Tout le monde sait désormais grâce à nos journaux bienveillants, objectifs et forts submersibles (tirages pathétiques) que le Colonel Macron travaille dur, et qu'il monte vite les escaliers. Alors, pour se détendre, il nous a gratifié hier d'une blague raciste sur les réfugiés comoriens. Elle fait un vrai buzz, ce qui est une stratégie comme une autre pour s'assurer d'un FN fort (ou de s'en attirer quelques voix, why not). Mais la presse qui soutenait jusqu'ici la virilité des poignées de main du Colonel (non, nous ne vivons pas encore sous Staline, je vous rassure !) commente timidement ce dérapage étonnant de la part de son Colonel si racé. N'oublions pas que le monsieur est censé être démocrate. Alors, cet esprit d'entre-soi où l'on s'amuse bien (ah ah ah les esquifs de kwassa kwassa transportent « du » comorien plutôt qu'ils ne pêchent), voilà qui est gênant. Ça sent la troupe. Hum, le Colonel a foiré sa blague. C'est en tous cas ce que dit en substance la communication élyséenne. Foiré ?? Voire… Le président aurait-il été ventriloqué? Parlé ? Mais par qui alors ? Ce qui est sorti l'est bien de sa bouche, et tiendrait plutôt bel et bien du racisme. Dans le style, cela rappelle douloureusement ces reportages sur youtube où une vertueuse marine européenne écrabouille au canon lourd les frêles esquifs de pirates somaliens. Mais c'est une autre affaire, ça, les pirates de Somalie. Ce n'est pas une blague. Pas plus que lesdits somaliens capturés régulièrement, et déportés et jugés à Paris, au mépris de tout droit international. Ne mélangeons pas non plus tout cela avec le jeune Noir qui est tombé le cul droit sur une matraque récemment, les morts « des quartiers », toujours noirs eux aussi. Un par mois. Ne mélangeons pas tout.Pas plus qu'il ne faut s'étonner de journalistes (Léa Salamé, France Inter) qui demandent à la soeur d'un jeune français (noir, encore) décédé dans des locaux de gendarmerie si elle comprend que, "tout de même, les policiers aussi meurent" et que son frère "avait fait de la prison". Elle serait censée comprendre quoi, Assa Traoré ? Que ces choses arrivent quand on déconne, de mourir lors d'une interpellation, et voilà ? Et nous, nous devons comprendre quoi? Qu'il faut qu'on se tienne à carreaux ? Qui joue avec la peur, avec la menace dans ce pays, et à quelles fins ? Est-ce tolérable ? Non !
Certains ont voté pour le produit Macron. D'autres, comme moi, se sont abstenus en se faisant harceler sans vergogne par les thuriféraires déchaînés de la bonne conscience dite à la truelle "antiraciste", "antilepen", "humaniste" et blablabla. Voilà le résultat. Il y aura d'autres conséquences, soyons tranquilles, hélas. Car dans une autre vie (on oublie vite), notre jeune gars viril était ministre de François Hollande. On a déjà eu l'ignoble « sans-dents », il n'y a donc pas de quoi s'étonner de voir le Colonel-farceur-Macron moquer les négros comme au bon vieux temps de la colonie. Je n'oserai épiloguer en disant à mes amis qui ont voté pour lui (par peur d'Hitler, paraît-il !) que nous avons désormais et les blagues à Le Pen, et l'expertise d'un banquier. Ça promet. Je me mettrais à dos ces amis, car il ne faut pas les brusquer... bien qu'ils m'aient déversé sur la tête des semaines durant des tonnes de leur glu « Macron-faut-essayer-on-verra ». Comme ils sont « cultivés », ils n'ont pas vu que leur discours était une variante frappante du « Le Pen-faut-essayer-on-verra » qu'ils reprochent tant aux classes dites "populaires". En tout cas, et en quelque sorte, nous aurons tout eu du deuxième tour, non ? Personne n'a de quoi être déçu. Même les abstentionnistes dans mon (terrible) genre sont contents. Ils peuvent entonner la ronde du « je vous l'avais bien dit », et en effet : je vous l'avais bien dit.
Ce qui me dérange chez ceux qui se disent "degoche" et m'ont bassiné avec le vote Macron (dont je préfère qu'il ait gagné au deuxième tour, je le dis, puisque rassurer est devenu un des passages obligés du débat critique) n'est pas leur peur de Le Pen. Celle-là, même si personnellement je méprise mes peurs (sans forcément les vaincre), je peux la comprendre. Je ne tiens pas mes convictions pour un catéchisme. Mais je déteste la facilité avec laquelle ils oublient la violence de ceux qu'ils cautionnent faute de mieux. Macron, c'est un rapport à la violence dont chaque jour ou presque depuis son élection nous apporte des détails assez lourds. Les éditos obséquieux ou gentiment critiques de toute la presse, Médiapart compris, y donnent à mes yeux une résonance sinistre. Cette fois-ci, les positions anticolonialistes du candidat pré-colonel Macron en goguette sont tombées à la flotte. Les masques tombent. C'est très bien. On a déjà deux ministres soupçonnés, des propos racistes du Président. Parfait. Continuons, on se retrouvera dans cinq ans, avec j'imagine les mêmes vertueux et assez ignobles bêlements au deuxième tour. Mais là, accrochons-nous. Parce qu'on a des maîtres au pouvoir. Déjà trois semaines, et ça chauffe.
L'une de mes premières manifestations de jeunesse était pour protester contre l'assassinat de Malik Oussekine. À l'époque, en 1986, même la droite avait réclamé la démission de Charles Pasqua. Je vois qu'aujourd'hui mon pays, la France, a pris le pli d'un racisme structurel, assumé, cool quoi, et qui se voudrait très chic. Ceux qui parlent sans l'admettre des "classes dangereuses"sont assurés de ne pas être repris, retoqués, critiqués. Ça passe. Sachez-le : le monde a un sens, car il y a encore de l'ordre, et ceux qui crèvent parce qu'ils n'ont pas leur ticket le méritent ! Je complimente les adeptes de ce style horrible, aussi misérable qu'hypocrite, mais pour des modernes à tweet et autres fadaises ils font preuve d'un clacissisme éculé. Monsieur Thiers, l'assassin de La Commune, doit les applaudir depuis sa tombe. Oh, ils peuvent sourire de toutes leurs dents, qu'ils ont toutes gardées. Oui, car taire le pouvoir de l'argent, dont ils sont proches par leur salaires et positions socio-professionnelles (jamais nommées pour ce qu'elles sont) paie comptant. Et, forts de leur impunité, ils vont maintenant jusqu'à moquer les morts des pauvres ?! Des misérables ! Des réfugiés, même ? Et allez ! Pourquoi pas ? Peut-on lire entre les lignes, dans ce qu'a dit L.Salamé à une citoyenne en deuil : "Avez-vous réalisé à quel point votre frère mort pouvait paraître dangereux à nos auditeurs ?". Oui, je sais, j'exagère. Il faut rester de bonne compagnie. Mais enfin, n'y aurait-t'il pas là motif à licenciement ? Ou au moins "recadrage" (puisque l'ordre est à la mode) ? De l'air !!
Tout cette violence masquée, consensuelle, est nauséeuse, et aussi honteuse qu'écoeurante. Dieu sait ce qui pourra nous venir en aide, noyés que nous sommes dans la laideur de cyniques au visages soignés et maquillés, au rateliers bien blancs et bien garnis. À leurs yeux la radicalité est toujours suspecte ? Eh bien moi, leurs grilles d'analyses réactionnaires et leur humour spontanément raciste me désolent. Et, lorsqu'il s'agit du président de la France, elles me remplissent de honte et de dégoût.