La plume et le fusil

Entretien avec Mirabelle Rousseau, metteuse en scène du T.O.C. pour "La plume et le fusil" (1).

Faisons vivre la Commune(FVLC) : Comment est né le projet de La plume et le fusil ?

Mirabelle Rousseau (M.R.) : Ce projet est né de notre habitude, dans la compagnie T.O.C., de monter des solos. On a travaillé pendant longtemps sur des manifestes qui n’étaient pas des textes de théâtre. On a monté notamment une conférence de Gertrude Stein, un manifeste de Kurt Schwitters, des textes de William Burroughs. Il nous est également arrivé de monter un texte de Elfriede Jelinek, aussi sous forme de solo ainsi qu’un texte de Philippe K. Dick. Et en 2013, on a monté SCUM Manifestode Valérie Solanas qui met en scène une femme seule.

C’est toujours un travail très frontal avec le public. Et dans SCUM Manifesto, on avait déjà des théories anarchistes qui formaient le cœur du texte, anarchistes et féministes – anarchaféministes.

Il y a donc eu toute cette série de solos et puis en 2014 il y a eu trois formes qui ont été en quelque sorte une avancée formelle pour nous, puisque nous sommes passés d’un théâtre de conférence, avec la table, à un théâtre plutôt immersif, dans lequel on continue à faire des petites formes, mais le public était à l’intérieur de la scénographie. On a monté un roman inachevé de Jean-Patrick Manchette qui s’appelle Marie Immaculée, sur l’initiation sexuelle et politique d’une comtesse en 1917. Texte qui contient des réflexions sur l’anarchisme en Russie au début du XXe siècle. Et dans ces formes-là, on a mis, par exemple dans Marie Immaculée, les spectateurs au centre du dispositif. Ils sont installés dans la chambre de la comtesse. On n’est donc plus dans une conférence, mais dans une expérience presque cinématographique.

On est à l’intérieur du spectacle. De la même manière, on a monté le texte posthume de Raymond Roussel,Comment j’ai écrit certains de mes livres, et dans ce spectacle-là, on se trouve dans une chambre mortuaire dans laquelle le public est invité à veiller auprès du cadavre.

Nous sommes donc passés d’un théâtre de la conférence à un théâtre où le public est invité à l’intérieur de la scénographie. Ca, c’est pour les questions formelles.

Le solo, c’est évidemment un acteur au centre, qui porte tout. On fait avant tout un solo pour un acteur. C’est la rencontre entre un texte, l’envie qu’on a d’une dramaturgie et l’envie qu’on a de bosser avec une personne, en l’occurrence Emilie Paillard, comédienne qui travaille avec nous depuis plus de dix ans. Elle participé à des spectacles collectifs et en 2014 on a monté avec elle un solo sur un texte d’Antonin Artaud, écrit à Rodez, qui est une traduction d’Alice au pays des merveilles. Dans ce spectacle, les spectateurs étaient installés dans la chambre d’Alice. Sur des coussins, à même le sol, avec la comédienne, dans un rapport de grande proximité. Ce spectacle était plutôt destiné aux enfants. Il a été joué en école primaire et pour les petits collégiens. C’est avec ce spectacle que nous avons commencé à jouer dans les établissements scolaires. A débouler avec notre armoire, notre tapis, nos coussins et à recréer cette chambre de l’Angleterre victorienne dans les classes. Cette première expérience nous a donné envie de continuer à travailler avec les établissements scolaires. A réaliser un théâtrein-situ. Le fait d’avoir travaillé avec les petits élèves de primaire, nous a amené à nous interroger sur un travail pour les collégiens et les lycéens. Quels textes aimerions-nous porter ? Qu’est-ce qui nous intéresse pour ces publics-là. C’est avec évidence que nous avons pensé à Louise Michel. Parce qu’avant tout, quand on fait du théâtre, c’est aussi pour réparer ses zones d’ignorance. Je m’intéresse donc à un corpus de textes, parce que je ne le connais pas. J’ai envie de découvrir un continent, une histoire, un moment littéraire, etc. La Commune, on ne m’en a pas parlé, ni au collège, ni au lycée. En 1979, j’étais pourtant élève dans un collège du 18è arrondissement de Paris. On aurait pu imaginer que les enseignants rebondissent sur le côté histoire du quartier, qui passe par là… Je me souviens très bien de nous en 1989 déguisés en petits révolutionnaires et du bicentenaire de la révolution française dans lequel on avait été, petits-enfants, figurants malgré nous d’une histoire reconstituée, mais la Commune, aucun souvenir. Il y avait donc quelque chose à rattraper, un coup à faire en proposant un spectacle pour les collèges et les lycées qui va raconter la vie de Louise Michel qui était elle-même institutrice. On va usurper, d’une certaine manière, le rapport de l’enseignement pour arriver avec un théâtre qui occupe l’estrade.

Pour en revenir à la scénographie, dans la salle de classe, le bureau du professeur est l’endroit qui symbolise le pouvoir, dans la représentation. C’est là qu’on vote. C’est à cette place que Thiers s’assoit pour rétablir l’ordre. C’est cette même table qui va être basculée pour devenir la barricade. Le bureau est un élément central, déjà présent dans le lieu du spectacle.

Louise Michel, c’est tout de même un roman et une vie d’aventure. Il y a matière à un récit et par ailleurs, c’est un style. Quand tu as lu ses écrits, tu peux le reconnaître et tu t’en souviens. Les gamins peuvent nous dire parfois « ça ressemble à du Victor Hugo » et là les profs sont ravis. Elle a cependant un style en propre, romantique, avec une manière de raconter très personnelle, de l’emphase, de très belles métaphores, très puissantes. Certaines sont reprises dans le spectacle.

Pour le spectacle, il fallait donc que ce soit une figure connue. Si nous étions arrivés avec un travail sur Maria Deraismes, les profs n’auraient pas répondu aussi positivement pour nous accueillir. Il faut passer par ce que les Amies et Amis de la Communeappellent une « tête de gondole », pour pouvoir défendre l’histoire de la Commune.

Enfin, une chose très importante, c’est notre volonté de défendre, dans nos travaux, des figures féminines qui participent aux luttes d’émancipation. Dans nos spectacles, on a besoin de rappeler l’existence de ces femmes.

FVLC : quels ont été les partis pris d’écriture de La plume et le fusil ?

M.R. : La commande que nous nous sommes donnés, au départ, c’était de restituer de manière compréhensible les différents épisodes de la Commune, et ils sont nombreux, à des classes avec des jeunes âgés de 14 à 18 ans, dans une durée de 55 minutes. Et nous avions l’intention de tout traverser. Ce qui signifie que le travail que nous avons réalisé a été une réduction. On a adapté Les Mémoiresde Louise Michel et le texte La Commune. L’essentiel de notre travail a d’abord consisté à remettre dans l’ordre ces textes, puisqu’elle-même n’écrit pas de manière chronologique, il y a de constants retours en arrière à l’intérieur des différents épisodes. On devait faire que le récit soit chronologique. Dans le spectacle, il y a donc comme des épisodes à l’intérieur du récit : l’enfance, l’institutrice et l’arrivée à Paris, l’agitation politique, la Commune – qui prend plus de la moitié des 16 pages de notre adaptation – l’exil en Nouvelle Calédonie et le retour à Paris. Ce qui a dirigé notre montage, c’est une volonté pédagogique et parfois on doit faire court sur des choses qu’on aurait aimer développer plus longuement, mais le temps imparti ne le permet pas, il faut raconter l’essentiel sur le plan historique.

 

FVLC : Comment se sont passées les relations avec les enseignants ?

M.R. : Nous avons contacté les enseignants directement dans chacun des établissements scolaires. On a pu également passer par les structures aves lesquelles nous travaillons habituellement – les théâtres. Mais il y a maintenant dans chaque lycée des professeurs relais/culture et c’est vers eux que nous allons en priorité. Les professeurs documentalistes sont également assez importants pour nous, ils ont du temps à donner pour les projets. On a pu faire l’expérience de leur importance. Après, on voit si les professeurs sont intéressés par la représentation et/ou par des ateliers et là on met en place avec eux soit qu’on va venir jouer chez eux sur une ou deux heures de cours, soit, dans une perspective plus complexe, on met en place des ateliers d’une année sur l’autre, en les associant aux demandes de financement. Puisque pour certains des projets lancés en collège et lycée, ce sont les profs eux-mêmes qui déposent les dossiers. On leur prépare ces dossiers qui sont déposés auprès de l’Académie. On n’a jamais eu de réaction négative de la part des profs. En général, ils partagent avec nous le constat qu’ils n’ont pas le temps dans les programmes 4è/3è et Seconde/Première d’enseigner l’histoire de la Commune, ils sont plutôt contents de l’opportunité que cela leur apporte.

Et puis, il y a un élément important lié à la représentation dans la classe. Quand on fait venir des classes au spectacles dans les théâtres, sur une classe de 28, il y en a toujours 5 ou 6 qui ne viennent pas. Et ceux qui ne viennent pas, ce sont ceux qui socialement ne peuvent pas venir parce qu’ils s’occupent de leurs frères et sœurs, ou tout simplement parce qu’ils n’ont pas eu l’autorisation. Ou les 10€ nécessaires qui manquent.

Nous cherchons donc aussi avec cette démarche à toucher sans aucun doute tout le non public. Et aller dans les établissements scolaires, c’est la garantie d’avoir la totalité de la classe. Pour revenir aux enseignants, une chose intéressante, à propos des ateliers que nous proposons. En particulier un travail théâtral et chanté sur les chants communards, une forme simple qui rassemble, même s’ils ne chantent pas tous bien, l’important est qu’ils chantent ensemble, ça permet de constituer des petits groupes de communards et finalement de faire du théâtre en leur demandant de choisir quel parisien ils auraient été durant la Commune. On arrive à une proposition très simple sur les chants et on a parfois des profs qui demandent autre chose. Sur le plan pédagogique, cette année on a par exemple des enseignants qui nous ont dit : « Nous on est plutôt sur un travail avec les élèves sur l’éducation civique, et ce qui nous intéresse, c’est de faire des débats citoyens avec nos élèves sur le thème de la Commune et comment cela rejoint les questions d’aujourd’hui. »

C’est une question délicate pour nous, car autant nous avons des artistes qui sont prêts à intervenir sur les chants communards, qui sont là dans les bonnes limites de ce qu’ils savent faire, autant sur le plan politique, pour animer des débats théoriques avec les élèves, on peut avoir des intervenants qui déclinent car ils ne s’en sentent pas capables. Quand les enseignants changent la commande sur les ateliers, il faut que nous aussi nous nous adaptions, qu’on échange avec les professeurs. Par exemple, pour cette histoire sur les chants communards qu’on avait proposés et pour lesquels il nous a été contre proposé un travail de débat, nous sommes finalement tombés d’accord sur un travail radiophonique. Ce qui a permis à la fois aux élèves de débattre et nous de mener dans le même temps le travail que nous voulions faire sur les chants et les enregistrements. On avance ensemble avec les profs dans la définition du projet.

 

FVLC : Comment fonctionne ce format au sein d’une salle de classe, c’est assez particulier ?

M.R. : On investit la salle de classe dans sa fonction de salle de classe, puisqu’il y a quelque chose qui est de l’ordre du cours. On amène des cartes de Paris et une carte France-Allemagne, pour montrer la progression des Prussiens et les différents comités dans Paris. Après, tout le jeu consiste justement à transgresser et subvertir, dans le temps de la représentation, l’espace de la salle de classe. C’est un peu l’histoire d’un cours qui tournerait à une bataille. Ca dégénère. Le bureau du professeur qui incarne d’abord l’espace du pouvoir, avec Thiers, va devenir celui des comités d’arrondissement pendant un moment, puis il devient la barricade avec laquelle la comédienne se bat. Et elle nous montre le dernier combattant de la barricade de la rue Ramponneau. Et Louise Michel n’a pas grand-chose dans cette salle de classe. On a acheté une malle en bois du XIXe siècle avec laquelle elle aurait voyagé et accomplit toutes les aventures qu’elle nous raconte. Pour les élèves, cette malle, c’est un élément qui ne vient pas de leur salle de classe et dans laquelle il y a des choses cachées, des objets qu’elle sort. Son luth de petite fille, les papayers ( ?) qu’elle a pu sauver en les vaccinant en Nouvelle-Calédonie. C’est une espèce de malle à trésors qui permet de réserver des surprises qu’on peut sortir pendant le spectacle. Il y a des affiches communardes qui sont placardées au mur. Les élèves ne les voient pas forcément dans un premier temps, mais au fur et à mesure de la séance, ils les voient. Il y a le portrait de Napoléon III et il y a aussi des éléments que nous allons amener, qui ressemblent à ceux de leur salle de classe, comme un balai, une poubelle mais qu’on utilise pour nous durant la représentation. On vote dans la poubelle. Le plaisir de tout cela, c’est d’arriver à inscrire des situations avec rien. Par exemple quand la comédienne raconte qu’il y a des cadavres au sol, elle ne fait que marcher et regarder au sol comme si elle était au-dessus d’un charnier. C’est juste l’attitude qu’elle a, le regard qu’elle porte sur des cadavres absents qui créent le moment de la situation. Et après, le plaisir de la chose, c’est qu’elle s’adresse à ce petit public de trente élèves, constitué comme une foule de communards, comme s’ils étaient le peuple des femmes en train de monter sur la Butte. Les gamins se trouvent pris à partie, un peu malgré eux. Quand elle délivre Flourens, elle s’empare d’un « innocent » dans la classe. Elle monte à l’assaut de la classe. Elle tourne autour et les élèves deviennent la foule des Parisiens communards.

Le temps de montage est de 35 minutes. Il faut qu’on arrive à s’installer durant ce laps de temps très court. Les profs nous laissent en général l’heure précédente.

 

FVLC : Après plusieurs mois d’expérience, les réactions des élèves sont-elles très différentes, d’un établissement scolaire à un autre ?

M.R. : Oui, la différence se fait souvent en fonction de l’âge des élèves. Les élèves de Seconde sont plus calmes et interviennent moins dans la représentation que peuvent le faire des élèves de Terminale. Comme le rapport scène/salle est très direct, et que la comédienne leur parle, qu’elle leur pose des questions, il y a parfois des classes qui sont assez nerveuses et qui vont répondre. Au début du spectacle elle explique que l’égalité entre les deux sexes doit être reconnu et que les femmes sont toujours le potage de l’homme. Il y a des garçons qui lui répondent de manière assez agressive et qui s’expriment contre l’égalité. Il y a un autre moment du spectacle quand elle dit : « Les anarchistes se proposent d’apprendre au peuple de se passer de gouvernement, comme ils commencent déjà à se passer de Dieu ». On joue en grande banlieue, en Ile-de-France, où beaucoup de gens sont musulmans. Dire dans une salle de classe que c’est une bonne chose que le peuple se passe de Dieu, provoque un silence terrible à ce moment-là. Les mécontentements sont visibles.

J’ai très souvent travaillé sur des textes un peu limites. SCUM Manifestopréconisait l’éradication des hommes sur terre. Des spectateurs se levaient et déchiraient leur billet. Pour moi, c’est un plaisir que le théâtre divise la salle. Si le théâtre ne divise pas la salle, je n’y vois pas d’intérêt.

Dans la représentation, il y a tout de même un aspect ludique, puisque la comédienne est très marrante dans sa robe de Louise Michel, à faire des cascades, à mourir, à renaître, etc. Je dirais que les élèves finissent par pardonner à Louise Michel son intransigeance. Ils voient bien, en fin de compte, que c’était une bonne fille. Après, Ils sont très étonnés du parcours de cette femme. Ils nous demandent parfois, si tout ce qu’on raconte est vrai. Qu’est-ce qui les frappe dans le spectacle ? Qu’elle ait pris son fusil, que les femmes se soient battues, ainsi que des enfants. Ils sont très marqués par tout ce qui concerne l’enfance.

 

FVLC : Lorsqu’il y a débat avec les élèves, après la représentation, abordent-ils des questions d’actualité ?

M.R. : Oui, les combats de Louise Michel sont immédiatement rapprochés de ceux des Gilets jaunes. Ce qui n’était forcément pour nous une bonne chose, puisqu’on essayait plutôt de mettre au clair des enjeux historiques complexes. Et pas de faire des rapprochements rapides. Il nous semblait que les enjeux des combats des Gilets jaunes n’étaient pas en lien immédiat avec la Commune et son histoire. Nous ne sommes pas historiens et nous n’avions pas les moyens de nous retrouver sur ce terrain. On était plutôt inquiets de devoir mener cette réflexion avec les élèves, d’autant que nous avons travaillé à Mantes-la-Jolie, au lycée Jean Rostand qui jouxte le lycée dans lequel ont eu lieu les événements pendant lesquels des adolescents ont été mis à genoux et filmés par la police avec les mains sur la tête. A un moment où les lycées se mettaient en grève dans la continuité du mouvement des Gilets jaunes. Il y avait un petit parfum insurrectionnel. A ce moment-là, il est évident que ces lycées sont sous le contrôle plus serré de l’Académie, des préfets, de la police, etc. Les enseignants ont une pression sur les contenus politiques qui sont dispensés dans le cadre de leurs projets. Nous avons donc fait très attention à ce que les prises de parole des élèves soient cadrées, toujours à travers des débats, dans le respect du partage de la parole, d’échange de points de vue. La question un peu philosophique qui est advenue et sur laquelle ils ont travaillé à Mantes-la-Jolie, c’était « Est-il nécessaire d’employer la violence pour faire avancer ses idées ? » C’est cette question qu’ils percevaient comme un lien direct avec ce qu’ils voyaient à la télévision et ce qu’ils avaient en tout cas compris de l’histoire de la Commune, c’est-à-dire la nécessité, à un moment, pour les Parisiens, de prendre les armes pour se défendre du gouvernement. Je pense qu’ils sont quand même frappés par le fait que la police puisse tapper des citoyens. Qu’est-ce que représente l’Etat ? En quoi il les protège et en quoi il les menace. Evidemment, on a parlé avec eux de l’histoire des barricades à Paris et qu’on était tous héritiers d’une longue histoire jalonnée de révolutions. Ce ne sont pas loin d’être les mêmes aujourd’hui quand on prend des pavés et tout ce qui est disponible à portée de mains. Il y a eu une forme de résonnance effectuée entre cette histoire de la Commune qu’ils ne connaissaient pas et l’histoire immédiate dans laquelle ils sont.

 

FVLC : Et l’attitude des profs ?

M.R. : Les profs sont vraiment des facilitateurs. Ils arrivent à dialectiser des questions qu’en tant qu’artistes, nous ne pourrions pas toujours articuler avec les élèves. D’autant qu’il y a beaucoup d’élèves dans les classes. Pour nous, un groupe de 28-30 élèves, c’est déjà beaucoup pour faire du théâtre et les mettre ensemble. La question que se pose les profs, c’est comment créer des groupes avec leur classe. Comment faire pour éviter les clans. Comment intervenir pour qu’ils puissent faire ensemble des choses. Il y a une partie du projet qui est importante quand on s’engage sur plusieurs semaines d’ateliers, c’est qu’on les amène visiter Montmartre, avec les Amies et Amis de la Commune. Le fait que le récit s’incarne dans la ville, qu’on leur montre les endroits où les faits se sont déroulés, pourquoi les canons étaient en hauteur, çà leur parle beaucoup. De passer par la ville pour comprendre les luttes. Sachant que la plupart des élèves concernés connaissent leur ville – Noisy-le-Grand ou Boissy-Saint-Léger où on a travaillé – mais connaissent assez peu Paris. C’est important de faire d’eux des Parisiens.

On a également travaillé avec une cinéaste qui s’appelle Fatma Zohra qui elle a travaillé sur la Commune en Algérie. C’est un aspect qu’on aimerait bien creuser à l’avenir dans les ateliers. La Commune ailleurs qu’en France. Comment certaines luttes ont pu se croiser entre les luttes anticoloniales et la Commune. Ce serait un beau chantier à poursuivre la question de la Commune en Algérie.

 

FVLC : Combien de classes ont été concernées par le projet ?

M.R.: On a monté des ateliers avec des collégiens de Boissy-Saint-Léger et des lycéens de Mantes-la-Jolie et le spectacle a été présenté dans 8 classes, depuis le début de l’année.

L’année prochaine, le spectacle sera repris avec le théâtre d’Ivry-Antoine Vitez. Le théâtre nous accompagnera pour le jouer dans les établissements scolaires sur le même format. Mais le spectacle peut également être joué en dehors des classes, puisqu’il est assez léger. On imagine aussi le jouer dans les campagnes, dans les festivals, dans les cafés. Il nous suffit d’un petit public constitué pour pouvoir jouer. C’est un spectacle qui a été imaginé pour un public adolescent mais qui, en réalité, peut s’adresser à tous les publics, tout en restant dans le cadre d’une démarche didactique. Si on avait pensé un spectacle sur la Commune pour les adultes, on aurait intégré des textes écrits par des réactionnaires de l’époque. Une conception plus contradictoire. Là, il s’agit d’un spectacle qui va tout droit, dans le sens de Louise Michel et de son combat.

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(1) Le T.O.C. Théâtre obsessionnel et compulsif.

www.letoc.fr/ Contact : compagnietoc@gmail.com

La Plume et le fusil :

à partir des textes de Louise Michel
Avec Emilie Paillard
Mise en scène Mirabelle Rousseau
Dramaturgie Muriel Malguy
Costumes Mina Ly

 

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