Nul doute, et en cela les faits parlent d'eux-mêmes, c'est la grande saison des farces électorales en Afrique. Partout, dans cette partie de l'Afrique où la limitation des mandats présidentiels n'existe pas, où celle-ci a été apprivoisée par les despotes en place ou en puissance, les élections se succèdent et se ressemblent : la reconduction sans suspense des 'hommes forts, généralement dès le premier tour, démontrant ainsi ouvertement la simple formalité que constituent celles-ci. Une rechute, qui ne dit pas son nom, au système des présidents à vie qui a prévalu pendant les trois premières décennies post-indépendance en Afrique. Un phénomène dont l'écrasante majorité des Africains, parce que relativement jeunes et peu informés, souvent fanatiques, est loin de se douter ! Loin de comprendre que la présidence à vie, consacrée ou hypocrite, appelle inévitablement le coup d'État comme seule issue pour l'alternance, avec tous les dégâts humains, matériels et institutionnels, le marasme général qui l'ont toujours accompagné. Au Gabon, au Togo, au Tchad, en Côte d'ivoire, au Cameroun, en Guinée Conakry, en Centrafrique, en Ouganda, etc, pour ne parler que de ces présidentielles des douze dernières années à peu près, le résultat est le même : des élections-validation !
C'est sur l'un de ces cas, modèle dans le genre, le Congo-Brazzaville, dont la présidentielle, la prochaine farce électorale, la cinquième, est officiellement programmée en Mars prochain, que nous avons été invité pour une interview ce week-end par la chaîne TLR-TV R7. La même qui nous avait déjà interviewé il y a cinq ans, sur la présidentielle précédente de Mars 2021, après la publication d'un billet à ce propos ( cf "Présidentielle Congolaise de 2021: Résultats et Chiffres de tous les chocs, pleurs, rires... et bêtises", in Mediapart, 7 avril 2021).
Si, du simple bon sens, du point de vue de la raison et, surtout, du point de vue démocratique, quatre présidentielles et cinq législatives successives qui donnent le même résultat, c'est-à-dire toujours, officiellement, l'élection de Sassou-Nguesso au premier tour (souvent à un score écrasant) et une chambre introuvable (c'est-à-dire une majorité parlementaire écrasante en faveur de la mouvance présidentielle), constituent une manifeste anomalie (cf notre analyse à cet égard : "Congo : au paroxysme du coubertinisme électoral", in Mediapart, 17 septembre 2017), incroyablement, c'est au nom de la démocratie, "une démocratie qui s'enracine", que le régime despotique et incompétent en place depuis plus de quarante ans cumulés justifie sa longévité. Une situation qui, tout aussi curieusement, se confond avec la forte dégradation à tous les niveaux de la vie du pays. Dans ce pays, en effet, l'impression pour le moins troublante est que plus le régime despotique dépouille, pille, humilie, tue, endette et hypothèque l'avenir de l'essentiel des forces vives qui continuent à végéter, plus il est populaire et garantit son élection ! Où est l'erreur...
Suivez s'il vous plaît...