Homopaternité et gestation pour autrui : une enquête sociologique

Quelques billets sur Mediapart ont évoqué la question de l'accès à la GPA pour les couples homosexuels et suscité de vives protestations au nom d'une conception très traditionnelle et naturalisante de la maternité : c'est ainsi que les chattes, les vaches et les tripes ont été convoquées dans les échanges pour tenter de démontrer l'aberration que constituerait le développement de ces pratiques.

Quelques billets sur Mediapart ont évoqué la question de l'accès à la GPA pour les couples homosexuels et suscité de vives protestations au nom d'une conception très traditionnelle et naturalisante de la maternité : c'est ainsi que les chattes, les vaches et les tripes ont été convoquées dans les échanges pour tenter de démontrer l'aberration que constituerait le développement de ces pratiques.

 

On peut répondre à ces arguments de manière théorique en montrant qu'à la différence des chattes et des vaches, le purement biologique n'existe pas pour les êtres humains, qu'il est toujours saisi par le symbolique ou le social qui lui donne sens etc.

 

Ces arguments, pourtant solides, ont été assimilés à une sorte d'intellectualisme voire, en usant ou mésusant de la psychanalyse, aux ratiocinations d'un homme craignant la vérité de l'emprise maternelle...

 

Mais l'on peut aussi remettre en cause les opinions catastrophistes des opposants à la GPA en allant voir très concrètement ce qui se passe au sein des familles homoparentales ayant eu recours à une GPA. Deux sociologues l'on fait et je vous propose une synthèse de leur enquête.

 

L'enquête porte bien sûr sur un faible échantillon, 39 hommes, tous homosexuels dont 34 en couple. Ils vivent en France, à Paris ou dans le nord et sont plutôt qualifiés (professions intermédiaires, cadres, professions libérales). Certains ont déjà des enfants, d'autres en forment le projet. Ces hommes doivent surmonter deux tabous pour satisfaire leur désir de paternité : « faire un enfant sans mère » et avoir recours à la GPA.

 

 

Comment en sont-ils arrivés là ?

 

Ils témoignent tous d'une découverte ou d'une acceptation de leur homosexualité plutôt tardive. Plusieurs ont tenté d'avoir des relations hétérosexuelles et/ou pensé que leur homosexualité n'était que provisoire, qu'elle passerait. Si le fait de se reconnaître homosexuel est tardif, le coming out l'est plus encore et ne s'effectue en général qu'au moment où se noue une relation stable voire le projet d'élever un enfant. Ce projet de paternité resurgit d'ailleurs avec l'entrée en conjugalité car nombreux sont ceux qui déclarent s'être résignés à ne pas avoir d'enfant et avoir comme refoulé ce désir en acceptant leur sexualité.

 

Ce désir d'enfant repose plus sur un désir de parentalité que sur le besoin de se reproduire. A part ça, leur volonté d'être parents reposent sur les mêmes – bonnes ou mauvaises – raisons que les hétérosexuel-les.

 

Qui sera le père biologique et qui sera le père légal ?

 

En général, celui qui a convaincu l'autre, qui était le plus investi, endosse la paternité biologique et sociale et il est fréquent que le couple envisage une inversion des rôles en cas de deuxième enfant. Néanmoins, ces couples ont tendance à dénier toute importance au biologique concernant leur rapport à l'enfant.

 

 

Pourquoi pas l'adoption ?

 

 

L'adoption est la première idée qui leur est venue à l'esprit. Mais ils y ont vite renoncé car ils ne souhaitaient ou supportaient pas le caractère intrusif de l'enquête sociale et la nécessité de masquer l'existence du conjoint aux personnels de l'ASE (aide sociale à l'enfance dont l'ancêtre est la DDASS).

De plus, ils craignaient d'ajouter à l'éventuel traumatisme d'abandon de l'enfant des difficultés qu'il pourrait rencontrer du fait de son intégration à une famille hors-norme.

 

 

Pourquoi pas la coparentalité ?

 

L'idée d'avoir un enfant qu'ils élèveraient avec une femme ou un couple homosexuelle a été rejetée pour plusieurs raisons. Ces hommes ne souhaitaient pas mettre d'emblée l'enfant dans une situation similaire à celle d'un enfant de couple divorcé. A cela s'ajoutent des appréhensions qui tiennent à la difficulté d'élever un enfant à quatre, la quasi-certitude de ne pas obtenir la garde de l'enfant en cas de conflit et la crainte, fondée sur divers témoignages, que la ou les femmes accaparent l'enfant au nom d'une compétence maternelle innée...

 

 

Maternité pour autrui (MPA) ou gestation pour autrui (GPA) ?

 

 

Dans la MPA, la femme qui porte l'enfant est aussi celle qui l'a conçu : c'est sa mère biologique à 100%. Dans la GPA la femme ne porte pas son enfant biologique puuisqu'elle a eu recours à un don d'ovocyte. Cette technique, préconisée par les agence américaine permet de limiter l'investissement maternel de la femme qui porte l'enfant. La GPA permet en fait de dissocier la maternité biologique et la gestation.

 

Certains couples optent pour la MPA afin de simplifier le récit familial et l'histoire de l'enfant. D'autres préfèrent la GPA en considérant que le sentiment de culpabilité éventuelle de la gestatrice en sera atténué ou supprimé. Symétriquement, ils supposent que l'enfant se sentirait moins abandonné si la gestatrice n'était pas la mère biologique. Cette double origine limiterait aussi la possibilité d'idéaliser une mère absente. Ici, le génétique qui ne comptait pas pour déterminé le père devient important pour choisir entre MPA et GPA.

 

Les enfants ont-ils une mère ?

 

Certains nient l'existence d'une mère puisque ce statut implique une présence quotidienne et un rôle éducatif. Néanmoins, ils peuvent entretenir des relations quasi-familiales avec la gestatrice. Pour d'autres, l'enfant n'a qu'un seul père et une seule mère (la gestatrice). Le conjoint du père est alors un autre parent que l'enfant peut appeler par son prénom. Dans ce cas, les liens avec la gestatrice, voire avec son mari, peuvent être très régulier et les enfants des deux couples peuvent s'appeler « frère de GPA ». D'autres enfin peuvent considérer que les enfants ont deux mères et peuvent même distinguer une mère sociale (la plus présente) d'une mère biologique.

 

Bref, de multiples manières d'organiser leur vie et une pluralité qui s'inscrit bien dans le mouvement de diversification des formes familiales (nucléaire, monoparentale, recomposée) et de filiation (naturelle, par adoption, et sans doute bientôt par PMA) qui se développe depuis bientôt une quarantaine d'années. Des choses s'inventent donc mais rien de bien subversif pour notre ordre symbolique ou social et si ces pluriparentalités témoignent de quelque chose, c'est bien de l'attachement à cette « fabrique à névrose » qu'est notre sacro-sainte famille.

 

Devraient être contents, les psys...

 

 

L'intégralité de l'article de Martine Gross et Dominique Mehl est à lire ici : http://cems.ehess.fr/docannexe.php?id=2197

 

 

 

 

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