Les quenelles ne sont plus des bananes

Le banissement indigeste de Dieudonné des plate formes FB et Instagram m'a remis une bouche cette vieille recette gastronomique jamais publiée. Entre la soupe au cochon et la quenelle deodonatienne, notre salade française va devenir parfaitement immangeable. Petite analyse culinaire de notre incapacité républicaine à parler des races.

J’avais réussi à échapper à cette affaire gastronomique jusqu’à la lecture de Libération du 29 décembre...2013 où la recette s’étalait sur trois pages avec les appréciations des chefs en vue, les mélanges à éviter, enfin tout sur la quenelle. De sites en sites, je clique et reclique et découvre la quenelle des anciens et des modernes, la quenelle des historiens allemands –celle-là est à déconseiller-   la quenelle servie en croustade, c’est à dire planquée dans une autre fantaisie culinaire, ce qui semble être le mode de préparation le plus apprécié. Finalement d’humeur quenelleuse moi-même, je finis par découvrir une quenelle sur la page FB de ma nièce, jeune beurette à cran contre « le système ». Un embardée sur l’interview donnée par Marine Lepen à BMTV finit de me  convaincre de m’attabler.  

Trop fort les juifs.

La première chose qui heurte le palais s’est l’alliance des contraires. Le fameux antisionisme  fait jouer dans la même équipe  (mais pour combien de matchs) Madame Schmol électrice du  RN , terrifiée par les progrès du lobby « arabo-africain » et ma nièce représentante éminente du lobby en question. Oui, la quenelle c’est ça, les cibles habituelles du racisme franchouillard qui  deviennent les idiots utiles de Madame Lepen, sous couvert d’antisionisme, comme ils disent. Ya pas… Ils sont forts ces juifs !!!! Réussir une pareille gageure, les racailles à l’unisson de Radio Courtoisie. Une soupe au cochon Halal en quelque sorte.  Même la Marine Nationale, qui tient le deux bouts de la corde est  visiblement dépassée par l’événement. Quand on lui parle des quenelles, elle répond, la crise, le chômage…du marcionisme   en somme.  Décidément très forts les Juifs….

Mais reconnaissons que ce tour de force n’est possible que grâce à l’appui considérable de notre habituelle cécité républicaine. Car en République, chacun sait que les races n’existent pas. Cette quenelle arborée par Tony Parker, Teddy Rinner, Nicolas Anelka, et d’autres  moins connus, tombe de la lune.  Mais quel est donc le point commun de ces gens avec le sieur M’bala M’bala ?  Est-ce la fréquentation d’un établissement scolaire, la passion des échecs,  une inclination culinaire peut-être ? Non. Allez on va lâcher le grand secret. Il sont tous noirs ou arabes !!! Et vous savez quoi ? C’est même la clé du truc.  Non pas que l’on puisse expliquer cette brusque crispation de la main droite sur l’épaule gauche par la  génétique. Non,  mais tous ces gens partagent une expérience commune que de nombreux commentateurs  ne semblent pas avoir su discerné : ils sont franchement basanés et ils vivent en France. Ce geste de nature antisémite est propagé essentiellement par les noirs et les arabes de ce pays, cibles habituelles du racisme, chercher l’erreur ?

 Les quenelles et les bananes ne se mélangent plus

Peut-être faut-il commencer par admettre que l’antisémitisme et le racisme biologique  ne boxent plus nécessairement dans la même catégorie ? Les quenelles et les bananes ne se mélangent pas  et plutôt elles ne se mélangent plus. L’assimilation des Juifs à une une race différente est un fantasme nazi qui n’a pas plus de sens pour un jeune rebeu des Quartiers nord de Marseille que pour une fille née à Noisy le Sec de parents Maliens. Pour eux,  les Juifs sont des Blancs comme les autres. Pire, cette identification raciale des juifs n’est plus portée que par  des représentant éminents de la « communauté »,  une contradiction rarement soulevée par les médias qui sert de nourriture au serpent antisémite.Le credo implicite du « système »  veut que l’anti sémitisme et le racisme soient obligatoirement confondus dans un même rejet. Cette assimilation, officialisée lors de l’Affaire Dreyfuss, sanctifiée par la Shoa, est la véritable matrice des « quenelles ». C’est tragique, certes, mais c’est ainsi.

Ce sont mes naarrines !!!!

Elles ne sont pas si  loin ces  années 80  Michel Leeb , faisait mourir de rire toute la France avec son sketch si drôle des «  naarrines ».  « Ce ne sont pas mes lunettes de soleil » disait-il avec cet impayable accent africain, « ce sont mes naarrines ». Rappelez vous la gestuelle simiesque, les interjections guturales. Ces « naarines » là valaient leur pesant de bananes, sinon de quenelles et à la même époque, la France entière se levait pour protester contre le saccage des tombes juives de Crapentras… Je l’ai écrit déjà dans la Question Métisse,  le soupçon d’antisémitisme est incomparablement  plus sanctionné au tribunal de l’ignominie que toutes autres formes de racisme ou d’intolérance religieuse. Cette situation héritée de l’abomination hitlérienne  a crée un gap avec une partie de la jeunesse française d’origine africaine qui souffre tous les jours de discrimination. C’est dans ce gap que nait une véritable  judéo phobie, très différente de l’antisémitisme racialiste d’extrême droite, mais à ne pas vouloir  examiner cette différence nous continuons à nourrir le monstre. Notre bréviaire républicain est dépassé et contre productif. Nous aimons les noirs lorsqu’ils balancent de la funk ou du rap, nous kiffons Omar Sy qui swingue sur Earth Wind and Fire dans les Intouchables, mais attention, cibler la couleur  du public de la Main d’Or – le théâtre de Dieudonné- nous pose un problème. Est-ce-que par hasard ces gens là ne vivraient pas, n’entendraient pas, ne verraient pas la même France que leurs compatriotes blancs ? Le terme mêmes de Blancs et de Noirs a quelque chose d’obscène en République. Alors, comme souvent,  la région comprimée s’infecte,  et voit se développer des bactéries, la plus récente prend la forme d’une quenelle, résurgence inattendue du vieil anti sémitisme de papa. La quenelle est conçue comme un pied de nez  à un  «  système » qui refuse aux noirs leur qualité de noirs tout en affirmant que la judeo phobie est la quintessence du racisme. Ces quenelles racontent une histoire française où la question raciale tient effectivement le premier rôle, mais pas  pour le raisons invoquées par Manuel Vals. Faire semblant  de ne pas voir la couleur de peau des amateurs de quenelle et interdire les spectacles de Dieudonné pourrait objectivement passer pour un acte raciste. Si Dieudonné était américain il aurait déjà eu à s’expliquer sur son rapport complexe avec la négritude et aurait  bénéficié du soutien explicite de sa communauté. Interdire le spectacle d’un humoriste noir dont le public est majoritairement noir ou arabe pose effectivement quelques questions éthiques. Reste un problème, et non des moindres : Dieudonné. Dieudo et l’incroyable puissance paranoïaque de cette judeophobie qui s’installe tel un chancre pour obturer tout débat légitime sur la spécificité du racisme français. Dieudonné a cessé de rêver en couleur, il voit le monde en bichromie.  Ce saut qualitatif le conduit là où se retrouvent les nostalgiques du noir et blanc, vers la figure du traître de toujours, le  jui.. pardon, le sioniste.  Le sioniste, bien que blanc lui-même, manipule la culpabilité des autres blancs à son seul profit pour continuer à diriger le monde.

Tout à sa névrose, il finit par en oublier l’ennemi principal, le racisme biologique, le vrai, celui qui par exemple nie sa raison d’être, la mixité dont il est lui-même issu. Attention, dans quenelles il y a N, c’est une  lettre qui obture le débat.

 

 

Fabrice Olivet

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.