Serge Boimare : la peur d'apprendre

J'ai suivi, pendant deux ans, des élèves en échec scolaire sévère au CMPP du Centre Claude Bernard dans le 5ème. Serge Boimare supervisait mon travail. Et j'avoue que j'ai beaucoup aimé collaborer avec lui. Auteur de L'enfant et la peur d'apprendre, les enfants empêchés de penser, la peur d'enseigner, et ancien directeur et psychopédagogue du centre Claude Bernard, Serge Boimare s'est toujours intéressé aux enfants et aux adolescents démunis sur le plan social et culturel.

J'ai suivi, pendant deux ans, des élèves en échec scolaire sévère au CMPP du Centre Claude Bernard dans le 5ème. Serge Boimare supervisait mon travail. Et j'avoue que j'ai beaucoup aimé collaborer avec lui. Auteur de L'enfant et la peur d'apprendre, les enfants empêchés de penser, la peur d'enseigner, et ancien directeur et psychopédagogue du centre Claude Bernard, Serge Boimare s'est toujours intéressé aux enfants et aux adolescents démunis sur le plan social et culturel. Etre capable d'intéresser, de nourrir, grâce à la culture et l'entraînement à l'expression, des élèves qui rencontrent de grandes difficultés scolaires, sont ses thèmes de recherche. Il a mené une réflexion sur les incapacités réflexives, les peurs et sentiments qu'il qualifie de "parasites" ; ceux qui dérèglent le comportement et les apprentissages de certains élèves.Il insiste d'ailleurs sur l'expression  de "logique  de dérèglement" et non  sur une "logique de manque" concernant toutes ces incapacités réfléxives.

Comment faire fonctionner une classe hétérogène avec des niveaux différents et des individualités issues de cultures différentes ?

Serge Boimare souligne la nécessité de créer un patrimoine commun. Cela suppose l'écoute et la participation de chacun pour établir une cohésion sociale, et puis des outils pédagogiques qui parlent à tous les élèves. Les contes, les mythes et les légendes, facilitent ce passage. Ces textes donnent sens, ouverture et cohésion, aidant les enfants à échapper aux sentiments violents qui se déclenchent lorsqu'ils sont déçus.Pour cela il est nécessaire de relier son histoire à celles des autres.

Confronté à des élèves qui lisent les textes sans en comprendre le sens, qui donc ont "une lecture de texte ni suffisante pour aller à la conquête du savoir ni suffisante" pour ressentir un quelconque plaisir, il montre les causes de ces difficultés. Cette incapacité d'entrer dans une lecture active renvoie aux premiers moments de l'expérience du savoir. En s'interrogeant sur ce qui caractérise cet empêchement de penser, il met en lumière deux états précis : la phobie du temps de suspension liée à l'impossibilité d'une représentation suffisamment riche et sécurisée dans laquelle l'enfant pourrait se maintenir et l'impossibilité d'accèder au langage argumentaire. L'absence de monde interne empêche la possibilité de faire un retour serein à eux quand ils lisent un texte. Ils ne peuvent s'accrocher à rien. ils ne peuvent pas "imager", produire des images afin de donner du sens au texte, ils sont confrontés aux peurs excessives, aux émotions parasites qui, au lieu de construire de la pensée, viennent la disperser.

Créer une communauté d'esprit, quelque chose qui relie les élèves entre eux, en écoutant attentivement l'événement qu'apporte l'enfant ou l'adolescent, est la seule condition pour éviter de provoquer en lui l'autodévaluation et des idées de persécution.

Le nourrissage culturel ne doit pas être pratiquer à l'image du gavage des oies, en consommant et en emmagasinant de la connaissance, - l'idée d'empilement finit d'ailleurs tôt ou tard par craquer un jour - mais il doit bel et bien reposer sur quelque chose qui a du sens et des racines. 


Serge Boimare - "Qu'est-ce que la morale laïque ? " - Partie 2/2 © Les Controverses de Descartes
 

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