Nomade, Marie Hannequin l’est absolument. Elle s’ennuie dans ce monde intercepté par des gens qui n’en connaissent pas le moindre recoin. Elle fuit les portes fermées.

Je l’ai rencontrée lors du  nouvel an, à Yport. Nous nous promenions sur les falaises au rythme de récits extraordinaires au large d’un authentique Orient.

«J’ai fait ma première fugue à deux ans», m’a-t-elle dit, avant de monter les petites marches escarpées, menant à la valleuse de Vaucottes, et avant de nous plonger, en compagnie d’une jeune femme du prénom de Prune, dans une longue Fugue photographique. Sur les pinacles exceptionnels de Normandie,  chaque prise était un fou rire léger et joyeux. Chacune de ses photographies contient une histoire qu’elle sait raconter avec humour. En réactualisant ces moments, je vivais une récréation salutaire et nécessaire. Ce vent ami qui me faisait rire, m’amplifiait d’un désir de savoir, de comprendre.

img-0057

Pérégrinations en Terres musulmanes et autres terres Orientales compilent des photographies d’hommes, d’enfants, de femmes où chaque visage est une rencontre. « Pourquoi tous ces visages rient-ils ou sourient-ils ? » Ils sont là, ouverts à sa présence sous l’oeil bienveillant de l’appareil. J’ai vu et compris pourquoi les photographies de Marie Hannequin sont fascinantes. Elle photographie la rencontre. Cette chose rare, qui s’appelle le bonheur, elle la prend en photo et l’immortalise. La Rareté est sous nos yeux.   Les terres d’Iran, du Tadjikistan, du Pakistan, du Soudan, du Yemen, d’Oman, d’Afghanistan, d’Inde, du Bangladesh, du Liban, d’Egypte, d’Ouzbekistan, du Kazakhstan, de Mongolie, du Kirghizstan, de Turquie, de Syrie, etc.  sont des chefs d’œuvres picturaux à l’encre de chine. Le noir et blanc procure sûrement une intensité supplémentaire au passé ! Mais la marque du photographe est là, dans ce brassage urbain de femmes voilées, dans ces mosquées alvéolées de dentelles, sur ce glacier transparent où un père s’étend.

Au Yémen, « Les poules pressées dans le « Manhattan du désert » et ses 500 gratte-ciel en pisé », une véritable cité urbaine sans âmes corrige notre regard de tous ces faux préjugés médiatiques. Quelle paix, ces œuvres photographiques ! On est tellement loin du cynisme propre à la piétaille journalistique. On est tout simplement près des humains.

img-0088
Ethnocentrisme inversé, où nous voyons l’altérité projetée sur nous son regard ! Quel bonheur de voir cela ! La tradition de la haine si bien inculquée en Europe, disparaît. Ces contrées prohibées par la loi, redeviennent humaines et heureuses. Marie restitue la réalité même si c’est elle que ces visages regardent avec étonnement et ravissement. Mariblanche Hannequin saisit le bon kairos non pour capturer, mais pour donner à voir la rencontre,  les instants d’intériorités qui se surprennent à s’échanger des regards,  à partager quelque chose dans l’antichambre de la vie.  

Photographies Mariblanche Hannequin, Préface de Bernard Plossu, Pérégrinations en terres musulmanes, et autres terres orientales, Editions La Part des Anges, 2008.

http://mariblanchehannequin.com/

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.