Alain Finkielkraut, multiculturaliste ?

" Le Monde change, les visages changent, donc l'impression des gens, c'est qu'il y a de plus en plus d'étrangers en France, de plus en plus, et, ce que la statistique ne cesse de nous dire, c'est que c'est faux ". Alain Finkielkraut, Répliques, 15 avril 2017

C'était ce samedi matin dans Répliques, une émission du malheureux Alain Finkielkraut. Je l'écoutais encore une fois parce que j'ai beau savoir que ça me fera sans doute du mal, c'est comme pour le tabac, je n'arrive pas à arrêter. Le voilà donc reparti pour un brillant monologue : 

Mais il y a aussi un autre problème qui se pose. Vous avez cité et je l'ai fait après vous Olivier Rey, une phrase extraordinaire de Peguy dans Notre jeunesse : « Il faut dire ce qu'on voit et surtout ce qui est plus difficile, il faut voir ce qu'on voit ». Or moi, et c'est vrai, il est de plus en plus difficile aujourd'hui de voir ce qu'on voit du fait de l'intimidation que la statistique exerce sur nous. 

Où l'on apprend qu'il est intimidé par la statistique. Finkielkraut intimidé ! Ce n'est pas flagrant si l'on s'en tient à son temps de parole médiatique. Pour le coup, c'est moi qui peine à entendre ce que j'entends. Mais passons.

 Un fossé de plus en plus large se creuse entre l'expertise et l'expérience. L'expérience sensible dont les experts sont chargés de prouver de plus en plus qu'elle ne vaut rien, qu'elle ne vous dit rien.

Franchement, c'est pas un peu complotiste, ça, Alain ? Des experts seraient chargés – par qui ? - de prouver que l'expérience sensible ne vaut rien ! Ca a l'air trop top comme boulot. Je vois bien Jean Dujardin incarner le rôle dans une parodie de série B.

Action ! 

- Et tu fais quoi toi dans la vie ?

- Je suis payé pour prouver que l'expérience sensible ne vaut rien.

- Ah bon ? Mais tu travailles pour qui ?

- INSEE, INED, Eurostat, OCDE, etc.

- Et t'as le droit d'en parler comme ça ? C'est pas top secret comme pour les agents du RAID et tout ça ?

- Non, parce que je pourrai te prouver que ton expérience sensible ne vaut rien et que tu n'as pas entendu ce que tu as entendu.

- Ah d'accord.

- Embrasse moi. 

- …

 (S'en suit une autre expérience sensible qui peut valoir le coup d'oeil.)

Evidemment, ce que vise notre Finkie national, ce sont les experts en sciences sociales hein. J'imagine qu'il ne se fie pas à ses sens pour évaluer la distance de la lune ou contester l'héliocentrisme.

 Je donne un exemple, parce que c'est là que la statistique intervient.

Ecole ou l'immigration ? me suis-je demandé en me resservant du café. 

Pierre Manent vous dîtes qu'effectivement les groupes constitués disparaissent de la société mais nous avons (inaudible...), cette société vit un changement démographique très important dont tout le monde se rend compte. Il ne s'agit pas seulement de la société française, il s'agit d l'Europe. Le Monde change, les visages changent, donc l'impression des gens, c'est qu'il y a de plus en plus d'étrangers en France, de plus en plus, et, ce que la statistique ne cesse de nous dire, c'est que c'est faux.

 Immigration.

Et Finkielkraut n'a pas besoin de statistiques pour bien voir que le monde change, que les visages changent (c'est vrai que ça fait un moment qu'on a pas vu Pompidou ou Jean Gabin... et moi-même j'ai vachement changé ces quarantes dernières années en y repensant. ) et surtout pour connaître l'impression des gens

 Mais le plus intéressant est là :

 Or, elle nous dit que c'est faux parce que les gens de plus en plus nombreux ont été naturalisés et donc, cette naturalisation fait qu'on arrive au même pourcentage qu'il y a 40 ou 50 ans, ce qui permet à la statistique d'ajouter que tout ça relève du fantasme, de l'hypnose, du préjugé...

Donc, pour Alain Finkielkraut, un français naturalisé reste un étranger qui devrait être compté comme tel mais ne l'est pas du fait des manoeuvres dolosives d'experts (barbus ?) stipendiés pour tromper les gens. C'est du moins la première interprétation qui m'est venu à l'esprit. Puis je me suis dit qu'Alain Finkielkraut, qui n'est quand même pas n'importe qui, ne pouvait pas proférer publiquement quelque chose d'aussi stupide à son insu. Comme je n'en croyais pas mon expérience sensible, j'ai repris du café et c'est alors que j'ai fait appel à ma propre expertise. Si je m'en crois moi-même, les statisticiens comptent les français naturalisés comme des français parce que d'une part, ils le sont (ben oui), et d'autre part, parce que notre modèle d'intégration républicain si cher à Finkielkraut, ne veut connaître que des individus dépouillés de toute appartenance et proscrit formellement de distinguer les français en fonction de leurs origines, de leurs races, etc. Au fond, ce que demande Finkielkraut avec la pudeur et la timidité qui le caractérisent, ce n'est rien de moins que la mise en oeuvre de statistiques ethniques qui, il le sait bien, sont le propre des modèles multiculturalistes qu'il combat avec vigueur et constance chaque jour que dieu fait depuis des lustres. Ou bien a-t-il tourné casaque et adhéré au PIR ? Car pour surmonter cette contradiction, je ne vois qu'une alternative : soit, Alain Finkielkraut, à force de ne plus se sentir chez lui, raconte n'importe quoi et ne sait même plus où il habite, ce qui m'étonnerait quand même un peu, soit, Alain Finkielkraut, s'est tout récemment converti au multiculturalisme, ce qui m'étonnerait quand même beaucoup ! Le lecteur avisé reconnaîtra le pastiche de Desproges qui gémissait, lui, parce qu'il trouvait qu'il y avait de plus en plus d'étrangers dans le monde. 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.