Poème en prose à Ousmane

Poème en l'honneur des Citoyens Français Libres, dédié à l'ami africain. Paru le 7 janvier 2019 aux journal "Les Echos", Bamako, Mali.

Mon cher Ousmane

Ici de paisibles Gilets sont arrêtés en pleine nuit, emprisonnés

menottés devant leurs enfants

On les appelle des Meneurs

On n'en saura rien

Les médias sont achetés

L'Etat a peur

L'Etat a la trouille

La bourgeoisie est morte de trouille

Alors elle criminalise l'expression du désaccord

Elle frappe enfants, adultes et vieillards

Devant des milliers de camions puants conduits par des esclaves

Qu'ils ont osé arrêter

Ici on revêt l'uniforme pour brûler, casser des têtes

Briser des vies 

Pour Noël, Noël aux gondoles, 

L'Etat est vendu au privé

L'Etat privatisé, et ses milices emprisonnent des enfants 

Ils ont relancé un lacrymogène payé par leurs parents

On arrache la mâchoire à des lycéens 

politiquement fichés sur des logiciels de notes

On fracasse le crâne aux gens qui crient qu'on leur ment 

On gaze par hélicoptère des foules 

sur des ponts, des ronds-points, des places

On emploie des munitions périmées et interdites

d'autres inédites, chimiques, petits bijoux de saloperie

On est policier, on cogne pour 100 euros de mieux

On se tait, ça vaut mieux, car policier on ne rentre plus dans les quartiers 

dont le désespoir est le terreau

On le sait et on courbe l'échine, car il faut bien vivre, n'est-ce-pas ?

On est enseignant, et on reçoit des menaces de son ministre pour délit d'opinion

On le sait et on courbe l'échine, car...

Mon cher Ousmane

La France souffre

Et les puissants ricanent, méprisent, voyagent dans des Sommets de sottise

Ils sont malades et dangereux

La planète gémit

Et nous sommes la force et la santé 

Envoie-moi ton esprit

Envoie-moi tes ancêtres

Envoie-moi tout ce que tu peux, envoie-moi le Komo

Notre esprit est en flammes

Et l'indignation et le scandale nous étouffent

Que Dieu ou qui que ce soit nous vienne en aide

Bien à toi

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