Du Ceres (1) aux CRS ou l'obsession répressive du préfet Didier Lallement

En raison de la triste actualité à laquelle nous sommes confrontés, nous publions ici un texte paru dans "Actualité(s) de la Commune" au mois de mars 2020. Le titre en était le suivant "Du Ceres aux CRS ou l'obsession répressive du préfet de police qui convoque Galliffet, face à "La Canaille"

Mater la contestation, faire peur à celles et ceux qui oseraient s’aventurer dans la rue pour exprimer une quelconque opposition au pouvoir en place, tel semble être le credo unique du PP (Préfet de police de Paris)choisi par Emmanuel Macron en mars 2019.
Dernier exploit en date: le gazage et les charges et violences policières, sans raison, contre les militantes féministes, le samedi 7 mars au soir, à Paris, rue du Faubourg-du-Temple.
Dans un long portrait que Nicolas Chapuis et Ariane Chemin font de lui dans
Le Monde daté du 23 février 2020, Didier Lallement apparaît pour ce qu’il est: un exécuteur des basses œuvres, nommé en mars 2019 pour que gouvernants et possédants continuent de dormir tranquilles, après «la grande peur» de l’automne et de l’hiver 2018-2019.

Ce haut fonctionnaire d’autorité n’observe aucune neutralité, même de façade. Il a choisi son camp et ne se prive pas de le dire, devant les caméras d’une télé d’information en continu qu’il est très difficile d’éviter dans les cafés et les bars... Nous sommes le 17 novembre 2019 et le préfet, interpellé par une femme, après une cérémonie devant la stèle du maréchal Juin, s’aperçoit que son interlocutrice possède un pin’s «Gilets jaunes», accroché à son écharpe.

Extrait du dialogue qui s’ensuit, rapporté par les journalistes du Monde:
«Vous avez un joli gilet jaune, lance le préfet, comme s’il s’était fait prendre.

– Oui, je suis “gilet jaune”, répond Laetitia B.
– Eh bien, nous ne sommes pas du même camp, madame, rétorque cinglant, Didier Lallement, qui reprend illico sa route et jette un “ça suffit” martial en guise de salut.»

On apprend également, dans cet article, que l’homme est susceptible d’avoir des émotions: «Moi ce qui m’émeut, c’est le drapeau tricolore qui flotte au vent, le visage des hommes et des femmes qu’on passe en revue.» Repos! Fermez le ban!

Ce chevènementiste éclairé aime – comme son ancien mentor – manier la trique et ne se gêne pas pour le faire savoir.
Il y a comme un parfum de Gustav Noske (
2) et de Jules Moch (3) (ces hommes de gauche «responsables» qui réprimèrent avec sauvagerie et sens du devoir des soulèvements populaires) dans cet adorateur du «Che» (4) qui se compare à un sinistre personnage:

«Pour se prendre pour Jules Vallès, il faut avoir son Galliffet, ce général de brigade surnommé le “Massacreur de la Commune” », rapportent les journalistes du quotidien Le Monde dans leur long article.
L’allusion est loin d’être anodine et ne ressort pas uniquement d’une petite blague de mauvais goût. Elle vaut avertissement et doit être prise très au sérieux.

Mais rappelons qui était ce traîneur de sabre, que d’aucuns appelaient «le marquis aux talons rouges», responsable d’un nombre incalculable d’exécutions sommaires et d’atrocités avant et pendant la Semaine sanglante, durant la Commune de Paris.

Gaston Alexandre Auguste de Galliffet naît à Paris le 23 janvier 1831. Engagé dès 1848 dans la cavalerie légère, il traîne ses culottes de peau et sa badine comme sous-officier lors de la guerre de Crimée, puis comme officier lors de plusieurs campagnes coloniales en Algérie. C’est apparemment à son passage à Tlemcen qu’il doit sa Légion d’honneur... Il participe ensuite à l’expédition désastreuse du Mexique.

Promu général de brigade en août 1870, il est fait prisonnier à Sedan, lors de la guerre franco-allemande. Libéré en raison des accords passés par les versaillais avec l’armée d’occupation allemande, il prend la tête d’une brigade de cavalerie qui s’illustrera, avec sauvagerie et barbarie, contre les insurgé·e·s de la Commune de Paris. «On estime à 3 000 le nombre de ses victimes, car il s'octroyait un droit de vie ou de mort ; selon son bon plaisir, il “prélevait” sur les convois de prisonniers la dîme du sang [...]. Ses victimes étaient choisies de préférence parmi les vieillards ou les blessés » (Maurice Dommanget).

Comme un «parfum de guerre civile», ainsi que l’écrivent les deux journalistes du Monde...

Philippe Rajsfus

* On trouve le nom du général de triste mémoire orthographié avec un seul f dans les écrits des communard.e.s mais il en comprend bien deux selon différentes sources historiques et le Larousse. 

1. CERES: Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste, fondé en 1966 par Jean-Pierre Chevènement, Didier Motchane et quelques autres. Ce courant participe à la fondation du PS lors du congrès d’Épinay en 1971, et en forme l’aile gauche.

2. Gustav Noske, dirigeant du SPD et ministre allemand de l’Intérieur entre 1919 et 1920. Il n’hésita pas à faire appel aux «corps francs» pour mettre fin à la révolution spartakiste à Berlin, en janvier 1919. On lui doit l’assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

3. Jules Moch, ministre socialiste de Léon Blum, puis ministre de l’Intérieur, de 1947 à 1950, abattit sur les mineurs en grève du nord de la France une terrible répression à l’automne 1948, qui fit une dizaine de morts, de nombreux blessés et amena au licenciement de 3 000 mineurs.

4. Le «Che», c’est comme cela, et sans accent, que les adeptes de la petite boutique souverainiste chevènementiste nomment entre eux, et avec gourmandise, leur grand homme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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