Le sang des vivants, variations communes

La compagnie Dies Irae, à Bordeaux, a monté un spectacle qui mêle histoire et actualité. Son objectif premier: reprendre la parole citoyenne et défendre le bien commun.

Pourquoi un spectacle sur la Commune, à partir de la Commune ?

Parce que la Commune a traversé le temps et est arrivée jusqu’à nous. Bien vivante. Elle est devenue le symbole des luttes et des évolutions sociales qui vont parcourir le temps.

Ici, pas un spectacle historique, ni une conférence mais des prises de parole mêlées : comptes rendus (procès-verbaux) des réunions de la Commune de 1871, poésies et chants d’hier et d’aujourd’hui. Parce que nous avons choisi de confronter la poésie et le politique en utilisant les armes des arts scéniques : pour reprendre la parole citoyenne ailleurs que dans les assemblées déclarées. Défendre le bien commun, l’intérêt général.

C’est une tentative qui fait que d’une présentation à une autre, nous jouons le jeu d’une possible transformation permanente : chaque fois que nous jouons et rejouerons, nous pouvons changer de textes, les équipes selon les désirs et les rencontres de chacune et chacun. C’est au théâtre Le Levain à Bègles (33) que nous avons réalisé notre première expérimentation qui se veut une aventure évolutive dans les temps à venir.

Il n’y a pas de « mise en scène » à proprement parler : un capharnaüm certes, mais audible, pour fabriquer un acte de rencontre réel : tout ce qui est commun peut être mis en voix. Nous parlons dans un espace commun où les protagonistes (artistes et publics) se mélangent : abolir la séparation de l’espace de la scène et de la salle. Les lieux où nous parlons sont les nôtres : associations, théâtres, lieux publics, médiathèques, mairies…

C’est donc bien un « spectacle » qui se veut mouvant, les protagonistes et les textes peuvent changer d’une représentation à une autre, d’un lieu à un autre : nous jouerons tous les mois et partout où nous serons accueillis.

Faisons Vivre la Commune (FVLC) : Comment avez-vous travaillé - d'un point de vue artistique - ces aller-retour entre l'événement Commune et le présent?

Mathieu Boisset (MB) : Le choix a été fait de mélanger les Procès-verbaux des réunions de la commune avec des textes d'hier et d'aujourd'hui sur la question du commun et du fameux "vivre ensemble".

FVLC : Et le « Commun » et le public ?

MB : Au départ, je souhaitais donner  au public la possibilité d'intervenir autant que nous le faisons nous-mêmes sur la scène. Mais il s'est avéré qu'il fallait d'abord être force de proposition face au public. L'idée n'a pas été gardée pour le moment. Par contre, des spectateurs se sont sentis l'envie d'interventions; ce qui c'est quelquefois passé par des beaux cris de Vive la Commune! Vive la république sociale!

Nous avons, je crois, brisé l'écran qui sépare la scène de la salle, faisant de tout l'espace comme une grande assemblée. Certains acteurs démarrent d'ailleurs de la salle et même une voix reste en salle pendant presque tout le spectacle.

Et la notion de commun "irrigue" aussi le spectacle du fait que les participants (pour le plus grand nombre, ils sont issus du monde de la scène certes) viennent de mondes très divers : acteurs, musiciens, chanteurs, auteurs, danseurs, performeurs, enseignants, militants ou simplement passionnés par le sujet de la Commune et de son héritage politique, social, poétique, littéraire et artistique.

Par contre, pour ce qui est de faire commun, au fil du temps nous ne nous interdisons pas (bien au contraire) de choisir d'autres textes, d'autres intervenants pour ouvrir le champ des possibles sur ce que doit être le commun aujourd'hui et le questionnement de l'intervention directe. Ce qui interroge la question de la démocratie directe et de l'autre, la démocratie "représentative" qui va bien mal en ces temps très troublés.

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