Fascisme à la française et résistances : 10 mai et 3 octobre 1940

En cette fin d'année, les célébrations gaulliennes ont largement occulté la nature du régime contre lequel le général s'est révolté, et contre lequel se sont dressées de multiples formes de résistances, d'où l'importance de revenir sur "le plus atroce effondrement de notre histoire". (Marc Bloch).

Gérard Faÿ rend compte de l'instrumentalisation de la défaite française de mai 1940 par une droite prête à pactiser avec le IIIe Reich.
Cette période, admirablement repensée, interroge sur des questions d’actualités.

 

"Sur le premier des Français libres et les premiers résistants

Cinquante après la mort du Général, 80 ans après l'Appel du 18 juin 1940, il était justifié que 2020 devienne une "année De Gaulle". Nombre de magazines ont présenté des photos et des textes propres à entretenir le culte, voire le mythe, du héros national et, ces dernières semaines, plusieurs téléfilms ont constitué autant d'invitations à réévaluer son action à plusieurs moments-clés de notre histoire[1].

Le discours de Moncornet

Emmanuel Macron, qui devait ouvrir les commémorations, l'a fait le 17 mai, à Montcornet (Aisne), là où CdG, il y a 80 ans, engagea son premier combat contre les blindés hitlériens. Il a commencé son long discours[2] en rendant hommage à de nombreux combattants qui ont lutté courageusement pour tenter de contenir la progression de l'ennemi aux environs de Dunkerque, sur les ponts de la Loire et ailleurs… Sur le Général, il a ensuite déployé des trésors de lyrisme, déclarant : "En ces lieux, celui qui n'était encore que colonel, a rencontré son destin (…) Songez que, en moins d'un mois, De Gaulle est devenu De Gaulle : le 17 mai, il n'est rien et quatre semaines plus tard, il sera l'homme du 18 juin". Ici même, "une invincible espérance a jailli dans le cœur d'un homme qui allait bientôt mener les forces libres de notre peuple jusqu'à la Libération". Dans la bouche de l'actuel président de la 5ème République, De Gaulle est ainsi devenu une sorte de prophète qui aurait reçu à Montcornet la révélation d'une mission : "emporter à Londres l'esprit de la République, l'honneur de la nation et le flambeau de la Résistance".

Ces propos exaltés ont, étrangement, remplacé le rappel historique de ce que furent les semaines d'une incroyable densité qui séparent Montcornet de l'Appel du 18 juin : à peine plus de 40 jours marqués par la déroute des armées françaises, l'exode dramatique des populations civiles du Nord, la demande d'armistice qui a engagé notre pays dans quatre années de collaboration avec le nazisme et, grâce à l'action personnelle de CdG, le basculement de la France dans la Deuxième Guerre mondiale aux côtés des puissances alliées contre le 3ème Reich.

 

Une intéressante mise en scène

Heureusement, un film, sorti en début d'année, le De Gaulle de Gabriel Le Bomin, tout entier consacré à ces semaines et au rôle décisif joué par le Général, nous fournit l'occasion d'en rappeler les événements majeurs, resitués dans leur contexte dramatique. Bien qu'ayant été salué comme un "beau film, intelligent, historiquement rigoureux et remarquablement interprété"[3], ce film a aujourd'hui disparu des affiches, victime sans doute de certains critiques ayant estimé peu intéressantes les scènes de vie familiale qui pourtant forment une trame utile pour comprendre qui furent le Connétable[4] si délibérément pudique sur sa vie privée (interprété par Lambert Wilson), sa femme Yvonne Vendroux (Isabelle Carré), sa famille ainsi que le milieu dans lequel ils évoluaient. Quoi qu'il en soit, le film donne une certaine forme de vie à une période historique majeure ; il fournit l'occasion de réévaluer l'importance des actes que posèrent ces deux personnalités d'exception, De Gaulle et Churchill.

 

Réalité de ses combats

Mai 40 : bien qu'ayant déclaré la guerre au 3èmeReich le 3 septembre 1939, la France, pas plus que la Grande-Bretagne, n'avait voulu engager les hostilités, laissant Hitler et Staline détruire la Pologne en se la partageant. Pendant huit mois, les Alliés avaient campé sur des positions défensives. L'offensive ennemie s'était produite le 10 mai, comme les états-majors l'avaient prévu, sur toute la longueur d'un front s'étendant de la terminaison nord de la ligne Maginot jusqu'aux Pays-Bas. La surprise vint des divisions blindées allemandes qui, en trois jours, réussirent à franchir les Ardennes et à atteindre la vallée de la Meuse à Sedan : panique dans les états-majors, désorganisation des unités militaires, début d'un lamentable exode des populations civiles. Aucun obstacle physique n'empêchait les blindés hitlériens, appuyés par une aviation qui avait prouvé sa terrible efficacité pendant la guerre d'Espagne et l'attaque de la Pologne[5] d'envahir le nord de la France ; aucune force militaire ne semblait en mesure de les arrêter. Le colonel CdG avait été nommé, en mars, commandant d'une "4ème Division Cuirassée de Réserve"… à charge pour lui de la constituer en prélevant des chars disponibles dans la France de l'est. Se trouvant alors dans la région de Laon, il observe que les blindés allemands, au lieu de foncer vers Reims et Paris, se dirigent vers l'embouchure de la Somme pour couper de la région parisienne toutes les forces alliées du nord de la France et de la Belgique. Il décide immédiatement d'attaquer les colonnes allemandes sur leur flanc et engage le 17 mai un combat vers le bourg de Montcornet. Le film met en scène cette bataille avec explosions, fumées, passage d'un groupe de prisonniers, mains sur la tête. Le soir même, CdG profite de la venue d'un reporter pour se saisir de son micro et diffuser un communiqué faisant état d'une première contre-offensive, couronnée de succès, avec 130 soldats allemands faits prisonniers[6]. Cette annonce redonne de l'ardeur à beaucoup de combattants et de l'espoir à d'innombrables Français penchés sur leur TSF.

Les semaines suivantes, CdG poursuit ses contre-attaques au nord de Laon puis vers la vallée de la Somme sur un axe parallèle à celui des Panzerdivisionen de Rommel et de Guderian. Les chars placés sous ses ordres parcourent 180 km en une dizaine de jours en dépit des attaques constantes des stukas. En relation avec d'autres unités combattantes, il cherche à maintenir, autour d'Abbeville, un couloir permettant d'assurer les liaisons avec les forces armées du nord[7]. Mais tous manoeuvrent au milieu de civils et de militaires en fuite. CdG s'est décrit plus tard animé d'une "fureur sans bornes" pour avoir entendu des officiers ordonner à leurs soldats de "jeter leurs fusils et de filer vers le sud pour ne pas encombrer les routes"[8].

Des militaires préparés à la défaite

Pendant deux semaines, CdG cherche à constituer un front de résistance en rive gauche de la Somme. Mais il faut des renforts et Maxime Weygand[9], promu commandant en chef des armées, depuis le 17 mai, ne parvient pas à lui en fournir : il octroie des citations élogieuses à De Gaulle et propose qu'il soit nommé "général de brigade à titre temporaire", mais ne manifeste lui-même qu'une médiocre combativité et s'avère incapable de concevoir une stratégie de repli face à l'offensive allemande, comme s'il avait dores et déjà admis une défaite totale, inéluctable. Dès ce moment, CdG comprend qu'"une large fraction de la Droite souhaitait la paix avec Hitler et l'entente avec Mussolini" parce qu'elle "voulait voir l'ennemi bien plutôt dans Staline que dans Hitler"[10].

Mais Paul Reynaud, président du conseil des ministres, envisage deux issues au conflit : après avoir nommé, le 19 mai, le maréchal Pétain vice-président de son conseil et Weygand à la tête des armées, il affiche une certaine volonté de résister en nommant CdG, le 5 juin, sous-secrétaire d'Etat à la Guerre et à la Défense nationale. A ce titre, le Général, nouvellement promu, assiste à l'un des conseils de gouvernement : dans le film, on entend Pétain, Weygand et quelques autres tenir tête au président du conseil, affirmant qu'il est temps de mettre un terme aux souffrances du pays[11]. Bien sûr, "on ne capitulera pas, on va demander aux Allemands à quelles conditions pourrait être conclu un armistice" Reynaud plaide au contraire pour la poursuite des combats et il mandate CdG pour une première mission auprès des Britanniques : "Convaincre les Anglais que nous tiendrons, quoi qu'il arrive. Vous verrez, M. Churchill, et vous essaierez d'obtenir que la Royal Air Force combatte activement la Luftwaffe dans le ciel de France"[12].

Le soutien de Churchill

Winston Churchill était devenu Prime Minister le 13 mai alors que la percée allemande dans les Ardennes laissait craindre la défaite de la France et que débutait l'évacuation des troupes britanniques encerclées dans la poche de Dunkerque. Il avait été élu par les Communes, faute dit-on, d'un autre candidat. D'emblée, il s'était déclaré partisan de la poursuite de la guerre contre l'Allemagne, annonçant au peuple que ce choix signifierait "du sang, de la sueur et des larmes" mais l'establishment qui l'entourait était, à ce stade, très éloigné de cette option. L'une des reconstitutions les plus fortes du film de Gabriel Le Bomin, est celle où l'on voit Churchill (Tim Hudson) en réunion, entouré des plus hauts responsables du Foreign Office, des Armées et de la Marine, recevant la délégation française menée par le Connétable. Le Prime Minister tempête contre les dignitaires qui ont renoncé à défendre la France en déroute et plaide pour que se maintienne une vraie solidarité entre, comme il le dit, les deux seules démocraties restant dans une Europe dominée par les dictatures d'Hitler, de Franco et de Mussolini. Ce jour-là, il refuse l'engagement souhaité de la Royal Air Force au bénéfice d'une France qu'il estimait militairement anéantie. Mais il mise sur De Gaulle qui lui est apparu comme le seul membre du gouvernement français résolu à continuer le combat : dans une autre scène, lors d'un dîner en tête à tête, lorsque CdG déclare qu'il continuera la guerre bien que "seul, sans moyens", on entend Churchill répondre avec humour, whisky d'une main, cigare de l'autre, "I confirm". Comme il a compris que CdG ne pourrait continuer le combat si sa femme et ses trois enfants tombaient entre les mains des Allemands, il ordonne qu'un hydravion aille les chercher là où ils se trouvent, à Carantec (Finistère).

 

Un gouvernement en déroute

De retour à Paris le 10 juin en soirée, CdG assiste effaré à la panique qui règne dans les ministères : les Allemands sont aux portes de la capitale, on brûle les archives et l'on ne pense qu'à fuir vers le sud. Images fortes de ce "jour d'agonie". Dès le lendemain, Churchill revient assister à plusieurs réunions du Conseil suprême de guerre interallié à Briare (Loiret) : les Britanniques veulent garder le contact du gouvernement français pour empêcher, à tout prix, que la flotte de Méditerranée ne passe sous contrôle allemand[13]. Mais ces réunions n'aboutissent à rien, les deux parties s'accusant mutuellement d'insuffisants engagements militaires. En réalité, Pétain est entouré de ministres et de politiques ayant déjà fait le choix de s'entendre avec l'Allemagne, en dépit des engagements antérieurs de ne pas conclure de paix séparée.

Eprouvant une "amertume indicible", CdG n'assiste qu'au début de ces réunions et envisage de démissionner. Mais Georges Mandel, ministre de l'Intérieur, insiste pour qu'il retourne à Londres et signifie aux Anglais qu'au moins certains membres du gouvernement sont décidés à continuer la lutte. Dans le film, Mandel lui dit en substance : "Cette guerre est une guerre mondiale, vous, vous êtes un homme intact, moi, je suis juif, je n'ai plus aucun poids dans le gouvernement"[14]. Paul Reynaud investit CdG pour un second voyage à Londres : il devra faire savoir à Churchill que lui-même, président du conseil, ne sollicitera pas un armistice et qu'il compte toujours sur un fort soutien des Britanniques.

 

Second voyage à Londres et folle journée du 16 juin

Ne disposant d'aucun avion, CdG part en voiture vers la Bretagne : le long des routes qu'il emprunte il doit se faufiler entre des cohortes de civils en fuite et éviter parfois des cadavres de femmes et d'enfants mitraillés[15]. Il rencontre des chefs militaires et donne des instructions pour préparer un "réduit breton", où se regrouperaient toutes les forces armées disponibles en Armorique afin de constituer une tête de pont permettant de poursuivre les combats en liaison avec le Royaume-Uni. Le 16 au matin, à Londres, il reçoit, dès son réveil, la visite de plusieurs Français autour de Jean Monnet venu lui transmettre l'idée d'une "union franco-britannique", rendant totalement solidaires les deux pays dans la poursuite la guerre. Churchill et De Gaulle s'y rallient sans vraiment y croire. Dans la journée, la proposition est transmise au gouvernement Reynaud mais la plupart des ministres se gaussent, osant des formules du genre "On ne va tout de même pas se transformer en un dominion britannique" ou encore "Plutôt devenir une province nazie, au moins nous saurions ce qui nous attend".

L'entourage de Reynaud est en effet truffé d'hommes politiques germanophiles qui le pressent de négocier au plus vite un armistice avec le Reich. Hélène de Portes, égérie de Paul Reynaud, harcèle tout ce monde en coulisses. Pour ces "synarcho-cagoulards"[16], l'heure était venue de faire advenir un nouvel Etat, capable de contenir le "péril rouge" et d'inaugurer la "Révolution nationale".

Quand CdG revient de Londres, ce même 16 au soir, dans l'avion du général Edward Spears, représentant personnel en France de Churchill, il apprend que Reynaud a démissionné et que le maréchal Pétain[17] est sur le point de former un gouvernement avec Laval aux Affaires étrangères, Weygand à la Guerre et l'amiral Darlan à la Marine. Dans ses Mémoires, CdG écrit : "C'était la capitulation certaine. Ma décision fut prise aussitôt. Je partirai demain matin". De fait, le 17 au matin, il s'envola de Bordeaux-Mérignac dans l'avion de Spears avec son seul officier d'ordonnance Geoffroy de Courcel.

 

L'Appel du 18 juin

A Londres, le Connétable arrive : "sans renom, ni parti, ni troupes" et désormais "sans légitimité"[18]. Churchill le reçoit cependant et lui donne son accord pour qu'il puisse, dès le lendemain délivrer un message à la BBC.

Le film donne à voir le Général passant une partie de sa nuit et de la journée du 18 à noircir et à raturer des papiers qu'Elisabeth de Miribel dactylographie à grand peine. Dans la soirée, il prononce solennellement son appel, sans même lire, dit-on, le texte qu'il avait sous les yeux[19]. D'une voix ferme, il proclame : "Ce gouvernement alléguant la défaite de nos armées s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat". Comme les armées françaises ont été "submergées par la force mécanique, terrestre et aérienne de l'ennemi", on doit croire que "les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire (…) ; la France n'est pas seule, elle peut faire bloc avec l'Empire britannique (…), utiliser sans limite l'immense industrie des Etats-Unis (…) ; cette guerre est une guerre mondiale". En conséquence, "Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et soldats français qui se trouvent en territoire britannique (…), les ingénieurs et ouvriers spécialistes des industries d'armement (…) à se mettre en rapport avec moi".

Si l'appel n'a pas été enregistré, il a été rediffusé plusieurs fois sur les ondes de la BBC. Peu de gens en France l'ont entendu mais un article a été publié dès le lendemain à la une du Times et l'information a été reprise par plusieurs journaux français. La nouvelle s'est peu à peu propagée que le militaire de grande taille, apparu en uniforme de général de brigade sur la photo officielle du gouvernement Reynaud le 10 juin, était entré en dissidence, qu'il appelait à la poursuite de la guerre, refusant par avance l'armistice que s'apprêtait à conclure le maréchal Pétain.

 

La proclamation du 19 juin

Le 19 au matin, CdG reçut la visite d'un haut gradé rattaché à l'ambassade de France venu l'informer des sanctions auxquelles il s'exposait et, sans doute, d'une prochaine convocation devant un tribunal militaire. Quelques ralliements suivirent ensuite à Seymour Place mais ils furent moins nombreux, moins rapides qu'on ne le dit souvent[20]. L'appel du 18 juin aurait pu rester un message délivré depuis Londres, une sorte de tract prônant la résistance à l'hitlérisme. Mais CdG avait compris qu'un 3ème Reich surpuissant, animé d'une idéologie totalitaire, prêt à utiliser toutes les armes nouvelles au service de ses ambitions planétaires, ne pourrait être vaincu qu'au prix d'une guerre longue et meurtrière. Sa résolution s'affirme de constituer une force militaire française autonome, capable de continuer la lutte en Afrique du Nord d'abord puis dans tout "l'Empire". Comme par ailleurs, en milieu de journée, il apprend que sa femme et ses trois enfants sont arrivés sur le sol britannique, plus rien ne l'arrête : il lance, dans la soirée, toujours sur les ondes de la BBC, un second appel stupéfiant d'audace. Il proclame : "Devant la confusion des âmes françaises, devant la liquéfaction du gouvernement tombé sous la servitude ennemie (…), les formes ordinaires du pouvoir ont disparu (…). Moi, général de Gaulle, soldat et chef français, j'ai conscience de parler au nom de la France. Tout ce qui a de l'honneur a le strict devoir de refuser l'exécution des conditions ennemies ; tout Français qui porte encore les armes a le devoir absolu de continuer la résistance"[21]. Par cette proclamation, CdG exprime sa révolte contre un gouvernement qui s'apprête à abandonner le combat, trahissant l'alliance avec le Royaume-Uni conclue quelques mois plus tôt. Pour lui, c'est d'abord une question d'honneur. Mais la vigueur de son expression traduit aussi une résolution inébranlable : la bataille perdue sur le territoire métropolitain ne doit, en aucune façon, signifier une victoire définitive du 3ème Reich dans le monde.

 

Une guerre décidément mondiale

Plus que jamais, la lutte armée demeure le seul mot d'ordre et le Connétable s'impose comme le coordinateur évident de toutes les forces militaires et politiques décidées à continuer la guerre aux côtés des Britanniques et des pays qui, comme les Etats-Unis, se déclareront solidaires des "démocraties". Il le fait parce que, avant tout autre, il a mesuré les enjeux (civilisationnels, dirait-on aujourd'hui) de la guerre commencée en septembre 1939 comme le prouve le memorandum qu'il avait adressé le 26 janvier 1940 aux 80 principales personnalités du gouvernement, du commandement et de la politique : "Ne nous y trompons pas, le conflit qui a commencé pourrait bien être le plus étendu, le plus complexe, le plus violent de tous ceux qui ravagèrent la terre. La crise politique, économique, sociale, morale dont il est issu revêt une telle profondeur et présente un tel caractère d'ubiquité qu'elle aboutira fatalement à un bouleversement complet de la situation des peuples et la structure des Etats"[22].

Aussitôt après cette proclamation, le Connétable cherche à organiser des formations militaires capables de prendre part aux rudes combats à venir. Il le fait en utilisant toutes les ressources humaines et géopolitiques de "l'Empire". L'action d'un jeune capitaine, fraîchement rallié[23], et le ralliement de Félix Eboué, gouverneur du Tchad, permettent de constituer en "Afrique Equatoriale Française" la première base territoriale des FFL. D'importants contingents de soldats recrutés dans ce qui était à l'époque les "possessions françaises d'Outremer", furent engagés sur les multiples théâtres où CdG jugea utile de manifester leur présence pour contrer les Italiens (en Afrique orientale) ou les Britanniques (au Proche-Orient)[24]. Ces troupes s'illustrèrent dans les batailles particulièrement dures des années 1943-1945 en Europe[25]. C'est grâce à leur engagement que la France a pu figurer aux côtés des trois puissances qui reçurent la capitulation de l'Allemagne hitlérienne le 8 mai 1945 et qu'elle compte aujourd'hui parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. Mais ces "coloniaux" furent parfois démobilisés dans des conditions indignes[26] tandis que d'autres demeurèrent "au service de la France" pour combattre les mouvements d'indépendance qui surgirent dans leurs pays (en Algérie le 8 mai 45 ou dans une autre ancienne colonie (de l'Indochine au Maroc).

 

Une France satellisée par le 3ème Reich

Le gouvernement dont le maréchal Pétain présenta la composition au président Albert Lebrun le 16 juin au soir, dans un hôtel de Bordeaux comprenait en particulier Pierre Laval, l'amiral Darlan et le général Weygand, tous acquis au même projet politique : conclure rapidement un armistice avec l'Allemagne et réaliser en France une révolution nationale qui serait, en fait, une contre-révolution remettant en cause ce qui avait été obtenu par les forces de gauche lors du Front Populaire. Leur mise en œuvre fut rapide.

Les clauses de l'armistice signé à Rethondes le 22 juin avaient été dictées par le pouvoir hitlérien. Elles représentaient un véritable démembrement du territoire national : 60% passant entièrement sous contrôle allemand, à savoir toute la façade maritime de la Manche au Golfe de Gascogne et les arrière-pays, le Bassin parisien, certaines zones annexées au Reich comme l'Alsace-Lorraine, et quelques autres rattachées au commandement militaire. Sur les 40% "non occupés", qui allaient devenir zone Sud, " libre", le gouvernement, installé à Vichy pouvait se prévaloir d'une pleine souveraineté se prolongeant dans tout "l'Empire". Habilement, les Allemands laissaient ainsi à une administration française la pleine responsabilité de politiques qu'ils inspiraient[27].

Dès la signature de cet armistice, les Anglais redoutèrent que la flotte française de Méditerranée se range du côté de l'Axe dans la guerre navale qui allait s'intensifier. Ils demandèrent que l'escadre basée à Mers el-Kebir en Oranie appareille pour les Antilles ou un port britannique. L'amiral Darlan, n'ayant donné aucun ordre en ce sens, Churchill, à regret, le 3 juillet, fit couler les navires[28].

Les parlementaires, dans leur majorité, étaient, comme l'ensemble de la nation, pressés d'en finir avec la guerre, soucieux de leurs familles, de leurs biens, d'un retour à une vie "normale", dans leur circonscription. C'est pourquoi, le 10 juillet, le Congrès, réunissant les deux chambres au Casino de Vichy, accorda, sans sourciller, "tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous l'autorité et la signature du maréchal Pétain, à l'effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle Constitution de l'Etat français. Cette Constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie"[29].

Aussitôt installé à Vichy, le gouvernement inaugura toute une série de lois et décrets visant celles et ceux qui risquaient de s'opposer à la collaboration avec les Etats fascistes, tous ceux qui n'adhéraient pas a priori aux nouvelles valeurs du pétainisme[30], en particulier :

            - les étrangers, parmi lesquels des juifs et des résistants au nazisme venus d'Europe centrale après 1933 et nombre de républicains espagnols ; beaucoup furent immédiatement internés ; certaines lois ôtèrent la nationalité française à tous ceux qui l'avaient acquise depuis 1927,

            - les "dissidents", c'est-à-dire au premier chef tous ceux qui avaient répondu ou allaient répondre aux appels de la France libre, plus largement ceux qui entreraient en résistance contre l'"Ordre nouveau",

            - les "Français indignes" : juifs, protestants, francs-maçons, syndicalistes, socialistes, que les maurassiens désignaient comme l'Anti-France (cf. note 17).

Les lois produites à Vichy s'employèrent à définir qui serait précisément poursuivi. Ce fut surtout le cas des juifs, identifiés selon des ascendances, qui furent exclus de la fonction publique et d'autres professions par le "statut" promulgué le 3 octobre 1940[31]

 

Résistances

L'armistice présenté par Pétain comme une réconciliation "entre soldats et dans l'honneur" fut, certes, accueillie avec soulagement par la majorité de la population mais l'abandon du triptyque républicain, Liberté, Egalité, Fraternité, la promotion des valeurs les plus conservatrices, la politique de collaboration avec l'Allemagne nazie, le cortège de lois xénophobes, antisémites et d'autres mesures annoncées par Vichy, suscitèrent immédiatement opposition et résistance. Dès le 11 novembre 1940, une manifestation d'étudiants se déroula sur les Champs Elysées et, par la suite, toute action pacifique étant suivie d'arrestations, certains décidèrent de recourir aux armes, ce qui provoqua des représailles de plus en plus violentes[32]. Une forme de guerre civile s'installa entre ceux qui adhéraient pleinement à la politique de collaboration et ceux qui inventèrent toutes sortes de formes de résistance.

Pendant l'été 40, Jean Moulin (cf. note 10) rejoignit son poste de préfet à Chartres, sans doute pour voir une préfecture pouvait fonctionner au service de la population dans le nouvel Etat français. Il attendit qu'on le révoquât parce que "franc-maçon". Habitué à la clandestinité[33], il passa au Portugal et rejoignit la France libre à Londres. En 1942, il fut mandaté par De Gaulle pour coordonner les mouvements de résistance en France et assurer leur liaison avec la France libre. Il consacra une intelligence et une énergie incomparables à ces tâches. Comme en témoigne un historien, spécialiste de cette époque : "Il unifie les mouvements de zone Sud, constitue une armée secrète unique, dote la résistance de services communs de transmission et de parachutage, crée enfin en mai 1943 le Conseil National de la Résistance qui groupe toutes les tendances de l'opinion publique et dont la première manifestation est le vote d'une motion de fidélité au général de Gaulle"[34]

Arrêté à Caluire en 1943, "à la suite d'une invraisemblable série de négligences"[35], mis à la torture par Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon, il est mort à Metz le 8 juillet, dans un train qui l'amenait en Allemagne. Le discours d'André Malraux, lors du transfert de ses cendres au Panthéon, le 19 décembre 1964, fut certes un beau morceau d'éloquence mais, depuis lors, une certaine forme d'oubli s'est installée dans l'opinion publique à tel point que plusieurs magazines publiés cette "année de Gaulle" omettent de citer son nom. Tout se passe comme si Moulin pâtissait toujours d'accusations diffamatoires et contradictoires, en dépit d'innombrables témoignages et études historiques le concernant. De toutes façons, comme l'a écrit Alya Aglan : "La vie de Jean Moulin n'appartient à personne, ni au Général, ni aux gaullistes, ni aux antigaullistes, ni même aux historiens"[36]. On doit regretter que les analyses de son action en tant que fédérateur de la Résistance ne soient davantage portées à la connaissance de tous. Jean Moulin n'est-il pas de ces résistants en vêtements civils qui, à l'égal des combattants en uniforme de la France libre, nous permettent encore aujourd'hui de compter les années 1944-1945 parmi les "Jours heureux"?

Gérard FAŸ

 

[1] Bertrand Le Gendre qui a coordonné l'un des meilleurs magazines parus cette année écrit en introduction :"En quête de repères, chacun s'approprie le Genéral, l'interprète et le tire à lui au risque d'oblitérer le vrai De Gaulle dont la gloire ne peut faire oublier les faux-pas", Le Gendre, B. (ed) Charles de Gaulle. L'intraitable, in Le Monde H.S. "Une vie, une œuvre", 2020.

[2] Sur wikipedia, ce discours peut être réentendu ainsi que les réactions qu'il a suscitées.

[3] Expressions de Christian Berger, Fiches de cinéma avec l'annonce de la sortie du film en DVD. La plupart des films récents accordent une grande place aux liens familiaux et à l'affection particulière dont témoignait CdG pour sa fille handicapée, Anne.

[4] Surnom donné au "grand Charles" par ses camarades saint-cyriens, que Churchill reprenait volontiers.

[5] Lacouture, J. Charles de Gaulle. I. 1860-1944. Le Rebelle, Paris, Seuil, 1984.

[6] Il s'agissait en réalité d'une "reconnaissance offensive" : le 17 mai, CdG a voulu tester la capacité de ses blindés à affronter ceux de l'ennemi. C'est à tort qu'Emmanuel Macron a déclaré qu'à Montcornet, CdG "tentait désespérément d'arrêter l'invasion allemande".

[7] En annexe de ses mémoires, CdG a fait figurer des cartes mentionnant les positions de la 4ème DCR et des unités allemandes aux différentes dates (Charles de Gaulle, Mémoires de guerre. L'appel. 1940-1942, Paris, Plon, 1954. De son côté, Heinz Guderian a écrit dans ses Mémoires, concernant la Blitzkrieg, que CdG "avec quelques chars était arrivé à deux kilomètres de son PC avancé".

[8] Marc Bloch, qui a vécu ces mêmes semaines comme officier d'état-major en charge des approvisionnements en carburants, en a éprouvé, comme CdG, une sorte de "rage". Piégé avec son unité dans la poche de Dunkerque, il avait été évacué en Grande-Bretagne et était repassé en France immédiatement. En juillet-août, réfugié dans la Creuse, il s'est astreint à rédiger, sur la "drôle de guerre" et la débâcle qui s'ensuivit, le long "témoignage" dans lequel il analyse les causes de ce qu'il désigne "le plus atroce effondrement de notre histoire". Demeuré caché pendant toute la guerre, ce texte a été publié par le mouvement Franc-Tireur en 1946 et souvent réédité depuis (Bloch, M. L'étrange défaite, Paris, Gallimard, "Folio Histoire", 180 p. 1990).

[9] En 1940, Weygand est âgé de 73 ans. Ayant terminé la Première Guerre mondiale au sommet de la hiérarchie militaire aux côtés du maréchal Foch, il avait été nommé chef d'état-major de l'armée en 1930 puis, connu comme maurrassien, catholique, antisémite, remplacé à ce poste par le général Gamelin, réputé "républicain". Il évoluait parmi les synarques, ces hommes "qui s'étaient tournés vers l'Allemagne nazie et avaient vu en Hitler celui qui sauverait l'Europe du communisme" (Annie Lacroix-Riz, Le choix de la défaite. Les élites françaises dans les années 30, Paris, Armand-Colin, 2006).

[10] Alors préfet d'Eure-et-Loir, Jean Moulin voit défiler à Chartres des voitures, des cohortes de piétons et des militaires désarmés fuyant la capitale dans un chaos indescriptible. Il se mobilise nuit et jour pour inciter les personnels de l'administration et de la santé, les commerçants…à demeurer au service des réfugiés, allant jusqu'à coller lui-même des affiches contre la "folie de l'exode". Il recevra les premiers officiers de la Wehrmacht, entouré d'un secrétaire de mairie et d'un vicaire représentant l'archevêque, pour se porter, en quelque sorte, garant du respect des populations civiles.

[11] La conversation que Charles de Gaulle, devenu sous-secrétaire d'Etat à la guerre, a eue avec Weygand le 8 juin, au château de Montry (Seine-et-Marne) révèle l'état d'esprit des deux hommes prenant acte du fait que les Allemands sont en train de franchir la Somme. Weygand reconnaît qu'il ne peut les en empêcher. De Gaulle questionne : "Soit ils passent la Somme. Et après ? " (MW) "Après ? c'est la Seine et la Marne". (CdG) : "Oui. Et après ?" (MW) "Après ? Mais c'est fini!" (CdG) "Comment ? Fini ? Et le monde ? Et l'Empire ?" (…) "Le général Weygand éclata d'un rire désespéré : l'Empire ? Mais c'est de l'enfantillage ! Quant au monde, lorsque j'aurai été battu ici, l'Angleterre n'attendra pas huit jours pour négocier avec le Reich", avant d'ajouter : "Ah! Si j'étais sûr que les Allemands me laisseraient les forces nécessaires pour maintenir l'ordre !" Charles de Gaulle, op.cit, p. 44

[12] Paul Reynaud, parce qu'il voulait que les Britanniques restent aux côtés de la France dans l'affrontement avec Hitler et qu'il fallait décider les Etats-Unis à s'engager dans une guerre qui pouvait devenir mondiale, affirme sa détermination à continuer la lutte conformément aux engagements pris avec la Grande-Bretagne, comme le souhaitaient beaucoup de Français. Mais il est étroitement lié à cette "élite" politique, économique, intellectuelle qui a admis, voire préparé (?), la défaite militaire parce qu'elle permettrait de renverser une République honnie et de promouvoir la "Révolution nationale" jugée nécessaire pour s'opposer au "bolchevisme". Il se sent de plus en plus minoritaire dans le conseil des ministres qu'il préside et il pense aussi à son avenir (Cf. Annie Lacroix-Riz, De Munich à Vichy. L'assassinat de la Troisième République, 1938-1940, Paris Armand-Colin, 2008)

[13] La flotte de guerre française était, à l'époque, la plus moderne du monde et la 3ème en tonnage ; si elle était tombée sous contrôle allemand, le Royaume-Uni aurait eu beaucoup plus de mal à résister au Reich comme il le fit.

[14] On sait l'histoire tragique de Georges Mandel : ayant embarqué sur le Massilia, il fut arrêté au Maroc, remis aux autorités de Vichy, livré à la Gestapo, déporté à Buchenwald, finalement assassiné par la milice en juillet 44.

[15] A Chartres, les Allemands, furieux d'avoir essuyé les tirs d'une unité de soldats africains, ont voulu faire porter à ces Noirs la responsabilité de victimes civiles résultant de leur propre bombardement. Le 17 juin, des officiers de la Wehrmacht sont venus arrêter Jean Moulin, lui demandant de signer un "protocole" attestant que des soldats appartenant à des unités françaises, avaient commis des violences et atrocités à l'encontre de femmes et d'enfants. Moulin refuse. Début d'un tabassage sévère. Le préfet est forcé à s'agenouiller devant le cadavre d'une femme victime d'un mitraillage de la Luftwaffe. Moulin résiste et ça dure 7 heures. La nuit venue, il est enfermé dans une cave à côté d'un tirailleur qui avait sans doute subi des tortures pires que les siennes. Il se dit :"Je sais que si demain cela recommence, je finirai par signer. Tout plutôt que cela, même la mort". Il se taillade la gorge avec un tesson de bouteille. Découvert le lendemain, ayant perdu beaucoup de sang, il a été soigné, les Allemands craignant, bien sûr, que leur soit imputée la mort d'un préfet dans l'exercice de ses fonctions (Baynac, Jacques, Présumé Jean Moulin. Juin 1940-Juin 1943. Esquisse d'une nouvelle histoire de la Résistance, Paris, Grasset, 2006).

[16] Annie Lacroix-Riz, op. cit. p. 267

[17] A 84 ans, le Maréchal jouit en France d'une grande popularité. Il a terminé la guerre 1914-1916 comme un chef militaire qui privilégiait les stratégies défensives pour ménager le sang des soldats. En juin 1940, il présente l'armistice qu'il va solliciter par l'intermédiaire du général Franco comme une sorte de réconciliation "entre soldats et dans l'honneur". Mais il ambitionne un vrai rôle politique. Il avait été ambassadeur à Madrid de mars 1939 à mai 1940 : il était "fasciné par le régime franquiste, une dictature où l'Eglise avait un rôle très important et où la société était organisée selon les principes du corporatisme. Il entend rétablir la grandeur de la France en excluant les juifs, les protestants, les francs-maçons et les étrangers, ceux que Charles Maurras appelait l'Anti-France" (Alya Aglan, "Le régime de Vichy est un cas avéré de trahison" in Lefebvre, M. (ed,) "1940. De Gaulle. La résistance. Pétain. La collaboration", Le Monde HS, juin-août 2020.

[18] Lacouture, J. op.cit. p. 369.

[19] Cet appel n'ayant pas été enregistré, nous n'en connaissons pas les termes exacts, différents en tous cas de ceux qui ont été affichés et largement reproduits dans les manuels et sur les murs de nos parcs ; nous reprenons ici quelques extraits de l'Appel authentifié par De Gaulle, in Lefebvre, Michel, 1940. De Gaulle, la Résistance-Pétain, la collaboration. Le Monde Hors Série, juin août 2020, p. 79.

[20] Peu de notables, militaires, diplomates ou hommes d'affaires se présentèrent. Environ 30.000 soldats français, évacués de la poche de Dunkerque et présents à ce moment dans les Iles Britanniques, demandèrent dans leur quasi-totalité à être rapatriés. Seule une demi-brigade de la Légion étrangère se rallia : elle devint le fer de lance des Forces Françaises Libres.

[21] Lacouture, J. op.cit. p. 374.

[22] Charles de Gaulle, op. cit. p. 23

[23] Philippe de Hauteclocque qui deviendra le général Leclerc.

[24] Godeau, Muriel, "La France libre de juin 1940 à août 1943" in Lefebvre M. op. cit. p. 84-85

[25] On pense, par exemple, à la contribution des goumiers marocains à la victoire de Monte Cassino qui ouvrit aux Alliés la route de Rome.

[26] Il en fut ainsi des 1600 "tirailleurs sénégalais" qui avaient été faits prisonniers en 1940 et internés pendant 4 ans à Morlaix, les Allemands ne voulant pas de ces "indigènes" sur leur territoire. Dès la fin 1944, on leur annonça qu'ils seraient rapatriés et on commença à les embarquer sans qu'ait été réglée la totalité des soldes et indemnités promises. Débarqués à Dakar, parqués dans le camp de Thiaroye, invités à rentrer chez eux, ils manifestèrent, s'estimant lésés jusqu'au jour où un général décida d'ouvrir le feu, faisant officiellement 35 morts, mais peut-être plusieurs centaines. Ni les conditions de ce massacre, ni le nombre des victimes ne sont encore précisément connus. (Cf. Blog de Gilles Manceron, Mediapart, "Pour une vraie reconnaissance du massacre de Thiaroye" 28 novembre 2014)

[27] Une cartographie précise de ces différentes zones d'occupation figure in Gautheret, J. "L'armistice signé à Retondes" in Lefebvre, J. op. cit. p. 50

[28] Joffrin, L. "3 juillet-la Marine française à flots et à sang", Libération, 25-26 juillet 2020.

[29] Article unique adopté sans débat par 569 voix contre 80. Cf. Joffrin, L. "10 juillet. Le suicide de la République", Libération, 1er-2 août 2020.

[30] Le culte du vieux Maréchal, "sauveur de la France" ; l'exaltation d'une France catholique, patriarcale, artisanale et rurale, celle d'avant 1789 et même d'avant la "révolution industrielle". Cf. Drouzy, Fabrice, "Vichy, la France au régime sec", Libération, 26-07-2020.

[31] Marc Bloch (Cf. note 8) a été une des premières personnalités touchée par cette mesure. Il n'obtint en effet le poste universitaire qu'il avait sollicité pour la rentrée d'octobre qu'après avoir été "relevé de déchéance" en raison de "services scientifiques exceptionnels rendus à la France". Comme professeur aux universités de Clermont-Ferrand puis de Montpellier, il continua ses recherches, publiant (sous pseudonymes obligés) des articles dans des revues comme les Annales d'Histoire économique et sociale qu'il avait fondées avec Lucien Febvre en 1929. Il s'engagea dans la Résistance jusqu'à devenir membre du comité directeur de Franc Tireur et organisateur des Mouvements Unis de Résistance de la région lyonnaise. Arrêté en mars 1944, horriblement torturé, il a été fusillé dans les Dombes le 16 juin 1944, soit dix jours après le débarquement de Normandie, en même temps que 29 prisonniers extraits de Fort-Montluc (Cf. Becker, Annette ; Bloch Etienne (ed) Marc Bloch. L'Histoire, la Guerre, la Résistance, Paris, Gallimard, Quarto, 2006)

[32] Dès août 1941, Pierre George (Colonel Fabien) tira sur un enseigne de vaisseau allemand au métro Barbès ; 20 otages furent immédiatement fusillés.

[33] Pendant la guerre d'Espagne, Moulin, chef de cabinet de Pierre Cot, avait mené des actions secrètes pour acheminer des avions et des pilotes aux républicains.

[34] Henri Michel, "Seconde Guerre mondiale", in Encyclopaedia Universalis, 1968, t. 8, p. 138

[35] Gautheret, Jérôme, "Soixante ans de 'procès en mémoire'", Le Monde, 16-02-2007

[36] Alya Aglan, "Un inconnu nommé Jean Moulin", Le Monde, 16-02-2007"

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