Djaffar Gounane : ambassadeur du Chaâbi

 

Djaffar GOUNANE (4) au CCA de Paris (Concert chaâbi du 05 février 2011). © Ziryabful

 

 

Cheihk  Djaffar, musicien et chanteur soliste de la troupe de « Dar Ettaquafa » ; (maison de la culture Mouloud Mammeri), fonda, en France, l'école de musique Berbéro-arabo-andalous : «  Ziryab ». Le Chaâbi est son art. Transmettre semble au cœur de son défi. Il  transcende ce désir de transmission en rendant accessible le chaâbi à tous ceux qui ne parlent pas la langue arabe et berbère,  pour ne pas amputer, dit-il, l’humanité d’une parcelle de son histoire.

 

Selon Cheihk Djaffar, le Chaâbi est une fontaine oubliée qu’il est nécessaire d’éclairer, car comme la musique savante andalouse, qui, dans le passé, fut au centre  de quatre cultures : arabo-berbéro et judéo-chrétienne, le Chaâbi est un trésor capable de ressusciter cette ancienne époque vaste et précieuse. Son art propose donc un avenir. Cheikh Djaffar témoigne, en parfait trilingue, de l’existence d’un répertoire populaire kabyle ; Cheikh El Hasnaoui, et Slimane Azem, qu'il affectionne particulièrement, et des grandes œuvres du patrimoine algérien en langue arabe parlé et classique. Il témoigne, à travers ses chants, et la façon dont il dirige son orchestre, la promesse d’une rencontre certaine entre deux cultures, qui en apparence, semblent éloignées l’une de l’autre, mais qui, en réalité, ne forme qu’un seul et même corps. Il témoigne l’existence d’une symbiose culturelle à travers une rigueur rare et puissante. Dans un style chanté original, il sauve ainsi des flots, la poésie populaire (kabyles et savante maghrébo-andalouse), en réanimant  la superbe plante du corpus maghrébin de catégorie : « Littérature Majeure ». Ces poèmes, qu’il interprète admirablement, à travers un tissu esthétique vocale et musicale authentiquement chaâbi, avec sa voix vibrante alliée à une diction remarquable et envoûtante, préservent la chaleur entière du splendide manteau musical maghrébo-andalous.

 

Il souligne lui-même que :

 

La diction doit être soigneusement travaillée, et la musique et le chant doit ressembler à un fruit radieusement beau de l'extérieur et divinement bon à l'intérieur.

 

Les instruments, le mandole en particulier, est un prolongement de son propre corps.  Le rythme, orchestré par le mizane ; « derbouka », et le tare ; « le tambourin », génère une percussion pleine de reliefs, de variation de tons. D’ailleurs, les percussions sont les piliers principaux de l'orchestre. Le charme du mizane est d’être présent tout en passant quasiment inaperçu, et les refrains, repris tour à tour, par le banjo ténor, l'alto, le piano, le banjo guitare, le violon et le mandole, culminent vers la rencontre des instruments de l’orchestre en justes accords exprimés, pour nous faire ressentir un hymne singulier : celui du lien universel préexistant dans toutes les cultures. Cheihk Djaffar nous fait entendre le battement de cœur du chaâbi, il nous fait entendre l’éloquence musicale d’un lien culturel et social.

 

 Cependant, un concert de chaâbi obéit à des règles rigoureuses.

 

Il dit que :

Dans un concert chaâbi ou andalous, la touchia est la marque des maîtres, la signature des cheikhs jaloux et respectueux de la tradition artistique léguée par les pionniers et leurs successeurs.

 

Le prélude, extrait des classiques de la musique andalouse, transforme le public en convives, faisant  renaître l’hospitalité des anciens.

 

Bienvenue aux amis, bienvenue à tous les amis, votre séparation est un deuil (tristesse) et les retrouvailles une fête.

 

  Puis, le menu varie selon une diversité impressionnante de sonorités, mais musicalement, le passage transitoire d'un mode (Maqam) à l'autre, reste harmonieux et sans accidents. Poétiquement, le message véhiculé contient une unité de sens, une cohérence, même si les textes traitent de thèmes très différents.

 

Cheihk Djaffar réactualise les plaisirs de ce rivage aromatique arabo-berbèro-andalous fidèlement, et propose, en maintenant en vie cet art raffiné, de nouvelles compositions.

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