En avant-première, Hannah Arendt, le film de Margarethe Von Trotta qui sortira en salle le 24 avril 2013

Quelle étrange idée de faire un film sur un philosophe ! Je pensais qu’il s’agirait d’un documentaire ! Ce n’était absolument pas le cas ! Le scénario couvre la période du procès Eichmann, l'oeuvre journalistique et philosophique de Hannah Arendt concernant ce procès qui se déroula à Jérusalem en 1961, et les réactions violentes à l’égard de ses articles, qui comptent à peu près 300 pages, publiés en 1963 dans le magazine The New Yorker.

Quelle étrange idée de faire un film sur un philosophe ! Je pensais qu’il s’agirait d’un documentaire ! Ce n’était absolument pas le cas !

Le scénario couvre la période du procès Eichmann, l'oeuvre journalistique et philosophique de Hannah Arendt concernant ce procès qui se déroula à Jérusalem en 1961, et les réactions violentes à l’égard de ses articles, qui comptent à peu près 300 pages, publiés en 1963 dans le magazine The New Yorker.

 Eichmann devait rendre des comptes sur ses actions commises sous le régime nazi. Il était chargé d’exporter des juifs de Nuremberg à Auswitch. Il s’occupait des questions logistiques. Eichmann organisait la mort. Et il racontait de façon très banale l’exportation des juifs comme s’il s’agissait de transporter des poules à l’abattoir.

 Malgré certaines craintes, j’ai trouvé ce film remarquable. Il donne à voir comment naît un concept. Socrate a eu ses accusateurs, Hannah Arendt a eu les siens en révélant les chefs de file juifs qui ont dénoncé d’autres juifs durant la guerre, et en constatant que ce Eichmann n’était en fait qu’un fonctionnaire zélé de l’Etat, c’est-à-dire un homme médiocre et ordinaire.

Le mal est banal, de fait, se manifestant à nous sous la figure de la souffrance des victimes et de la violence des bourreaux. Ces derniers voudront toujours banaliser leurs actes pour éviter d’en répondre. Quant à ceux qui ne la subissent pas, ils s’accommodent bien souvent d’une banalisation, c’est-à-dire de rendre ordinaire quelque chose qui au départ ne l’est pas.

Ainsi Eichmann est décrit par Hannah Arendt comme un individu ni diabolique, ni démoniaque, mais simplement comme un fonctionnaire  obéissant scrupuleusement au IIIème Reich. Ces actions ignobles étaient seulement devenues banales sous le régime nazi. Ce mode d’être est une simple conséquence de la banalisation du mal. Il y a dans le fait même de banaliser un crime, une réduction qui devient quelque chose d'insignifiant. Là est la terreur.

Le mal n’est pas le propre de quelques individus démoniaques ou de quelques monstres inhumains, mais il peut surgir en chacun de nous dans certaines circonstances. Telle est la leçon que Hannah Arendt tire du procès Eichmann.   Si l’on considère un être qui commet des crimes comme un monstre ou comme un démon, on lui retire aussitôt le visage d’un humain. Et en faisant cela, on fait porter tous les maux de l’humanité sur un seul homme ou sur un seul groupe d’individus. On banalise alors la violence habituelle par contraste avec une violence exceptionnelle. Dire qu’il y a une banalité du mal ne revient absolument pas à le banaliser. C’est accepter l’idée qu’il peut surgir chez tout un chacun.

Ce film impressionnant montre très clairement comment ce concept chargé d'affects est apparu.  

 

Hannah Arendt s’évade du camp d’internement situé en France pour se rendre au Etats-Unis en 1941. En 1951, elle publie Les origines du totalitarisme, en 1958, La condition de l’homme moderne et, le 11 avril 1961, elle assiste au début du procès Eichmann. Ce dernier sera pendu le 31 mai 1962.

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