Lettre ouverte au Recteur de Paris concernant «Parcoursup» et «APB»

Ma fille, qui a eu son Bac S au Lycée Montaigne en 2017, n'a toujours pas trouvé de Facultés. Elle est à Berlin depuis sept mois. Elle livre son parcours et ses profondes déceptions concernant deux systèmes (APB et Parcousup) qui l'ont exclue des Universités Françaises. APB, l'an dernier et Parcoursup, cette année, ne lui ont été d'aucun secours.

"Je suis désespérément confrontée au système d'APB (Admission Post Bac) mis en place par l'Education Nationale depuis plusieurs années. Seulement, après avoir passé un BAC S en 2017 en ayant donné toute ma rigueur et ma détermination dans mon travail, je me retrouve délaissée du système, tout comme presque 3000 élèves en France, une centaine de Bacheliers généraux, puis la grande autre partie constituée de bacheliers techniques et professionnels. 

Je souhaite faire de la biologie cellulaire à l'UPMC mais je suis restée en attente trois mois. Aucun de mes voeux n'ont été pris en compte, à l'exception d'un dernier choix qui est une FAC de Lettres, Médias et Audiovisuels à Paris IV, voeu placé par défaut, car il était obligatoire de choisir au moins deux licences où il y a autant de places que de demandes (c'est à dire, des FAC fourre-tout). Pour une scientifique, cela n'a aucun sens d'étudier les Lettres alors que je suis passionnée par la biologie, comme l'affirme la lettre de recommandation de mon professeur de Biologie de Première et de Terminale.

J'ai donc refusé ce voeu en espérant obtenir mon premier voeu de biologie en attendant la fin de l'avant dernière phase d'APB.

Malheureusement, même après avoir démarché auprès d'un grand nombre de Facultés Scientifiques,  je n'ai eu aucune réponse favorable. Les effectifs des Universités sont réduits pour un si grand nombre de bacheliers. Il était impossible de trouver une Université qui correspondait à mes souhaits.

J'ai été retenue en Lettre Moderne à Paris IV. Voici ce que cette fameuse "procédure complémentaire" (qui s'est terminée le 25 Septembre, et qui correspondait à l'ultime phase) propose aux jeunes néo-bacheliers laissés de côté injustement : des "places vacantes" dans des filières sous-côtés. Mais, "place vacante" ne signifie pas "élève bien orienté". 

Voilà ce que je remarque, la chance est donnée aléatoirement, sans mérite et sans consultation. Alors lors de la rentrée scolaire 2017/2018, la défaillance de ce système exigeait une sélectivité. Tout cela parce que nos responsables politiques sont dans "l'incapacité" d'augmenter l'effectif des classes à l'Université. 

Mon cas n'est pas singulier. Ce que je vis est partagé par des milliers d'autres jeunes de ma génération. Ce système est profondément injuste et arbitraire. Le rectorat et l'Education Nationale ne savent plus quoi inventer comme excuse pour faire patienter les parents d'élèves et une jeunesse en perte d'espoir de culture. Ces parents sont dans la peine et la plainte pour leurs enfants. 

Nous avons passé, ma mère et moi, des heures entières à essayer de contacter des responsables afin de m'ouvrir des portes.

Résultats : nous avons été renvoyées vers une quinzaine de numéros de téléphones, où chaque fonctionnaire contacté était d'une incroyable légèreté et incompétence.

Ma mère a réussi à contacter la responsable d'APB à la Chancellerie. Cette femme, Mme B., a répondu fermement que les Lettres me correspondaient totalement et qu'une élève bachelière comme moi, passée au rattrapage, n'avait pas ses chances de réussir en Sciences.  

"Elle va se plaire en Lettres et en faire son métier", a-t-elle répondu. Depuis quand un individu placé au dessus d'un algorithme peut oser prétendre connaître le désir de jeunes adultes ? A quoi bon nous demander notre avis s'il ne comptera jamais ? 

Entre de quelles mains la jeunesse est placée ? C'est inadmissible et injuste. Chaque élève de n'importe quelle filière doit avoir les mêmes chances.

Oui, car il s'agit de chance aléatoire, contrairement à ce que la ministre de l'éducation, le président de la République, ou la responsable du logiciel d'Admission Post Bac peuvent dire.

Un élève avec un très mauvais dossier a pu se retrouver en médecine, tout comme un très bon élève, dans une voie de garage, ou même pire, sans aucune proposition.

Nous avons été bercés dans l'air scolaire depuis notre plus jeune âge. Nous entendons parler du Baccalauréat pendant presque quinze années. On nous demande quel métier nous souhaiterions faire plus tard, pour finalement se retrouver dans une situation similaire à celle du chômage dès l'âge de 17/18 ans.

Est-ce légitime pour un jeune d'être repoussé du système tandis que des milliers d'autres ont le droit aux études ?

Car étudier est un droit et la culture est un devoir.

Beaucoup de personne ignore encore la difficile situation dans laquelle nous nous trouvons. L'infortune et la tristesse nous envahissent, car un élève avec un tant soit peu d'ambition, se retrouve frustré et démotivé, las et en colère, mais surtout, nous ne savons que faire de ces sentiments envahisseurs, car nous sommes dans l'incapacité d'agir.

Voir des amis ou des connaissances sortir de cours et travailler est une réelle souffrance. Mais personne ne peut me tenir responsable de cette situation. J'ai été encouragée au deuxième trimestre. J'ai eu 13 de moyenne en maths. Mes résultats en sciences de la vie et de la terre étaient convenables. Ce n'est pas le BAC ou les bulletins trimestriels qui créent une retenue dans une Université. Car dès début juin, les résultats d'admissions sont mis en lignes (c'est-à-dire avant les examens du BAC). Les seuls et uniques responsables sont celles et ceux qui ont créé, adopté ce logiciel, et laissé son fonctionnement perdurer.

Parcoursup n'a rien changé à ma situation, je reste cette année encore sans Universités. Je suis inscrite dans une école à Berlin pour avoir un C1, que j'obtiendrais sûrement en décembre 2018, niveau suffisant pour me permettre peut-être, d'intégrer une Université en Allemagne. "

Léa Haubtmann

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