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Billet de blog 5 févr. 2009

Qu'est-ce qu'être de gauche ?

Voilà déjà plusieurs fois que je lis, sur Médiapart, des commentaires où il est question de l'inexistence du clivage droite/gauche, de son caractère obsolète et/ou de l'impossibilité de se positionner sur cet axe. La grande coalition en Allemagne ou l'ouverture en France témoigneraient de ce dépassement.

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Voilà déjà plusieurs fois que je lis, sur Médiapart, des commentaires où il est question de l'inexistence du clivage droite/gauche, de son caractère obsolète et/ou de l'impossibilité de se positionner sur cet axe. La grande coalition en Allemagne ou l'ouverture en France témoigneraient de ce dépassement.

Dans un premier temps, on pourrait répondre de manière un peu malicieuse que, si l'on parle de coalition ou d'ouverture, c'est sans doute qu'il existe des différences significatives entre les partis allemands ou que les personnalités de gauche ayant intégré le gouvernement Fillon y apportent des valeurs étrangères à l'UMP. Cette pirouette logique n'emportera sans doute pas la conviction, d'autant que côté français, l'actualité récente montre que ces personnalités, donc ces valeurs de gauche, sont largement solubles dans le sarkozisme. On peut bien-sûr n'y voir que l'opportunisme de quelques individualités impatientes, auquel cas, le PS serait légitime à se borner à déplorer et condamner ces renégats, mais l'on peut aussi y lire l'aboutissement d'un processus plus long et demander au PS de rendre compte de ces trajectoires droitisantes. J'incline, pour ma part vers la seconde option. Loin de moi l'idée de dénoncer "les trahisons du PS", puisque je crois qu'étant donné le contexte de son arrivée au pouvoir en 1981, le PS ne pouvait que trahir. Je m'explique.

Le PS, arrive au pouvoir avec un discours de luttes des classes et un programme keynésien. Il tente de mettre en oeuvre ce programme en effectuant une relance qui échoue du fait de la contrainte extérieure, c'est-à-dire l'ouverture économique (ex : l'Etat distribue du pouvoir d'achat qui sert à acheter... des voitures allemandes ou des baladeurs japonnais...il crée donc bien des emplois mais, à l'étranger). Concernant la lutte des classes, sans la nier, il se trouve que, depuis le milieu des années 70, la classe ouvrière est dans une posture pour le moins difficile : déclin numérique, baisse rapide du taux de syndicalisation, chômage de masse... Bref, le PS prend le pouvoir au moment où son socle théorique vascille. Il choisit alors d'ouvrir une parenthèse orthodoxe ("libérale") qu'il ne refermera jamais. C'est pourquoi l'on dit qu'il a trahi. Il pouvait aussi, comme J. Chirac le fera lors de son premier septennat, changer ouvertement de programme et dire ce qu'il faisait, après quoi, comme pour J.Chirac, on considérerait que le PS a trahi... Le problème, à mon sens, ne réside donc pas dans une trahison du PS mais dans l'absence de travail théorique visible et lisible pour un simple citoyen depuis lors. Le R.M.I., la C.M.U, l'impôt négatif constituent simplement des filets de sécurité réservés exclusivement aux plus démunis dont s'accomodent très bien les Etats providences libéraux. En 1997, il cède, non sans résistance, sur la sécurité, déçoit sur les sans-papiers, puis, votera la LOLF avec l'opposition...de droite. C'est, je crois, cette longue parenthèse, qui explique les désertions actuelles. En parlant de parenthèses, je ferme la mienne et j'en reviens à ma question : qu'est-ce qu'être de gauche ?

De manière idéal-typique, être de gauche c'est :

- insister sur les déterminismes sociaux et ne laisser qu'une place résiduelle à la responsabilité individuelle. Cette grille de lecture fonctionne assez bien sur la question du chômage, de l'échec scolaire, de la santé, la délinquance, l'exclusion... De cette problématisation, il s'en suit naturellement un programme de réduction des inégalités.

- faire preuve de volontarisme, concevoir et mettre en oeuvre un projet de transformation sociale. Ce deuxième point semble en contradiction avec le premier mais je pense que la gauche doit conjuguer le "pessimisme de l'intelligence et l'optimisme de la volonté". C'est d'ailleurs toute la difficulté pour la gauche...

- Refuser le tout marché en décidant, sans complexe, que certains biens doivent lui échapper : les services publics traditionnels et la culture en font à mon sens partie.

- Ne pas stigmatiser les migrants et dédramatiser la question.

Mais pourquoi être de gauche ?

Vous aurez sans doute remarqué qu'il suffit de "retourner" ces principes pour obtenir un programme cohérent de droite : responsabilité individuelle, fatalisme et confiance dans les lois du marché, stigmatisation des migrants... auquel on peut adhérer sans trop de honte. Je plaisante. D'autant que la droite ne tient pas un discours cynique mais prétend que le marché, en prenant appui sur l'égoïsme, la responsabilité et la liberté de chacun, nous conduit tout droit vers l'intérêt général. Il permet en outre de régler un problème moral, puisque le problème, l'égoïsme, c'est la solution! Disons que pour la droite, la nature fait bien les choses et que le volontarisme ne peut que conduire à des désastres car l'enfer est pavé de bonnes intentions. Mais alors, qui de la droite ou de la gauche dit vrai ? Déterminismes sociaux ou responsabilité individuelle ? Montrer que ces déterminismes existent est assez facile, de même que prouver le caractère irréductible de la liberté humaine. Alors? Alors, je crois que c'est là qu'intervient le choix proprement politique qui doit se passer de la vérité ou de la morale. La vérité du monde social ne nous apparaîtra jamais belle et nue mais dépendra toujours de la manière dont nous nous posons les questions, dont nous problématisons. Nous sommes condamner au nominalisme : les catégories que nous construisons pour lire le monde social sont des représentations qui appartiennent autant à la réalité que le monde lui-même. Elles peuvent même être performative au sens où elles peuvent produire la réalité. Etre de gauche, c'est donc choisir une grille de lecture du monde social qui, de mn point de vue, ne doit pas transiger sur ces quatre points et sans doute, sur d'autres (je pense notamment à la question écologique). Le coma théorique du PS, ses compromis temporaires, son inaptitude à imposer ses problématiques (en avait-il ?) explique les defections actuelles et sa défaite idéologique a largement préfiguré sa défaite dans les urnes...

PS / Afin d'éviter les polémiques, je précise que Ségolène Royal n'est pas visée par ce billet. Si on pouvait éviter d'en parler...

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