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Billet de blog 7 nov. 2012

Comment peut-on être musulman-e ?

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Et puisqu'il est question de harcèlement, je crois que si j'étais musulman, je me sentirais sans doute harcelé et blessé au travers de ce moi musulman par les nombreux commentaires - moins phobiques que paranoïaques d'ailleurs - cherchant à nous alerter sur le péril musulman en scrutant les barbes, les steack-hachés, les burqas, les voiles, les questions que posent les enfants sur les bonbons, les recours juridiques de musulmanes, les tournantes et même le meurtre de Sohane !

C'est ce que j'ai écrit dans un commentaire qui n'a suscité aucune réponse. On peut lire sur ce même billet que les arabes bénéficieraient d'un traitement de faveur au sein d'une partie de la gauche. Cette remarque sur les arabes m'a ramené près de 30 ans en arrière où le problème était bien l'arabe (j'en tremble encore). Mais aujourd'hui qui s'en inquiète ? Le problème actuel n'est plus l'arabe mais le musulman. J'imagine qu'il faut comprendre que ce commentateur considère que la minorité de gauche qui n'a pas soutenu les différentes lois coercitives ciblant les musulmanes est encore trop nombreuse et qu'elle doit rentrer dans le rang de notre garde (pas toujours) républicaine.

J'ai lu ailleurs, sur un billet qui parle d'Halloween et d'enfants qui auraient posé des questions inquiétantes pour notre vivre ensemble, que les pauvres mécréant-es en ont assez de se voir taxer de racisme ou de xénophobie quand ils ne font que critiquer l'obscurantisme religieux, en l'occurrence musulman mais pas que. Souvent musulman quand même, il faut le reconnaître.

En tant qu'athée, la critique des obscurantismes ne me dérange aucunement. Alors pourquoi suis-je aussi agacé par l'obscurantisme que je côtoie au travers de ma socialisation familiale et/ou amicale que par les critiques que je peux en lire un peu partout ?

Au-delà de la fréquence des critiques concernant les musulman-es, de l'agacement ou de l'amusement que peuvent susciter les postures dissidentes de ceux qui les tiennent et qui ont pourtant l'immense majorité de nos représentant-es avec eux (du PC au FN) et l'arsenal répressif dont notre État est doté, je crois que ce qui est insupportable, pour moi du moins, et visiblement pour quelques autres, c'est peut-être, ironie de l'histoire, l'obscurantisme de leurs discours.

Car on nous répète régulièrement que l'on a rien contre les musulman-es en général mais que ce que l'on combat c'est l'islamisme et que l'on fait bien la différence entre les deux. Et comment combat-on cet islamisme radical ? En s'inquiétant du port du voile1, de la burqa2, du hallal, des prières de rue, qui, en vrac, porteraient atteinte à la laïcité, l'égalité des sexes, au vivre ensemble... Donc de pratiques plutôt basiques et qui en elles-mêmes n'ont rien d'intégristes ou de dangereux pour l'ordre social. Mais, nous dit-on : il s'agit de faits révélateurs, d'indices, de signes qui indiquent que nous sommes sur une pente fatale ou hallal... Argument de la pente fatale qui consiste finalement à tirer un trait d'union entre le port d'un foulard à Paris et la condition féminine chez les talibans par exemple3. Des slogans du type « Halloween avec les musulmans, Pâques avec les talibans » ou «  Voile à l'école publique, adieu la République » ou « Repas sans jambon, islamisation !» me semblent à peine caricaturer ces arguments. Mais je suis sûr que personne ne protestera contre ces caricatures...

On peut aussi s'amuser du fait que dans le cas d'Halloween comme dans celui du Quick hallal, les indigné-es ne semblent pas se rendre compte qu'au final, ce qui les inquiète, c'est l'islamisation de notre américanisation ! Moi je trouve ça plutôt drôle.

L'argument de la pente fatale est d'ailleurs systématiquement utilisé par les plus réactionnaires : « Si l'on autorise l'IVG, le PACS, le mariage pour tous, la GPA, l'euthanasie... » je vous laisse faire vous-même les conclusions en puisant dans l'actualité ou en faisant preuve d'un peu d'imagination. Ca pourrait d'ailleurs faire un jeu ou une édition où pourraient venir se distraire les médipartien-nes ayant besoin de se détendre entre deux commentaires censurés. Là, par construction, l'outrance et l'excellence devant se confondre, on pourrait dire n'importe quoi...

Pour redevenir un peu plus sérieux, le fait que les opposant-es aux lois sur le voile, la burqa, les nounous voilées, ou aux discours alarmistes sur la hallal soient qualifié-es d'idiot-es utiles voire d'islamogauchistes attestent que ce sont bien ces pratiques qui sont perçues comme porteuses du danger islamiste. Et c'est cet argument de la pente fatale qui me semble obscurantiste et qui d'ailleurs ne laissent aucune chance aux musulman-es de pratiquer comme ils l'entendent sans éveiller le soupçon.

C'est aussi pourquoi il me semble qu'il y a moins de phobie que de paranoïa dans le regard actuellement porté sur les musulman-es de France : chercher partout, en France ou à l'étranger, dans les faits divers ou des pratiques très communes, des signes révélateurs du danger qui nous guetterait relève bien plus de la paranoïa que de la phobie et ne laisse pas d'évoquer une forme de pensée tout aussi sauvage que celle que l'on prétend combattre. On observe d'ailleurs que tout ce qui peut nuancer ou dédramatiser la question est ignoré ou écarté4. L'on dispose pourtant de travaux assez nombreux maintenant sur les enfants de migrant-s et ou sur les musulman-es. Mais l'on préfère lire l'avenir dans des faits divers que l'on interprète comme des signes nous indiquant notre destin sous la coupe (sans alcool) de l'islam. N'est-ce pas là une croyance ? Ne peut-on parler d' obscurantisme ou d'irrationalité ?

M'enfin, je suis certain qu'il se trouvera toujours quelqu'un pour me répondre très rationnellement que : « ce n'est pas parce que je suis paranoïaque, que les musulman-es ne sont pas à mes trousses ! ». Et c'est pas faux.

1A ceux qui considèrent que le port du voile est inégalitaire car il est réservé aux femmes, je précise que je serai à leur côté quand ils militeront avec autant de véhémence contre les talons-aiguilles, les jupes minis ou pas et pour l'obligation de ne fabriquer que des vêtements mixtes.

2Pour une interprétation moins anxiogène de ce phénomène on peut voir le film de la sociologue Agnes de Féo : http://www.agnesdefeo.book.fr/sous-la-burqa ou lire Maryam Borghée : Voile intégral en France : sociologie d'un paradoxe, Michalon, 2012

3Avec un rien de provocation, on peut faire remarquer que notre loi sur le voile à l'école, loi qui conduit à descolariser des jeunes filles, a quelque chose talibanesque...

4 Claudine Attias-Donfut et François Charles Wolff, Le destin des enfants d'immigrés. Un désenchaînement des générations, Paris, Stock, Collection Un ordre d'idées, 2009, 320p

http://www.decitre.fr/livres/l-islam-a-la-francaise-9791090090040.html

http://livre.fnac.com/a1777873/Sylvain-Brouard-Francais-comme-les-autres

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