Un Casino à Arles : un ultralibéralisme au comique croupier ?

Le projet, voté à la quasi unanimité des élus de tous bords, d'un "complexe casinotier" à Arles rebat les cartes d'une gentrification modèle. Le casino, culture populaire ? Retour sur des débats agités dans le labo "Art et business" estampillé Franck Gehry.

"Les tricheurs", Le Caravage, vers 1594 "Les tricheurs", Le Caravage, vers 1594

 « Eh bien, « slictueux » signifie : « souple, actif, onctueux. » Vois-tu, c'est comme une valise : il y a deux sens empaquetés en un seul mot. »

Lewis Carroll, « De l'autre côté du miroir », 1871

Comment Lewis Carroll eut-il marié linguistiquement art et business ? Deux mots qui résument la politique du Arles contemporain, jusque dans les CV mirobolants (art et business globalisés, mixés, rézotés, dans un tourbillon radical-chic) des membres directeurs de la Fondation privée LUMA Arles ? On ne saura jamais. C’est sans doute pour ce mystère littéraire que la ville est un lieu étudié par les cadres de tous bords. Si des présidents LR de région nord (Xavier Bertrand) et des premiers ministres du PC chinois (Li Keqiang, 2015) viennent se promener à Arles, c'est par la grâce d'un projet architectural signé Frank Gehry (Prague, Los Angeles, Bilbao, Paris, Miami). Voilà Arles devenu ainsi l'un des emblèmes ronflants d'un modèle politique clos, où le bonheur semble assujetti à un impératif : tout peut, doit s'acheter et se vendre, pour ceux qui savent y faire. Cette pulsion, non dénuée de talent mais qui échoue à s’articuler avec un territoire riche de potentiels, croque tout crus à LUMA des artistes « révolutionnaires » et « cosmopolites » qui y sont accueillis en résidence penser au monde de demain. A défaut de celui d'aujourd'hui ? Et elle s'exprime plus démocratiquement (pourrait-on dire, au pays des LBD40 macroniens !) sous la houlette d'un maire PCF héritier de la gestion du PS Michel Vauzelle, mitterrandien historique. En réalité, il y a derrière le maire d’Arles, aux commandes des investissements privés (Fondation LUMA, donc) une héritière de big Pharma, Maja Hoffmann (labos Hoffmann-la Roche). Celle-ci est vue, de fait, comme le seul réel maire de la ville, y compris par tous les médias anglophones, dans un style qui ne serait certainement pas celui de la com' arlésienne de la fondation LUMA : ouvertement décomplexé et glorifiant richesse et talent (https://www.wmagazine.com/story/maja-hoffmann-art-world-maverick).

 

Roman-photo arlésien

 

Loin des clichés journalistiques, dans la ville du festival musical les « Suds », dont Mediapart fait ses choux gras l'été, ou des «Rencontres de la photographie», lorsqu'on assiste à un débat « démocratique » municipal, on a en toile de fond politique un État français désengagé, un off des Rencontres Photo victime de coupes sombres, une région PACA et une Europe punitives, et une mécène qui finance avec vigueur tous ses projets de prestige pour la ville. Les splendides musées publics d'Arles ont leurs personnels en grève régulièrement, tout comme d'ailleurs celui de la médiathèque et des urgences hospitalières de la ville. Sinon, pour qui a de l'argent (et même beaucoup, c'est encore mieux pour acheter les hôtels particuliers depuis Paris, ou construire comme derrière chez moi un immeuble neuf en plein centre historique sauvegardé) la ville est évidemment agréable. Même les moustiques peuvent y être prétexte à commercer ! Un magasin porte leur nom, le Figaro adore ça. On vend aussi, et surtout, espadrilles, coussins et savonnettes (plus 1200 chambres d’hôtes en ville).

Atterrissons : les problèmes politiques arlésiens sont liés à une gentrification brutale, et à la spéculation immobilière qui l'accompagne. C'est un problème commun mondialement à toutes les villes qui recherchent d'un peu trop près les baisers du Capital. Les Gilets Jaunes d'Arles (comme les habitants de San Francisco devant Facebook ou Google qui leur piquent leurs logements) y ont hurlé leur colère d'être exclus du banquet, local comme national. C’est que des dizaines de milliers d'emplois, vecteurs d'identités professionnelles fortes, ont disparu d'Arles en trente ans. Pour ? 

Un conseil municipal sidérant

On n’arrête pas le progrès : le conseil municipal du 16 octobre 2019 devait donc voter la construction d’un casino. Maja Hoffmann, elle, apparemment y serait opposée. La mairie jouerait-elle capital contre capital ? Partouche contre Hoffmann ? Black Jack Vs LUMA ? Le conseil municipal eut lieu en présence des employés en grève de la médiathèque d'Arles, debouts avec leurs pancartes en défense du service public. La mairie, fidèle à elle-même, leur notifia que, depuis 2001, elle était sur cette affaire de casino de jeux. Les personnels en grève purent ainsi écouter que « les casinos c'est la culture populaire » (selon M.Grzyb, adjoint à l'urbanisme). Des gens qui ne peuvent plus recevoir scolaires, citoyens en situation de fracture numérique, chercheurs et étudiants dans de bonnes conditions se virent donc opposer qu'on ne « s'amuse pas à Arles », et qu'il y faut de la « culture populaire » (qui ne saurait être la lecture ?). M.Grzyb est bien entendu candidat à l'élection comme tant d'autres, animateurs télé, députée LREM en voie de recasement avant la débâcle macroniste, etc. Il faut dire, la ville fait des affaires, et est très tendance ; diriger Arles sera donc un poste disputé. C'est sûr, gagner les élections serait moins sexy à Beaucaire, à 15 kilomètres de là, municipalité sans mécènes avec le RN au pouvoir. Chacun ses priorités. M.Grzyb expliqua ainsi qu'il était important de pouvoir voir à Arles les comiques « vus à la télé » dans une salle de 800 places. Vu le niveau de vie des gens, je me demandai immédiatement qui, de « populaire », paierait des entrées à 40, 60, 80 euros…. Mais c'est vrai qu'il y a pire, qu'il y a des divorces pour un billet de match de foot (ou quand on claque son RSA à la roulette), et qu'on ne peut pas penser à tout, surtout quand on est élu.

Fait majeur pour moi de cette délibération, l'objection d'élus « socialistes » au sujet de l'étude indigente préliminaire au projet casinotier n'y fit rien. Sourds à cela, MM.Grzyb et Koukas, adjoints, continuèrent à psalmodier : Mais voyons, quel citoyen, en période de crise (étrangement, ils oublièrent le krach financier imminent) pourrait s'opposer à un complexe casinotier aussi affriolant ? On passera là sur la question morale des finances d’une ville payées par le jeu.

Une étude de 16 pages (!) fut brandie. Étude qui, selon M.Vétillard, adjoint à la transition écologique (et auteur d’un fameux et authenticque traité sur la transition écologique à Arles qui ne se présente pas personnellement aux élections, lui) ne précisait en rien quel public, et comment, viendrait rentabiliser un tel lieu dans une ville qui ne compte que deux ponts, dont un maintenant cycliste. L'autre reste extrêmement dangereux à emprunter (une autoroute avec 75 % de poids lourds lancés à toute vitesse, et un trafic voué à doubler dans cinq ans par la grâce du divin marché).

 

Rigueur, mon amour

 

On pourrait tout de même objecter à ces politiques qu'au-delà du côté western d'une ville en plein boom spéculatif, pour qu'il y ait du sérieux, et non pas du semblant de professionnalisme, il faudrait peut-être des études rigoureuses ? Sinon, les élus (qui s'en plaignent) seront infailliblement voués au mépris par les citoyens, qui voient des millions se jouer au-dessus de leur tête ci-devant leurs frigos vides. Ils seront alors à notre grande consternation assimilés à des mafieux corrompus, thème en vogue en ce moment. Et pourquoi ? Peut-être faudrait-il justement se le demander, au lieu de reprendre (M.Koukas) le thème hallucinant, Macro-Sarko-Chiraco-Hollandiste, du peuple qui n'a « pas compris ». Du peuple qui aurait eu besoin de « pédagogie » pour mieux accepter les merveilleux projets de gens qui se penchent sur lui avec tant de soins capitalistiques. Ah oui ? Comme en 2007 avec le traité de Lisbonne ?

 

Black Jackpolitique et publics potentiels

 

On remarquera avec humour que le symbole du Casino arrive bien curieusement en plein jeu de bunto politique arlésien ; ce doit être un hasard ? Mais bon, avec quel souci du réalisme ? Las, le principal public potentiel évoqué pour la casinoterie fut celui de croisiéristes qui, c'est connu, consomment peu en ville. Pourquoi s'arrêteraient-ils davantage dans ce lieu, non loin de l'autoroute cancérigène et hautement puante Rhin-Rhône-Italie-péninsule ibérique ? Mystère. Quel public d'Arles ira au concert dans une salle de 800 places ? Celui des gilets jaunes, sans revenus le 6 du mois les bons mois ? Ou celui des Suds, revenu par miracle pour accomplir (ô fantasme!) la saison touristique éternelle en plein mistral de janvier ?? Espérons que ces songes d'édiles deviennent réalité. Un autre public, évoqué par l'opposition au projet, fut celui de gens aux minimas sociaux qui iraient les claquer au casino (pardon, « complexe casinotier »). Élu PCF (lui aussi candidat à la mairie, cela va sans dire, et enthousiaste promoteur de la fondation LUMA), M. Koukas répondit à cela : « De toutes manières, dans le lieu public où je bois mon café tous les matins à Arles, les gens jouent à la Française des Jeux ». Je cherche toujours la logique, puis la chute de son étrange raisonnement. Comme de promouvoir en même temps (formule macroniste célèbre) LUMA et un Casino. Pas grave ; du moment que ça bétonne et que ça vote, on fonce. Pour l'essentiel, tout le monde s'accorda. Oui aux affaires ! Banco !, crièrent les bancs du RN, fameux parti dit-on très proche du peuple. Du grand théâtre ! RN, PCF, LR main dans la main ! Un vrai boulevard pour LaREM au second tour de 2020.

Moi, je serais Maja Hoffmann, tout cela commencerait à m'énerver grandement, mais chacun ses petits soucis. Et puis, on ne peut être ultralibéral et détester les casinos... Il faut être beau joueur. Qui ne sait pas que les politiques sont insupportables?  

 

Branchitude et ringardise

 

En sortant de ce débat, on avait une magnifique vue locale de la République Hôtelière Française (75 millions de touristes par an). Bilan : il n'y a plus aucune vision politique autre que gestionnaire, les élus n'ont « aucun fric ». Malins, ils font juste semblant, par contre (et là j'ai une tendresse pour Maja Hoffmann) d'avoir les idées des capitalistes ! Et ce, pour nous offrir… rien moins qu'un destin collectif ! Et hop ! Votez pour moi ! Pendant ce temps, les grévistes de la médiathèque, déboutés de leurs plaintes et collés à grand coups de chiffres, repartent d’un conseil municipal en promettant de ne plus voter. Ils sont alpagués au passage par des sous-fifres LREM leur promettant monts et merveilles. Beau travail en vérité !

Bon, puisqu'il faut bétonner pour être heureux, peut-être y a-t'il des lieux à inventer ? Bar-concert-marché indépendant-lieu de ressources, pourquoi pas, comme cela se fait à la Friche à Marseille… mais en mieux ? Pourquoi pas une salle de spectacle-hôtel, mais avec une promotion soigneuse des artisans et agriculteurs locaux qui crèvent d'asphyxie financière ?! Pourquoi ce désolant conformisme? Le local, c'est sale ? Pourquoi opposer offre de qualité hôtelière et travail local ? La culture populaire, la vraie, et pas celle des élections tous les six ans, avec son moi-aussi-j'aime-la-corrida, ce sont d'abord les savoir-faires, traditions, associations artistiques et ressources locales, autonomie alimentaire… Et c'est le moment d'y penser ! L'eau monte et les élus s'en balancent (La Provence, samedi 12/10/2019) ! Soyons inventifs ; que je sache, à la Chassagnette, restaurant camarguais étoilé (propriété de Maja Hoffmann) les clientes huppées vont faire un tour au jardin ornemental-bio en talons aiguilles avant leur menu à 120 euros, et ça se passe très bien. Le jour où l'A54 agonisera pour cause de krach, ou de pétrole trop cher, plus de tomates ni de salades ni de touristes. Ciao le casino, bye bye les pépètes (en imaginant même qu'elles arrivent). L'archéo-politique qui engraisse les grandes familles pour cinquante emplois locaux n'est pas de la politique ! C'est de la capitulation !

 

Béton et conformisme

 

« Ce n'est pas être contre le jeu, que d'être contre sa promotion par une mairie. Je ne suis pas contre la prostitution, mais contre le proxénétisme. L'alcool et la douce ivresse me plaisent. Le vent, les chansons me plaisent. Rien de ce qui motive des adultes responsables et consentants n'attire mes foudres ; je ne suis pas un moraliste », dit le Promeneur que vous êtes. Mais ce Promeneur sait aussi qu'un système prend fin, et que nous devons en inventer un autre, d'abord localement. Ces dossiers bâclés et ces amas de béton narcissiques préélectoraux vous ennuient, vous consternent. Vous êtes assommé, fatiguée ? Rassurez-vous, tout cela va continuer de plus belle, dans toujours plus de fumée, avec la prochaine équipe. C’est qu’on n’élit plus que des gestionnaires, et là, ce sont bien nous, les votants, qui posons problème… Art et business, c’est la fondation de Maja Hoffmann, sa tour et ses hôtels plus la zone commerciale nord avec une Fnac (merci pour les commerces de centre-ville !), plus un casino… On attend le Luna-Park… Alors, de voir des élus discuter avec passion de l'édification d'un casino dans leur ville, pompeusement baptisée « ville de culture », devant des personnels de médiathèque en grève, vous vous demandez : mais quel est ce modèle idiot de société ? Comment des élus peuvent-ils tomber aussi bas ? Peut-être parce qu'ils courent derrière nos votes. Tout cela est affligeant et peu estimé par la population, qui se tourne vers l'extrême-droite. 

Revenons au conseil municipal. La raison gestionnaire, paternaliste, « réaliste », c'est-à-dire financiaro-libérale, mit tout le monde à la raison. On en tremblait. Tous applaudirent au final (MM.Grzyb (divers), Koukas, Schiavetti (PCF), élus RN, LR, etc). Le vote pour le casino, majoritaire, se fit sur une « idée » (il y a la « culture », et il y a les « idées » !) : Que cela ferait « entre un et deux millions et demi de recettes/an pour la commune ». Du simple au double ! Ça, c'est de la rigueur ! Et si c'était un gouffre pour vingt ans avec un site superbe complètement foutu ? Ben, on ne sait pas.  Mais de toutes manières, sur le site en question pour l’instant il n’y a rien ! Et le rien de nos jours, on n’aime pas ! Voilà ! Et le vide en politique ? Chut ! La salle (évidemment bénéficiaire) de 800 places paiera les rues à refaire, et quelqu'un pour entretenir les ordis en panne de la médiathèque. 

 

Casino culturel

 

C'est bien ça le programme, et c'est grave. On va remplir les caisses, et qui viendra dans nos réseaux en aura une part ! La voilà, la République ! Les méchantes langues diront que c'était lisible dès le départ. Les envies de faire du business une fête républicaine sont touchantes, elles datent de M.Tapie – soyons modernes ! (Le maire d’Arles va plus loin : « C’est ça qui écrase, ici, quand on est maire. Tout de suite, on vous compare à César. » Vanity fair https://www.vanityfair.fr/pouvoir/business/story/la-milliardaire-et-le-communiste-episode-3-des-chateaux-en-camargue/10169)

La « saison éternelle » dans une « ville de culture » ? Eh bien, c'est par exemple un festival littéraire, « Arles se livre », qui a lieu désormais l'hiver dans une ville à la médiathèque clopinante, avec un personnel et des outils dégradés. Pendant que personne ne comprend vraiment où veut en venir la lumineuse et dynamique fondation LUMA et ses multimillions (combien d’associations bourrées d’idées en ville fonctionnent-elles bénévolement ?), « l'art politique contemporain » exclut les publics modestes de l'accès aux textes. Mauvais plan. Car le texte, la littérature, c'est la poésie. Et la poésie fait partie de notre vie. La poésie n’est plus éditée que confidentiellement, et la politique n’a plus de texte… Qu'est-ce qu'une politique sans textes ? Peut-être ce à quoi nous assistons. Mais poésie et politique survivront à la médiocrité des temps ; et la poésie est reine, elle est tous nos savoirs, même ceux rêvés, rassemblés en mots. La Bèstia dau Vacarés de Joseph d'Arbaud et course camarguaise sont liés pour le bonheur de tous, et non pas Casino et « écosystème » LUMA. Le Promeneur que vous êtes, je l'entends souvent dire : "Gardez vos supermarchés de l'ennui qui périront au premier Fukushima venu. Arrêtez de voler l'esprit des gens, de causer des dépressions en chaîne chez les plus fragiles, les plus isolés ; cessez donc de vouloir organiser des repas chics dans des ensembles urbains sinistrés sans offrir le moindre boulot. Arrêtez de prendre les citoyens pour des imbéciles, messieurs les élus et leurs hôtes milliardaires (le fait est que l'Hôtel Arlatan est magnifique, mais qu'on ne sait plus dans cette ville qui reçoit qui ?)". Sacré Promeneur ! Te voilà bien mal embouché, sourd à tous les possibles ! Puisqu'on te dit que ça ruisselle !

Au fait : avoir théâtre, cinéma, salle de concert, boîtes de nuit, Tour en goguette comme à Prague, et dire qu'on ne s'amuse pas à Arles, c'est évacuer le problème. Ceux qui savent s'amuser s'amusent toujours, et ceux qui sont voués à l'ennui rassis du consumérisme n'en sortiront jamais. Allez au Mali, voir des jeunes monter un spectacle ou une pièce de théâtre avec trois planches, et un sound system à 30 euros ! L'éducation c'est ça ; c'est l'imagination et le texte. C'est la culture marchande que vous défendez depuis des lustres qui est à crever d'ennui, voilà tout. Ce sont vos shopping malls, la fausse transgression, la com’ au millimètre (comme celle de vos sites de campagne), les audaces mimées et le règne du fric qu'elles encouragent qui sont à combattre. Votre projet de développement, vous auriez pu y apporter rigueur, imagination, en y incluant le génie du territoire, et surtout l'expliquer autrement qu'en des termes financièrement douteux qui nous rappellent les bons films d'outre-atlantique. Bravo, c'est voté. Espérons, pour tout le monde, votre réussite ! Et bonne fin de mandat, messieurs-dames.

Fabrice Loi

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