« Je marche dans la semaine comme un détective de papier. Voici ce que j’y ai ramassé… »
Je me souviens de la rue Fortuny, à deux pas du parc Monceau. Villepin y avait racheté la maison autrefois habitée par Sarah Bernhardt. Ce détail m’a toujours frappé : un homme de verbe logé dans la demeure d’une femme de voix. Le lieu en disait long : mémoire, panache, fidélité à une certaine idée du style. Son passage à Matignon ne se résume pas à un titre ou à un poste. C’était un moment où la rigueur et la droiture semblaient guider chacun de ses choix, une respiration lucide au milieu du tumulte quotidien. Villepin agissait comme il écrit : avec tension, rythme et foi. Mais réduire son image à celle d’un chef d’État serait oublier l’homme. Ce que j’admire le plus, c’est la constance de son intégrité. À la tribune de l’ONU en 2002, il osa dire non à la guerre en Irak. Ce jour-là, il redonna au mot France tout son poids de conscience. Face aux menaces et aux tambours de la guerre, il choisit la raison. Son discours reste l’un de ces rares moments où la politique touche à la poésie. Villepin a toujours entretenu un rapport charnel à la beauté. Son amitié avec le peintre Zao Wou-Ki en témoigne : le même appétit de lumière, le même dialogue silencieux avec le chaos. Pour lui, l’art n’est pas une distraction, mais un souffle vital, une manière de tenir debout quand tout vacille. Je ne parle pas d’un ami intime. Disons d’un homme croisé, lu, écouté, parfois écrit. Quelqu’un qui rappelle qu’on peut être à la fois lucide et lyrique, politique et poète, ferme et tendre. Dans ses colères comme dans ses silences, il demeure un homme d’humanité, de vérité, de feu. Dominique de Villepin incarne cette noblesse d’esprit intemporelle. Il n’a jamais cherché à plaire, mais à convaincre. Dans ce refus des compromis faciles réside toute la beauté d’un homme resté debout, face au tumulte, dans la mémoire, sous la lumière.
Fabrice Balester pour Regard Noir
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