Ils n'avaient qu'à faire des études ! *

ce billet est essentiellement une suite d'extraits d'un article de Pierre Rimbert qui prolonge une réflexion entamée par Michael Young** en 1957...

[…] <<En 2014 explique la sociologue Elizabeth Currid-Halkett, «  les 1%les plus riches ont dépensé 3,5 fois plus dans l'éducation qu'en 1996 (en valeur absolue et en part des dépenses) Et 8,6 fois plus que la moyenne nationale »>> – (elle parle des Etats Unis) -

[…] << Pour les 1% les plus riches, estime le professeur de droit Daniel Markovits, le surcroît de dépenses éducatives par rapport à une famille de classe moyenne équivaut à un héritage d'environ 10 millions (9 millions d'euros) par enfant. « Le mérite est une escroquerie » tranche-il. >> - c'est toujours à propos des Etats Unis -.

[…] <<  «  Les investissements massifs de l'élite dans l'éducation, observe Markovits, ont porté leurs fruits. Le fossé scolaire entre les étudiants riches et pauvres dépasse aujourd'hui celui qui séparait Blancs et Noirs en 1954 » […] « l'inégalité économique produit aujourd'hui une inégalité éducative plus grande que ne le fit l'apartheid américain »

[...] << A l'abri derrière le rempart des formes éducatives exigeantes qu'ils instituent en norme à travers la presse et la culture, les intellectuels les plus prospères jugerons avec mépris les parents forcément moins ouverts, moins progressistes, moins généreux qui n'observent pas les mêmes rites culturels, sociaux et alimentaires. Et feront tomber le verdict: "Ils n'avaient qu'à faire des études", injonction qui résume à elle seule le volet "social" des programmes libéraux.>>

[…] << Aux Etats Unis, la moitié des étudiants des douze universités les plus prestigieuses descend des 10% des ménages les plus riches. En France, la sécession de la bourgeoisie cultivé n'a pas atteint ce degré. D'abord, parce que la part des revenus détenue par ce dernier décile stagne depuis le début des années 1970 alors qu'elle a augmenté de 13% outre-Atlantique. Ensuite parce que les enfants de familles aisées expérimentent fréquemment une phase de précarité en début de carrière; ce qui ne les incite pas à reconnaître un quelconque "privilège" de classe quand bien même ils détiennent la ressource rare qui, avec la propriété, structure la hiérarchie sociale: de bons titres universitaires. Enfin, le faible coût de l'enseignement supérieur français contraste avec les frais exorbitants exigés en Amérique. Pourtant l'exclusivisme bourgeois des établissements d'élite n'en est pas moins prononcé : L'Ecole nationale d'administration (ENA) compte 6% d'ouvriers et d'employés alors que ces catégories représentent plus de la moitié de la population active. Quant à Polytechnique, 1,1% de ses élèves ont un parent ouvrier, contre 93% un parent cadre ou de profession intellectuelle supérieure. Cet apartheid méritocratique s'accentue depuis les années 1950. On mesure le paradoxe d'une institution fondée sur la promesse d'universaliser le savoir et devenue à mesure de son expansion le centre de tri chargé de séparer les 10% qui domineront tous les autres.  >>

Ce Billet n'a pas pour but de contester l'élitisme. Toutes les cultures s'appuient sur une élite. Lorsque cette culture perd ses élites elle disparait, s'écroule ou se folklorise.        

Non, je m'appuie sur l'article de Pierre Rimbert et, plus originellement, sur la réflexion de Michael Young, pour déplorer la disparition de la culture ouvrière phagocytée par la Culture bourgeoise – la dérision ( les Deschiens, les Beaufs) a fini par la rendre inexprimable. Les représentants du monde du travail sont devenus des clones de la culture bourgeoise (Notat, Berger) et même Martinez ne peut plus se permettre de passer pour un clone de Krasucki ou Marchais...  Mais c'est bien sur les ruines de la culture ouvrière, laminée par la culture bourgeoise,  qu'ont pu fleurirent les idées de l'extrême droite. Margaret Thatcher a donc bien fini par gagner : il n'y a plus d'alternative.

 

Mais qui donc a dit, il y a longtemps, « Qu'ils mangent de la brioche  » ?

 

* Ce texte est essentiellement constitué d'extraits d'un article de Pierre Rimbert publié dans Le Monde Diplomatique d'août 2020

**https://blogs.mediapart.fr/faunus/blog/210120/ou-va-la-cfdt 

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