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Billet de blog 17 janvier 2026

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Zizou une icône Made in Marseille

Il y a des figures qui dépassent le cadre, des silhouettes qui s’imposent dans la mémoire collective comme si elles avaient toujours été là. Zinédine Zidane fait partie de celles-là. Quand on évoque son nom, Marseille redresse le menton. Le club de la ville ne l’a jamais eu dans son onze, mais elle l’a dans le cœur depuis le premier jour.

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« Je marche dans la semaine comme un détective de papier. Voici ce que j’y ai ramassé… »

J’ai toujours été fasciné par ce paradoxe : l’OM n’a jamais vu Zidane jouer sous ses couleurs, alors que Bernard Tapie l’avait repéré quand il faisait ses gammes à Cannes au début des années 90, ce jeune milieu au port altier, encore un peu fin, mais déjà magnétique. L’histoire aurait pu basculer. Elle ne l’a pas fait. Et quelque part, ça a renforcé le mythe : Zidane appartient à Marseille sans jamais y avoir joué. Pas besoin du maillot pour appartenir à une ville quand le sang a déjà fait le travail. Zidane, c’est aussi un passeport pour l’univers. Il a porté des tuniques qui pèsent plus lourd que certaines légendes : la Juventus et son élégance glaciale, le Real Madrid et son insatiable quête de gloire. Dans ces temples, il n’a rien volé. Il a imposé son tempo, ses gestes étirés comme des calligraphies, cette manière d’habiter l’espace en le ralentissant d’un dixième de seconde, juste pour que le reste du monde comprenne mieux ce qu’est la beauté. On pourrait croire que cette élégance cache une forme de distance. En réalité, elle dissimule de l’humilité. Une vraie. Celle qui ne s’exhibe pas. Zidane parle peu parce qu’il n’a jamais eu besoin de parler fort. Et ce caractère, rare dans un football souvent éclaté par le bruit, lui permet aujourd’hui d’attendre son heure avec la même patience que lorsqu’il recevait le ballon, semelle prête, tête froide. Cette heure, chacun sait où elle mène : au banc de l’équipe de France. Il a repoussé le Brésil, rien que ça : la Seleção, son mythe, son pouvoir d’attraction. Il aurait pu devenir le premier sélectionneur non brésilien de l’histoire. C’est Carlo Ancelotti qui a fini par récupérer le poste, mais l’histoire retiendra que Zizou avait les clés en main… et qu’il les a reposées, serein, parce qu’il sait où se trouve sa vraie trajectoire. Avec Zidane, tout revient à une idée simple : la justesse. Sur le terrain, il ne faisait pas des gestes compliqués, il faisait les gestes nécessaires. Ses arabesques, ce n’étaient pas des enjolivures, mais des respirations. Des mouvements qui mettaient de l’ordre dans le chaos. Aujourd’hui encore, vingt ans plus tard, on sent cette trace dans chaque joueur qui tente un contrôle orienté propre, un dribble court, un pas de côté discret mais décisif. Zidane dépasse son sport parce qu’il incarne une manière d’être au monde. Calme. Maîtrisée. Généreuse sans ostentation. Marseille en a fait un fils. La France en a fait un symbole. Le football, lui, en a fait une langue. Et quand je pense à ce gamin de La Castellane devenu icône planétaire, je me dis que l’élégance, la vraie, commence toujours les pieds dans la poussière.

Fabrice Balester pour Regard Noir 

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© GG Images

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