Querelle byzantine sur l'identité

Je suis tombé par hasard sur une interview de Finkielkraut sur le web. Parait qu'il l'aime pas, le web, Alain. Pourtant, quand on y réfléchit, c'est quand même l'outil idéal pour entretenir les obsessions les plus diverses, le web.

Je suis tombé par hasard sur une interview de Finkielkraut sur le web. Parait qu'il l'aime pas, le web, Alain. Pourtant, quand on y réfléchit, c'est quand même l'outil idéal pour entretenir les obsessions les plus diverses, le web.  Aussi obscurs que soient vos centres d'intérêt  ou vos préoccupations, la Toile vous permet de dénicher des acolytes aux quatre coins du globe pour les entretenir. Tenez, d'ailleurs, je suis certain  que la visibilité des théories platistes est largement liée au développement de l'accès à Internet. Je dis ça parce que j'ai écrit "aux quatre coins du globe " et que j'ai entendu un platiste arguer qu'à elle seule, cette expression devait nous mettre la puce à l'oreille. La puce à l'oreille...  Cette expression ne nous dit-elle pas quelque chose de l'emprise qu'exerce les nouvelles technologies sur nos corps et nos vies ? Bref. Donc, Alain Finkielkraut n'aime pas le web mais n'en est pas moins obsédé par un certains nombre de sujets comme l'école et l'immigration, la condition des femmes et le voile, le football et l'immigration voire le voile et l'immigration. L'ai-je rêvé ? Je crois même l'avoir entendu évoquer la question de l'immigration dans une émission avec André Dussolier sur le Tour de France, la course de vélo, pas le manuel scolaire conçu pour notre édification républicaine. En fait, voilà un moment que je le soupçonne d'entretenir ses obsessions diverses par un accès illimité à la TNT. Je l'imagine bien insomniaque, en peignoir, vautré dans un fauteuil Club la zapette à la main parcourir le monde par l'intermédiaire de l'étrange lucarne pour y dénicher des indices de sa décadence. Il a tout le loisir d'y puiser moult anecdotes qui viennent nourrir et confirmer ses phobies les plus mortifères. Mais peu importe mes propres fantasmes.  Le voilà donc interviewé sur Sud Radio et qui explique doctement que si le port du voile dans la rue n'est pas contraire à la laïcité - je ne vous cache pas que le fait que cet homme l'ait enfin compris me redonne foi dans l'humanité - il est tout simplement contraire à la France. J'adore. Mais, au fond, même si cela peut nous mettre la puce à l'oreille quant au projet politique qu'il défend sans doute malgré lui, on s'en bât l'oeil. Non, l'intéressant vient après. Le journaliste, sans doute intrigué par la faconde finkielkrautienne dès lors qu'il s'agit de débattre sur l'islam et les musulmans lui a demandé s'il avait des amis musulmans. 

- Oui, oui bien sûr, je connais bien Zineb El Razhoui ! (7'20)

LOL

Non, elle n'avait pas encore appelé à tirer à balles réelles sur la racaille de banlieue, ni justifier cette opinion par le fait qu'elle l'avait lue sur les réseaux sociaux. C'était Papacitôt. Non, ce qui est drôle, c'est qu'elle est athée et qu'elle ne manque pas de le proclamer. Mais pour Finkielkraut, elle n'en demeure pas moins une musulmane tout ce qu'il y a de plus fréquentable, ce qui signifie qu' au fond, pour notre académicien, une bonne musulmane est une musulmane athée. Mais cette confusion sémantique n'est pas très grave car après tout, ce n'est pas comme s'il était chargé de rédiger un dictionnaire. Accessoirement, l'on ne peut que constater qu'en dépit de son grand âge et du Grand remplacement qu'il dénonce, il ne connait pas encore la moindre femme musulmane. Mais ça peut encore venir puisqu' il est immortel. On peut peut-être lui conseiller de lâcher la TNT pour se connecter aux réseaux sociaux avant d'en rencontrer une IRL. 

 

Alors, de quoi cette boulette est-elle le nom ?  

 

J'ai lu aujourd'hui même un papier de Coralie Deleaume dans Marianne au sujet voile et de la République - What else ?-  qui à la suite de Marcel Gauchet  considère que « le voile islamique est perçu comme le signe revendiqué et affiché d'un non-partage des femmes, d'un refus du métissage ». Si je souscris plutôt à cette interprétation anthropologique du port du voile,  je reste surpris par l'utilisation du concept de métissage pour évoquer des unions entre des musulmans et le reste du monde car cela devrait nous conduire à considérer le mariage d'un converti avec une musulmane, ou d'une convertie avec un musulman ou d'un converti avec un musulman ou d'une convertie avec une musulmane, comme des unions endogames et ce, quand bien même le musulman serait athée. Le pire, c'est que je suis sûr que vous comprenez ce que signifie cette absurdité. 

Et quid d'un mariage civil entre Zineb, athée et votre serviteur athée ascendant agnostique ? 

C'est de l'endogamie ? Pas vraiment si l'on suit le propos de Deleaume qui suit Gauchet. C'est du métissage ? Après tout, j'ai une tendance agnostique et pas elle. Mais bon...  C'est du communautarisme ? Peut-être, mais alors plutôt celui du groupe majoritaire. C'est surtout de la folie car je pense que ça ne pourrait pas marcher entre nous. 

Tout cela n'a aucun foutu sens.

Je ne parviens pas à qualifier la boulette de Finkielkraut, j'ai l'impression qu'aucun mot ne convient. Ce n'est pas du racisme, ni de la xénophobie. Est-ce du racisme anti-musulmans ou de l'islamophobie ? Je ne le crois pas, en dépit du fait que comme je l'ai écrit, les seuls musulmans qui semblent trouver grâce à ses yeux, sont les athées. C'est peut-être cette difficulté à nommer les choses qui explique les débats aussi inutiles qu'interminables sur les questions d'identité ou pour le dire plus ironiquement, c'est sans doute ces confusions qui font de nos affrontements, des querelles byzantines.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.