Dessiner la Commune L’intensité du trait et des faits !

Nous reproduisons ici un article du Monde libertaire saluant la sortie du nouveau livre de Eloi Valat - Dessiner la Commune

Comment l’ami Éloi Valat pouvait-il rester silencieux en ces temps de 150e ? Lui, l’auteur de quatre albums consacrés à la Commune de Paris, tous chargés de vie, d’émotions dont le dernier Louises, les femmes de la Commune qu’il nous avait fait l’amitié de présenter à Publico dans le cadre des soirées du groupe Commune de Paris. Laissons-le s’interroger. « Dans quel encrier tremper ma plume pour dessiner la Commune ? Celui où se déversèrent l’encre rouge d’une révolte tragique, l’encre noire d’une nuit tendue sur l’agonie des morts enterrés sans linceul ? Quelle représentation donnée de cette révolution apothéotique d’il y a 150 ans ?  » La réponse se tient dans cette petite pépite Dessiner la Commune. Les regards vifs et intenses des hommes et de femmes qui défendent leur liberté, celle de Paris et celle de l’humanité percent la page dans un noir et blanc ou un noir et rouge éclatant. 

Images de papier

Éloi, son auteur favori de la Commune, c’est Jules Vallès, les références apparaissent à chaque page. L’Insurgé. « Le mot est à fuir, Vallès l’accrochant au faîte de son œuvre fait de lui le suprême tombeau des morts de 1871  ». Comment traduire les combats ? Eloi cherche dans ses dessins. « Ces griffurages de cadavres contorsionnés en gigue de bras et de jambes, ces torses perforés, ces coins de cervelle emportées, hantise personnelle, plaie ouverte au cœur […] Images de papier, bimbelots des tourments de l’âme.  »
Les corps entremêlés, les mains fortes, rudes, celles des travailleurs sont toujours présentes dans les albums d’Eloi. Crispées de douleur, de rage, de volonté. Page 74, une main, dessin noir sur fond rouge nous appelle au combat, à reprendre le flambeau. La misère des femmes n’est pas oubliée, la référence aux Louises, leurs portraits font écho aux photos suivant leurs arrestations, toutes en dignité. Page 28 de l’album, une magnifique femme un fusil à la main. 

Défi à toutes les injustices
En face, les Versaillais, la violence de la répression. Suivons Gallifet qui dans les rues de Paris n’a qu’une phrase : « Fusillez-les ! ! ». 10 000 ? 17 000 ? 30 000 ? Il fallait éliminer la « vile multitude ». Terribles fusilleurs en ligne dirigés par des gradés au crâne rasé. En face, les barricades « Tas de pavés, debout à leur sommet agiter la loque rouge, défi à toutes les injustices. »
Et puis, un moment de douceur, un chien, un chat, réchappés du siège de l’hiver 1870.
Des visages d’acteurs, d’actrices de ces journées, d’inconnus et d’inconnues. « Parmi d’autres, je vous tire au hasard de mes cartons, masques mortuaires sur nos utopies vivantes.  » Verlaine, Mink, Le Mel, Lefrançais, Arnould…
« Qu’ai-je dessiné de la Commune ? La folie de toujours privilégier l’option libertaire sur les tentations autoritaires, fussent-elles dictées par les circonstances ? Une révolution dissoluble par ses contradictions qui, heureusement, vaille que vaille, nous laisse, cher Vallès, quelques amis. ». Eh bien, j’en suis ! !

Francis PIAN

Chronique parue dans Le Monde libertaire.net et reproduite avec l’aimable autorisation de son auteur et de Le Monde libertaire.

Dessiner la Commune © Eloi Valat Editions du Bleu autour 2021 Dessiner la Commune © Eloi Valat Editions du Bleu autour 2021

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