Les chasseurs soutenus dans leur manifestation par l’Office français de la biodiversité?

Alors que la cellule de gendarmerie nationale DEMETER a la mission d’une police politique visant à identifier les menaces et les acteurs critiques contre l’agriculture productiviste et la chasse, la manifestation des chasseurs à Prades, bastion de Jean Castex, semble avoir des soutiens étonnants pour dénoncer le «fascisme» vert.

Samedi 12 septembre 2020, la Fédération nationale des chasseurs et son président Willy Schraen appelaient les chasseurs et les « ruraux » à se rassembler à Prades (Pyrénées-Orientales) afin de dénoncer entre autre l’appel à un référendum d’initiative partagée (RIP) contre l’élevage intensif, la chasse à courre et d’autres formes de chasses particulièrement critiquables sur le plan de la souffrance animale comme la chasse à la glu (interdite pour un an seulement).

La Fédération départementale des chasseurs des Pyrénées-Orientales, censée accueillir les participants à cette manifestation, a alors diffusé plusieurs tracts appelant à manifester notamment contre le « fascisme » vert et rappelant les motifs de la manifestation. Et surprise, que constate-t-on à la fin du document ? Divers organismes semblent co-signer cet appel à manifester. Certes, on y retrouve la Fédération nationale des chasseurs mais plus étonnamment l’OFB, Office français de la biodiversité. Cet organisme est le produit de la fusion récente de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) entre autres. Certes, l’ONCFS est connu comme un organisme proche des instances dirigeantes de la chasse, mais il s’agit d’une agence publique, relevant de l’État, à qui est confiées exclusivement des missions techniques. Quant à l’ex-Agence française pour la biodiversité, ses missions consistaient à faire la promotion de la sauvegarde de milieux, d’espèces et d’espaces naturels. Au regard du devoir de réserve de cet organe public (le nouvel OFB) dont le but affiché est de renforcer la protection durable de la biodiversité, il est plus qu’étonnant de trouver un tel logo. Soit cet organisme est complètement acquis à la cause orientée du groupe de pression de la chasse, soit les représentants des chasseurs ont abusivement usé de ce logo. La deuxième option semble la plus probable quand on voit le logo également présent de l’Union européenne dont les instances demandent la suppression des chasses jugées les plus sanguinaires en France. Il est fort à parier que les chasseurs n’ont pas demandé non plus les autorisations du Crédit agricole, de la région Occitanie et du département des Pyrénées-Orientales dont les logos en fin de tract laissent penser que cette banque et ces collectivités territoriales appellent aussi à cette manifestation.

Dans l’ambiance d’impunité des acteurs d’une certaine ruralité, il n’est pas étonnant que cette usurpation ou ces soutiens étonnants soient passés inaperçus. Rappelons que pour les préfets, qui ont des consignes d’en haut, les associations critiques de la chasse semblent représenter une plus grande menace que des personnes dont le loisir consiste à se balader armées dans la nature et la campagne.

 

Extrait du tract de la Fédération départementale des chasseurs des Pyrénées-Orientales :

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Le tract dans son intégralité :  

(pdf, 1.2 MB) 

 

 

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