Fanny Monbeig
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Billet de blog 15 mars 2021

Le RN, tout de haine vêtu

Mardi 23 mars, mon camarade et ami Léo, instituteur, syndicaliste et militant antifasciste, passe en procès, poursuivi par le Rassemblement National. Son procès est politique. Lorsque un élu RN se déguise en victime apeurée, lorsque un syndicaliste dort en cellule, l'inversion des rôles est totale, et vient l'heure de tomber les masques.

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Le RN,

tout de haine vêtu

Mardi 23 mars, mon camarade et ami Léo, instituteur, syndicaliste et militant antifasciste, passe en procès, poursuivi par le Rassemblement National.

Son procès est politique.

Lorsque un élu RN se déguise en victime apeurée, lorsque un syndicaliste dort en cellule, l'inversion des rôles est totale, et vient l'heure de tomber les masques.

A Paris, Montpellier ou Toulouse, protégés par des policiers ou des doyens d'université, les groupuscules fascistes s'agitent, frappent fort. Et tandis que leurs coups pleuvent dans une relative indifférence – fors l'émoi passager de quelque parent peut-être se souvenant qu'en son temps monter une barricade de guingois faisait partie de la formation universitaire, sans pourtant qu'aucun étudiant n'y perdît son latin – c'est aujourd'hui un militant antifasciste qui se retrouve accusé de violence... Par le RN. Ce retournement incroyable, le même qui fait qu'aujourd'hui les antiracistes sont traités de « racialistes », fait que la lutte contre un parti violent et raciste est elle-même associée à de la violence. La judiciarisation de l'affrontement politique fait le reste. Pour comprendre ce retournement, pour comprendre comment notre camarade et ami s'est retrouvé en procès, il faut observer l'histoire du FN / RN. Son histoire est celle d'un déguisement. Je propose aujourd'hui, non seulement d'effeuiller ce parti pour révéler, sous les oripeaux républicains, la menace politique persistante, mais aussi d'étudier à grands traits les différents costumes portés par le fascisme aujourd'hui. Avec comme axe, puisque c'est ce dont absurdement on nous accuse aujourd'hui – Léo, c'est nous – la question de la violence politique.

Dans les années 1970, le FN naît d'une combinaison de deux tactiques au service d'un même but politique : à la fois une origine fasciste assumée, ancrée dans l'agitation de rue et le coup de poing (Ordre Nouveau) et à la fois une volonté d'intégrer le jeu électoral (les législatives de 1973). Le tablier du petit commerçant collabo ou poujadiste et l'uniforme militaire taché de sang algérien : ce sont les premiers vêtements du FN. Ils sont violemment tricolores, avec de forts reflets bruns, assumant une haine de pied-noir pour tous les immigrés. Le Groupement de Recherche pour la Civilisation Européenne, GRECE, calcule et participe à une diffusion progressive de l'idéologie fasciste, à travers des publications comme « Valeurs actuelles » ou « Le Figaro » ; leur « métapolitique » ajoute de ridicules lunettes d'intellectuels à la panoplie frontiste, non sans succès.

Dans les décennies suivantes, le FN prend la place, occupe l'espace. S'ajoutent alors aux premiers uniformes la sage jupe plissée catholique, le bombers du bones  néo nazi, et, déjà, quelques costumes trois-pièces un peu cheap, ceux des ultra-libéraux qui haïssent plus que tout la gapette communiste. Dès le début des années 1980, avec Stirbois, la crainte de la gauche unit frontistes et droite dite républicaine : un habit seyant, qui contribue à blanchir le parti aux airs encore trop putschistes. En coulisse, s'affairent quelques groupuscules adeptes de la fourrure à fleur de lys ou du cuir à croix celtique, détenteurs d'un quasi-monopole de la violence de rue fasciste.

Nous le savons et parfois nous l'avons connu, l'âge d'or du FN, c'est les années 1990 : base militante motivée et solide, succès électoraux. Alors, on ne trouve pas grand monde pour nier la violence intrinsèque, endémique et atavique d'une extrême droite qui n'a pas encore caché pudiquement sa haine : des meurtres racistes, ça ne se planque pas si facilement sous le col blanc ou le collier de perles. Grotesque vaudeville bourgeois, en 1998 le costume légué par le vieux-père Le Pen reçoit sa première entaille, celle du fils renégat Mégret, qui dévoie quelques cadres et les revêt d'un nouvel accoutrement, celui du MNR – bien vite relégué au placard, poussiéreux et passé de mode. Pour autant le FN n'est toujours pas bien vêtu, l'uniforme nazi se voit trop sous la chemise : la fronde anti-front bat son plein. A Toulouse, quand Jean-Marie Le Pen vient au Stadium, il est accueilli par des manifestations énormes et offensives, plus capuches noires que badges jaunes.

En 2002, face au complet trop repassé d'un Jospin empesé, le cache-oeil de Jean-Marie Le Pen séduit, et provoque un réveil brusque de la jeunesse, anti-frontiste par habitude depuis les années 1980, mais qui découvre l'imminence du danger électoral. Et tandis qu'une génération qui fait ses premières manifestations de masse trouve un ennemi à abattre sans trop de difficulté – un bulletin Chirac dans l'urne, c'est facile – la griffe Le Pen devient à la fois respectable (éligible) et ringarde pour les nervis fachos. La banalisation opérée par la fille porte ses fruits, et tandis que les candidats n'osent plus refuser de débattre avec un Le Pen ou un autre parce que la crasse fasciste ne se discute pas, les grandes mobilisations anti-Front se font plus rares. Un vernis social de dame patronesse cache le luxe russe des vêtements de la nouvelle dirigeante, et le drapeau français, peut-être trop brandi à gauche, le camaïeu nationaliste, devient un nouvel étendard chez des travailleurs dupés.

Dans la décennie suivante, le costume FN est féminin : le tailleur strict mais propret d'une Marine Le Pen ambitieuse et tactique, époussetant d'un revers de main les postillons révisionnistes de son père, cachant dans un ourlet discret – sans pourtant s'en débarrasser – les Néonazis sapés comme des sapins de Noël. La nièce Marion-Maréchal Le Pen complète l'évolution clinquante d'un parti désormais fringué en habits griffés, glamour et ouvrant toutes les portes. A Toulouse, le parti manifeste auprès des petits patrons contre la reconnaissance de la pénibilité du travail, ou avec Civitas qui s'insurge contre les blasphèmes du théâtre Garonne.

Aujourd'hui , aux frontières pyrénéennes ou méditerranéennes, contre les personnes migrantes, en blousons bleus, fachos d'hier et d'aujourd'hui se retrouvent pour revêtir l'uniforme ancien de la haine raciste et xénophobe. Dans les rayons halal des supermarchés, contre les mères ou les élèves musulmanes, le nouveau vêtement de l'idéologie fasciste, au-delà même du RN, c'est l'islamophobie. Un grotesque bonnet phrygien paré des vertus d'une République aveugle, un costume mal ajusté de combattant laïc, qui a depuis longtemps quitté la veste étriquée du vieux FN : la haine des Musulmans est un costume à la mode, que s'arrachent vieux fachos et jeunes macronistes, flatté par les projecteurs des plateaux de Cnews et BFM, et parfois même porté en toute bonne foi en salle des profs. La mort tragique d'un professeur a d'ailleurs permis aux énarques au pouvoir de peaufiner le déguisement républicain du fascisme gouvernemental : la panoplie de l'extrême droite leur a offert un panel d'épouvantails grotesques, dont celui du péril islamogauchiste n'est sûrement pas le moindre. Dans le même temps, le renouveau militant d'une extrême droite catholique bat le pavé contre les libertés d'autrui – de s'aimer, de se marier, de faire des gosses, de vivre – tandis que le SO nombreux et armé de la Manif pour Tous s'acoquine gentiment avec des Bacqueux bienveillants dont les écussons ne sont pas si différents de ceux des puceaux vendéens. A Toulouse, fin janvier dernier, rescapé.e.s de la dissolution immédiate de la « Manif pour Personne » des militant.e.s trop queer se sont vu interdire l'accès à des rues et des places de la ville, tandis que d'autres plus cis réussissaient à passer. Rue interdite aux cheveux roses, aux hommes à paillettes ou aux femmes trans : comment mieux dire la victoire déjà là de l'idéologie fasciste ? Se croyant tous les droits grâce à sa participation à la campagne municipale, allié d'un maire réactionnaire, le RN tracte sur les marchés toulousains, et ravive le combat ancestral d'une gauche qui n'a pas encore abandonné. Ridicule d'un costume mal taillé, ses militants se déguisent en élus républicains ; eux qui ne sont que haine, violence et péril démocratique réussissent à porter jusqu'au tribunal leurs mines outragées, et à traîner en cellule de garde à vue un enseignant chef de chorale. Retournement carnavalesque et grimaçant, où les fachos jouent les démocrates, et où les militants antifascistes se trouvent convoqués au tribunal.

Darmanin, qui s'y connaît en matière de déshabillage de force, peut se gausser de la dissolution de Génération Identitaire, voulant nous faire oublier que GI vient elle-même d'un groupuscule déjà dissous en 2002 (Unité radicale). L'Union Antifasciste Toulousaine rappelle que « le fascisme n'est pas qu'une organisation, c'est une pensée », et cette pensée, nous l'avons vu, peut revêtir divers oripeaux. Le costume du vigilant endossé par le Premier Flic de France ne doit pas nous faire oublier qu'avant de détruire GI il en a fait de même avec le Collectif Contre l'Islamophobie en France, et qu'avant de déshabiller les Identitaires il a pris soin d'en revêtir le costume, volé, emprunté, copié – pillage vestimentaire reconnu par Marine Le Pen elle-même.

Victime de ces jeux de rôles et de dupes, Léo a besoin de notre soutien :

vos sous ici : https ://www.papayoux-solidarite.com/fr/collecte/militer-n-est-pas-un-crime-soutien-a-leo-en-proces-contre-le-rn

vos cris là : https://m.facebook.com/events/760177908210556?acontext=%7B%22source%22%3A%223%22%2C%22action_history%22%3A%22null%22%7D&aref=3&__tn__=HH-R

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