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Billet de blog 4 juin 2017

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PHI dans le bain à Marseille : ambiances

Mon premier meeting PHI, ou le dur apprentissage de la politique. Corruption, dignité, enfance et langage, des sujets essentiels.

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« La France est un volcan et Marseille son cratère » : Telle était l'expression dans laquelle Monsieur Mélenchon qualifiait récemment la réalité sociologique de Marseille, devant la journaliste N.Polony. Dans l'interview, JLMélenchon relevait fort opportunément que le vocable « larue » est un terme de classe. Et que l'on pouvait le remplacer efficacement par des mots comme « le mouvement social, « lésyndicats », « lagrève ». Je n'étais pas trop d'accord, j'aime bien « larue» car je suis très romantique mais sur le fond Mélenchon a raison. Sans tomber dans la police, il faut faire attention aux mots. Bien nommer tout ce qui intervient comme contre-pouvoirs sociaux lorsque « ça » ne va plus du tout est important. D'autant que s'annoncent des conflits que d'aucuns en France pressentent... proches. Très proches. Et certainement très violents, vu les gueules de citoyens écrabouillées sur les trottoirs sanglants lors de la loi Macron-El Khomry, que personne n'a, hélas, oubliées.

Les preuves s'accumulent, en moins de trois semaines de mandat du Colonel Plaisantin Macron, d'être dirigés par une caste de gens « honnêtes » et « nouveaux » bien que faisant des blagues racistes (le Colonel-Président-viril), des notoirement inactifs au parlement (premier ministre E.Philippe), ou visés par des enquêtes gênantes (Ferrand, Sarnez). Bon, pour moi, il y a un bonheur certain dans toute cette guignolade. D'abord, je peux me moquer des fieffés coquins qui courent les palais de notre Cythère marchande, à défaut de les chasser. Ensuite, tenez-vous bien, j'ai le plaisir d'habiter à Marseille la 4e circonscription, décrite par certains journalistes comme une « circonscription de bobos », alors qu'elle compte des quartiers parmi les plus pauvres de France. Alors, soucieux de ne pas sombrer dans une dépression complaisante, et le hasard faisant bien les choses, comme je suis reporter très bénévole pour Mediapart et que je prends cela très au sérieux, je me dirige en ce samedi soir 3 juin 2017 vers... Monsieur Mélenchon en personne ! Youhou ! Ça c'est un samedi soir.

Je souhaite en effet faire un reportage rigoureux, synthétique, objectif et si possible poétique sur la prise de parole des candidats de France Insoumise (alias PHI) sur le Cours Julien à Marseille. L'affaire est programmée à 17 heures 30. J'ai lu avec intérêt le programme collectif de PHI joliment intitulé "L'avenir en commun". Et donc j'attends le geai méluche, oiseau de nos contrées au plumage gris et au verbe coloré. Il s'annonce par un mouvement de foule. Je découvre alors qu'il ne se déplace que lentement, attendu que, dès qu'il sort du café voisin il est aussitôt assailli par des gens qui veulent l'approcher. C'est à savoir pour un rendez-vous, car ingérable. Lorsque Mélenchon monte enfin sur scène dans le soir tombant, nous écoutons sa suppléante. C'est une jeune femme nommée Sophie Camard, en tous points remarquable. Pleine d'une énergie juvénile bien que certainement végétarienne, elle chauffe la place. Ah, j'aurai ensuite enfin l'occasion de découvrir en vrai la parole de Mélenchon, politique que j'ai écouté régulièrement depuis quelques mois. Et croyez-moi, ce genre d'expertise ne m'arrive jamais ; car les politiques m'ennuient. J'attends d'analyser sur le fond les mots que Mélenchon emploie, et ce qui se dégage comme émotion et de son discours et de sa personne sur la foule (on pourrait parler de ça avec J-A Miller, comme il était prévu de le faire dans notre rencontre avortée, voir un article précédent du blog, mais je ne suis pas certain d'avoir le temps).

Le meeting débute bizarrement. On entend des invectives. En fait, la journée du serial lider (qualificatif affectif, je précise que j'estime la passion politique de Mélenchon, et la trouve saine) a bien mal commencé. Eh oui, nous sommes à Marseille. Et à Marseille, sachez-le citoyens, les candidats opposés à vous (qui souvent pensent posséder un électorat, un peu comme un maquignon son parc de bœufs ou de moutons) peuvent payer des gens pour fomenter des bagarres dans l'assistance. Ou, plus rigolo, des gamins pour lancer des œufs. Mélenchon en a pris un en pleine poire le matin même, « j'ai vu un des nervis d'untel (un des candidats opposé à lui) glisser un billet dans les mains du gamin » me dit quelqu'un qui a assisté à la scène.

Les nervis en question ont été contrés lors de la précédente prise de parole à la cité Félix Piat l'après-midi même par Sarah Soilihi, candidate PHI dans les quartiers nord de Marseille, dont un beau et étonnant portrait a été fait par médiapart. Elle est championne du monde de boxe, doctorante en droit, connaît certains d'entre eux. Elle a évité de justesse les échauffourées. Tout s'est bien terminé, et c'est notre tour maintenant et de supporter les agitateurs, et d'écouter JLMélenchon, qui prend la parole trois fois par jour. D'abord, Monsieur Mélenchon demande une minute de silence pour les réfugiés comoriens disparus dans l'océan indien. Disparus, oui, comme ceux des kwassas-kwassas moqués par le Colonel Macron (que bénie soit son âme blanchie et financiarisée sous le harnais). L'initiative est appréciée. Quiconque vit ici, à Marseille, sait que l'exacte moitié de notre âme est toujours tournée vers l'azur marin, la vie, les orages, les drames, les civilisations qu'il apporte. Ensuite, il parle avec justesse de Marseille, entouré sur l'estrade de tous les candidats à la députation PHI pour la ville. Le langage de JLMélenchon s'avère un savant dosage de pédagogie attentive ("vous m'avez bien compris, là?"), et d'exposés d'anecdotes édifiantes. Il y a au fil de son discours improvisé une mise en perspective d'un problème choisi. Aujourd'hui, c'est la langue, justement. De "l'anglais" de Macron aux textes en anglais qui ne sont plus traduits dans son job de député européen, à lui JLM, c'est du français et de sa mise au ban qu'il est question, et cela en pais marselhes. Sinon, plus concrètement, Mélenchon nomme ce que tous à Marseille savent fort bien, en particulier sur la nécessité de traquer autant les corrupteurs que les corrompus. Mais surtout, ô exotisme pour un politicien, il parle des enfants. Il demande ce que signifie d'une société humaine qu'elle abandonne ses enfants dans des poches de quart-monde comme Marseille en possède (le tiers de la ville est aux minimas sociaux). L'un de ces enfants lui a jeté un œuf le matin dans la cité Félix-Piat (le minot payé par le nervi), et beaucoup de mamans sont venues ensuite s'excuser. Voilà. Un homme politique demande pourquoi les enfants sont abandonnés. Et parle des habitants qui s'auto-organisent pour subsister ici, protéger un peu les enfants, et nettoyer les rues qui ne le sont souvent qu'au moment des élections, et s'entraider. Et au sujet du parachutage et de tous ces procès nous rions ensemble, puisque Marseille, comme Paris, est une ville peuplée de gens d'ailleurs. Puis la sono tombe en panne. Puis on la répare, et tout se termine, les nervis asservis qui sont venus repartent. Comme nous.

Le meeting est fini. Je n'ai pas pu parler à Mélenchon, il est trop couru, autour de lui une forêt de téléphones qui scintillent… Dans l'assistance qui se disperse, c'est plus intéressant de discuter que de stariser un bonhomme qui d'ailleurs à chaque intervention répète que cela le fatigue. Ça cause, et ferme, oui, autour de la violence que nous tolérons en silence. le silence, toujours le silence. Sur la faillite de la ville. Du bonheur qu'on a eu à sentir, dans les prises de paroles convaincues des candidats, craquer les coutures du désastre trompeur. Il fait un ciel rose, tavelé de nuées d'orages lilas. Des gouttes chaudes s'écrasent sur nos épaules. Et je repense à la question du langage. J'ai regardé attentivement les gens autour de moi pendant le discours de Mélenchon et de Sophie Camard. Ils étaient généralement inquiets, et attentifs. Il était manifeste que tous ici, moi y compris, demandaient à donner d'eux-mêmes. Il y avait beaucoup de générosité et d'amour dans la présence de tous, sympathisants ou non. Même celle des mercenaires de misère rémunérés par ceux qui ne sont pas contents que PHI et Mélenchon se présentent. PHI en général bouscule le jeu des vieilles alliances, et des vieux clientélismes cuits, recuits et moisis qui font crever la France, et font crever Marseille. Car oui, l'image est bonne : Marseille est le cratère du volcan français. Je pense donc que, peut-être, nous étions là tous d'accord sur au moins une chose : le langage est une maison spacieuse, généreuse, accueillante, dans laquelle par le truchement de la politique, cette affaire noble, nous réapprenons à vivre. Et plus question de laisser les clefs aux petits voyous, ou aux grands : ceux qui se paient de mots et de blagues poisseuses. Ce temps est révolu. Il y en a que ça agace ; tant mieux.

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