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Billet de blog 12 juin 2019

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Akim Oualhaci a-t-il subi une discrimination raciste de la part du CNRS?

Les faits : alors qu'il était à chaque fois admissible, le sociologue Akim Oualhaci a été déclassé (sans explication) trois années de suite par un jury d'admission au concours du CNRS, ce qui l'a empêché d'accéder aux postes de chercheurs mis au concours par l'organisme public.

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1- Qui est Akim Oualhaci?

- Akim Oualhaci a soutenu une thèse de doctorat en 2011 qui portait sur les pratiques de boxe et de musculation dans les milieux populaires, en France et aux États-Unis.

- Il en a tiré un livre "Se faire respecter : ethnographie de sports virils dans les quartiers populaires en France et aux États-Unis" (Presses universitaires de Rennes, 2016)

- France Inter consacre une très belle émission de radio à ses travaux:
https://www.franceinter.fr/oeuvres/se-faire-respecter-ethnographie-de-sports-virils-dans-des-quartiers-populaires-en-france-et-aux-etats-unis

- Il est l'auteur également de plusieurs articles scientifiques, parus dans la revue d'anthropologie des connaissances, Terrains et Travaux, Jurisport

- Il a participé à l'ouvrage "Une jeunesse sacrifiée?" (Éditions Rue d'Ulm, 2017)

- Il suit de près la recherche internationale, comme en témoignent ses nombreuses recensions (par exemple : https://www.metropolitiques.eu/Les-jeunes-Noirs-du-ghetto-sous-la.html

2- Akim Oualhaci a été déclassé. De quoi s'agit-il?

Voici deux listes :

- La première est la liste des admissibles aux postes (très prisés) du CNRS : Akim Oualhaci est en très bonne place, parmi les premiers

- La deuxième est la liste des admis (établie quelques semaines plus tard) : Akim Oualhaci a été littéralement effacé, c'est le seul nom qui disparait de la première liste, les 9 autres personnes sont toutes admises (avec deux sous-listes, l'une principale, l'autre complémentaire), y compris les 6 personnes moins bien classées qu'Akim Oualhaci dans la première liste.

Akim Oualhaci a été déclassé de cette manière trois années consécutives.
Trois fois. Sans aucune explication.

3- "La sociologie est un sport de combat". Que les hommes arabes n'ont pas le droit de pratiquer? 

Comment le CNRS justifie que ce sociologue racisé, qui s'est classé parmi les premiers admissibles trois années consécutives, ait été déclassé à chaque fois?

C'est la première fois qu'un candidat admissible est déclassé trois années consécutives.

Comment le CNRS justifie-t-il ce traitement d'exception et cet acharnement?

S'il s'agit d'une discrimination raciste, le CNRS n'est pas sans savoir que c'est illégal et puni par la loi.

Qu'en serait-il de la crédibilité du CNRS, organisme public qui publie des études sur les discriminations que subissent notamment les personnes issues de l'immigration post-coloniale? Comment combattre les discriminations structurellement racistes en France, s'il s’avère que les organismes publics chargés de les étudier et de les mesurer ont eux-mêmes des pratiques discriminatoires en matière de recrutement?

4- Soutien total à Akim Oualhaci

Toutes les personnes descendantes de l'immigration post-coloniale, qui ont eu (au moins une fois) à chercher du travail, savent les dégâts psychologiques et physiques dévastateurs qu'entrainent les discriminations racistes dans l'accès à l'emploi, d'autant plus quand l'injustice et l'humiliation se répètent sur plusieurs années.

On le sait, aucun secteur d'activité n'est épargné par le racisme structurel. L'enseignement supérieur et le milieu de la recherche sont loin d'être immunisés contre le racisme qui structure le marché du travail et l'emploi. Les discriminations y sont même peut être plus fortes qu'ailleurs, étant donnés le niveau de salaire, la valeur sociale, le prestige, et la rareté de plus en plus grande des postes à pourvoir.

Nous devons apporter notre soutien plein et entier au sociologue Akim Oualhaci pour qu'il accède enfin, après toutes ces années, à l'emploi qu'il mérite, emploi qu'il occuperait déjà s'il n'avait pas été la cible d'un acharnement évident, et inacceptable (quelles que soient les motivations de celles et ceux qui en sont les auteurs).

Réseau Classe/Genre/Race

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