Dernière illusion dans l’existence d’une femme avant d’atteindre la quiétude d’une vie solitaire. Je ne présenterai pas analytiquement Vingt quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig. Ce roman célèbre, qui se déroule en 1904, dans une paisible pension, reprend, selon moi, le fameux thème de la Pitié dangereuse.
Madame Henriette, fugue avec un jeune amant français, laissant son mari et ses deux enfants. Les pensionnaires sont scandalisés par cette évasion hors de la structure conjugale, indigne, selon les bourgeois-pensionnaires de la Riviera, d’une épouse-mère. Seuls le narrateur et Mrs C., une aristocrate anglaise de soixante-sept ans, comprennent la fuite amoureuse de la femme mariée.
Sur fond de scandale sociale bourgeois, Mrs C. se souvient alors de son unique passion, lorsqu’elle avait quarante deux ans.
Les mains d’un joueur tremblent. Mrs C. est troublée, exaltée, en dehors de toute raison critique, bouleversée, par un jeune aristocrate polonais misant toute la fortune de sa famille, sur une table de jeu au casino. Mrs C. veut alors sauver cet addicte. La pitié, cette répugnance naturelle à observer une jeunesse se détruire, mettra à l‘épreuve sa sensibilité. Mais face aux forces qui annihilent la vie, Mrs C. se laissera emportée. Un mouvement spontané du cœur la transporte en lui où elle se fondra aux émotions mêmes qui le traverseront. Après avoir tout perdu, le jeune polonais veut se tuer. Une passion dévotante tient Mrs en laisse, et comme toute folle passion amoureuse, elle s’exercera de façon ponctuelle et limité. Vingt quatre heures lui suffiront. Durant ces courts instants, Mrs C. l'éloignera de la roulette en livrant son corps et son âme au caprice de l'invétéré flambeur. Mais c’est d’elle dont le spectateur aura pitié lorsqu’il trahira la promesse sacrée, faite dans une église, de ne plus jamais jouer. Pendant ce passage transitoire de quelques heures, elle cédera à la fascination transformelle d'un entier abandon. L'éclosion tout d'abord du sentiment humain de pitié et par la suite, de l'amour, jaillissent des mains frémissantes du jeune joueur. Le retour à ce principe suspensif et naturel est remarquablement interprété par Michèle Boidin.
Comédienne et metteuse en scène, Michèle Boidin passe de la tragédie au registre comique avec une voluptueuse aisance et un superbe talent.
Tchékhov, Aristophane, Marivaux… Elle joue des rôles variés. Sans thème mais avec amour, elle présente un spectacle de textes d’auteurs (Prévert, Rimbaud, Baudelaire). Ces trois dernières années, Michèle Boidin a interprété Mrs C. à l’Espace Marais et au Festival d’Avignon.
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