DU BLACK METAL POUR LA COMMUNE, par Ludivine Bantigny

Ces musiciens influencés par plusieurs courants musicaux du métal décident, lors de la création de leur groupe, de faire référence à la Commune pour porter leur rage et leurs indignations.

On est loin, c’est vrai, du Temps des cerises. Avec La Commune, on a affaire à du metal bien énervé – bien « vener », c’est peut-être ce qu’ils diraient. « Ils » : Antoine, Hugo, Lucas, Nicolas et Paul, les bassiste, guitaristes, batteur et chanteur du groupe La Commune. Ils ont un peu moins de 30 ans. Ils ont hésité avant d’appeler leur groupe du nom de la révolution montée à l’assaut du ciel en mars 1871. C’était tout de même assez imposant, presque écrasant. Mais ils s’y sont décidés parce que ça leur paraissait important, surtout dans le monde musical du metal où quelques fachos ont fait leur nid – sans l’envahir, heureusement.

Important, donc, de faire référence à cette histoire populaire et révolutionnaire: ils déplorent que la Commune soit si peu évoquée, connue, enseignée. Eux, dans un premier temps, ils en ont appris l’essentiel en découvrant les vidéos d’Henri Guillemin sur Internet – et c’est d’ailleurs passionnant de voir l’histoire se transmettre comme ça, par-delà les générations et le temps, avec la magie du Net. Guillemin aimait citer Simone Weil: «Croire en l’histoire officielle, c’est croire des criminels sur parole.» Les metalleux de La Commune n’aiment pas beaucoup l’histoire officielle des puissants. Sur leur compte Facebook, ils le disent : « Jamais nous n'oublierons les communeuses et les communeux. Notre groupe, notre nom et notre musique leur rendent hommage. Du premier tué le 18 mars à celles et ceux assassiné·e·s rue des Rosiers, à toutes les vies arrachées, sans oublier tou·te·s celles et ceux qui, exilé·e·s ou emprisonné·e·s, ont payé le lourd tribut de la révolte : nous vous remercions. » Ils auraient aimé jouer en concert, à l’occasion de cet anniversaire: 150 ans, tout de même ça se fête. Et c’est sur scène que «les messages et l'énergie se transmettent le mieux, là où la musique prend tout son sens».

Mais on peut cependant écouter leurs albums. Ils évoquent indirectement la Commune de Paris : c’est plutôt ce qu’elle nous dit aujourd’hui qui est présent, par exemple dans la lutte contre la précarité, l’autoritarisme des régimes, les violences policières et la chasse aux migrants. Dans Cheptel, le troupeau de moutons – dans le clip, on le voit à l’écran – suit les règles et respecte les lois, jusqu’à la mort comme le dit la chanson. Les moutons suivent, sans cesse. Ne sautent jamais la barricade. À moins qu’un jour, si; à moins qu’un jour, collectivement, on essaie de changer son destin. Le premier EP du groupe s’appelait d’ailleurs Raising the Barricades. Dans Leviathan1, on voit comment sont traités les migrants, exilés, réfugiés, dans un immense déni d’humanité. Dans Any Other Dead Pet2le monde apparaît tellement sans pitié qu’on voudrait ne plus lui appartenir.

« Changer la vie » avait dit Rimbaud, par des « inventions d’inconnu». La musique metal de La Commune a la puissance de ces inventions: âpre, puissante, violente. Et cette violence est assumée, tant la violence sociale de ce monde de fous, où les inégalités sont abyssales, nécessite d’être retournée: et aussi par l’art. La colère et la révolte se mêlent dans la musique de La Commune. La tristesse rageuse aussi de voir le metal grignoté par l’extrême droite. Les influences sont diverses, essentiellement puisées au death metal et au hardcore. Le groupe vient de sampler La Semaine sanglante dans la version de Marc Ogeret et ça en jette. Ce qui leur importe, c’est l’héritage et l’hommage: une continuité des luttes.

LUDIVINE BANTIGNY

1 et 2. Dans Against The Currents le deuxième EP du groupe qui vient de paraître.

 © La Commune © La Commune

Tous les liens pour découvrir La Commune:
- Bandcamp:
https://lacommune.bandcamp.com- Spotify: https://open.spotify.com/ artist/6fk5QapEE1beyb4xyISwiZ
- Youtube: https://www.youtube.com/channel/ UCY8ltRp3BpgaBBOQ1uRCikw
- Facebook: https://www.facebook.com/ LaCommuneMusic

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