La Clef: une zad culturelle dans Paris

«Malgré les discours décourageants des politiques et les sarcasmes des groupes de l’économie dite "sociale et solidaire", nous prouvons qu’une place peut se faire pour le citoyen.ne.s qui veulent vivre la culture autrement que comme une marchandise. Mais nous n’aurons que ce que nous prendrons, alors battons-nous!» Entretien avec Vincent, du collectif d'occupation du cinéma La Clef, dans le 5è arrondissement de Paris.

Faisons vivre la Commune : En dépit de ses engagements précédents, la Ville de Paris a reculé sur la préemption des locaux du cinéma La Clef. Quelles mobilisations citoyennes sont prévues pour continuer de s’opposer à la mainmise du prédateur SOS sur ce lieu?

Vincent: Nous appelons à une mobilisation de toutes et tous! Les rendez-vous seront prochainement annoncés dans un esprit battant et festif. Notre fonds de dotation est toujours ouvert pour proposer une alternative au projet « entrepreneurial » du groupe SOS et la fin programmée de l’expérience associative du cinéma La Clef.

Le cinéma La Clef accueille les accompagnements de projets de courts métrages indépendants du «studio 34» et propose des ateliers gratuits d’initiation aux métiers du cinéma. Après 84 heures d’émission continue, Radio La Clef squattera les ondes à nouveau prochainement. Le fanzine hebdomadaire Kill the darling vous prépare des surprises...

FVLC : Depuis l’automne 2019 et le début de l’occupation par plusieurs collectifs citoyens s’est mis en place un fonctionnement démocratique du lieu et de ses activités. Peux-tu nous parler de cette expérience collective?

Vincent: L’expérience collective a accompagné toutes les péripéties de l’occupation. Nous sommes toutes et tous bénévoles, de milieux différents, mais noué·e·s par un même combat pour ce cinéma. Nous défendons ce lieu qui est avant tout un espace d’expression artistique mais aussi une tribune d’expression citoyenne. Environ 120 bénévoles évoluent autour du lieu, le noyau dur de l’occupation est d’une quarantaine de personnes qui se renouvellent au fil des programmations ou des rebonds judiciaires.

Nous pratiquons une gouvernance horizontale, les décisions sont prises en réunion plénière, après débats, le plus souvent dans une forme de consensus où chacune et chacun sont amené·e·s à s’engager là où elles et ils le choisissent.

C’est dans les initiatives artistiques et audacieuses (fanzine, radio, ateliers d’initiation gratuits, ciné-concerts en plein air...) que nous nous trouvons le plus en accord, car notre moteur n’est pas la politique mais la créativité et la lutte. L’actualité terrible pour les lieux culturels nous invite à faire des pas de côté.

FVLC : L’expérience de Home Cinéma est-elle déjà en train d’inspirer d’autres collectifs, dans d’autres lieux ?

Vincent: Nous échangeons beaucoup avec d’autres lieux (cinémas autogérés en Europe, squats d’artistes ou lieux alternatifs...) qui cherchent à donner une place pour les expériences non lucratives et engagées. Notre combat, mais surtout le relais populaire et médiatique dont profite notre collectif, semble encourager les initiatives, et c’est tant mieux!

Malgré les discours décourageants des politiques et les sarcasmes des groupes aux pratiques mafieuses de l’économie dite «sociale et solidaire», nous prouvons qu’une place peut se faire pour les citoyennes et les citoyens qui veulent vivre la culture autrement que comme une marchandise. Mais nous n’aurons que ce que nous prendrons, alors battons-nous!

Pour soutenir La Clef et son expérience:

http://laclefrevival.com/sauve-qui-peut-la-clef- presentation/

La tribune de soutien de la Société des réalisateurs de film sur leur site: https://www.la-srf.fr/article/y-t- il-encore-une-place-pour-un%C2%A0cinéma-libre-et- associatif-à-paris

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