. L’important, ce n’est pas d’attendre un miracle. L’important, c’est de reconnaître ce que cette victoire raconte sur nous. Qu’au cœur des métropoles que l’on disait fatiguées, l’envie de justice n’a pas disparu. Qu’un autre rapport au pouvoir reste possible. Qu’il existe encore des victoires qui élèvent. Et cela, quoi qu’on pense de la politique américaine, dépasse New York. Ce soir-là, une ville immense a décidé de respirer autrement. Nous verrons où cette respiration la mène.
Fabrice Balester pour Regard Noir
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