BELGIQUE : LE CHOIX DE L'HUMILITÉ ET DE LA RAISON

Faut-il y voir un effet collatéral de l'affaire George FLOYD qui a secoué le monde entier ou un acte longtemps réfléchi des autorités belges! Une chose est sûre, les souhaits d'anniversaire des autorités belges à l'endroit des autorités de leur ancienne colonie, la RDC, n'ont rien à voir avec les courtoisies du passé...

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Après l'Allemagne, et au contraire de la très affirmée position française, les autorités belges, le Roi Philippe et la Première ministre Sophie WILMÈS, viennent de se saisir du soixantième anniversaire de l'indépendance de la RDC ce jour 30 juin 2020, pour demander pardon pour "des actes de violence et de cruauté" commis pendant la période coloniale. Les termes du Roi sont, on ne peut plus clairs, dans le courrier adressé au président Tshisekedi : " Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd'hui ravivée par des discriminations encore présentes dans nos sociétés... À l'époque de l'État indépendant du Congo, des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective... La période coloniale qui a suivi [celle du Congo Belge de 1908 à 1960] a également causé des souffrances et des humiliations".

  On peut, longtemps, gloser sur la philosophie de la colonisation, sur ses prétendus bienfaits notamment, cependant tout esprit doué de raison et de discernement, apte à l'introspection, ne peut que reconnaître, en raison des crimes innombrables, innommables et indescriptibles qui l'ont accompagné, que la colonisation est injustifiable. Tout comme ses nouvelles formes, après des indépendances souvent formelles et biaisées, qui faussent toute coopération saine et positive. On ne peut ainsi qu'apprécier favorablement cette initiative, ce geste combien humble, raisonnable et courageux des autorités belges, en espérant toutefois qu'ils s'accompagnent d'un examen minutieux des actions et stratégies unilatérales mises en œuvre pour perpétuer la domination et la spoliation, notamment l'installation et l'entretien des dictateurs, de ces  personnages sans scrupules et criminels, mercenaires contre leurs propres pays, dont les ambitions sont souvent tout sauf ce qu'implique cette fonction suprême. Examen sans lequel le grand geste de ce jour laisserait penser à une nouvelle supercherie.

Les relations d'État, c'est connu, sont et demeurent objectivement des relations d'intérêts et moins de relations sentimentales, même si elles sont réalisées par des humains qui restent animés de sentiments. Mais, quand elles ont été très longtemps imprégnées des calculs et actions monstrueux, pour rester pudique, une nouvelle et rationnelle confiance s'impose, avec des garanties réciproques dans lesquelles les sociétés civiles africaines et occidentales doivent avoir bonne place, les pouvoirs, dans le temps et dans l'espace, restant ce qu'ils sont, qu'ils soient Noirs, Blancs, Jaunes ou autres.

Il serait, par conséquent, tout à la fois, immoral, mal placé et irrationnel, de faire porter perpétuellement à de nouvelles générations de part et d'autre des responsabilités aussi lourdes, qui ne sont pas les leurs, même au nom de la continuité de l'État. Tout comme de s'enfermer dans un orgueil malsain, au motif que la colonisation fut globalement positive comme se targuent certains, et qu'il n'y a pas lieu à repentance. Autrement dit, au nom de la philosophie traditionnelle des relations d'État, on continue à entretenir le néo-colonialisme avec son lot d'actions cyniques, au motif qu'ainsi va la société internationale.

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