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Billet de blog 11 déc. 2015

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Vote blanc, piège accueillant ?

Hier j'ai publié un billet listant les motivations de mon abstention pour le second tour des élections régionales de dimanche prochain en Île-de-France. Un commentaire est revenu très souvent : "Pourquoi s'abstenir plutôt que voter blanc ?". Voici pourquoi.

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Après avoir présenté hier dix raisons qui me pousseront à m'abstenir dimanche prochain, voici une critique du vote blanc qui, je pense, n'est peut-être pas une idée si extraordinaire que ça pour régler les problèmes de notre bonne vieille démocratie. Les arguments en faveur du vote blanc je les connais, il s'agit d'être certain de bien envoyer un message au personnel politique, de dire qu'aucune des options qui nous sont proposées ne nous convient. Mais à la différence de l'abstention, on montre qu'on s'est déplacé pour voter, qu'on se sent concerné, qu'on donne un avis. En théorie pourquoi pas mais en pratique le vote blanc est un acte bien moins clair qu'il n'y paraît au premier abord. Pour commencer, et malgré son nom, le vote blanc est une forme d'abstention. Dans un cas comme dans l'autre, on refuse de choisir et le vote n'a pas d'impact sur l'issue de l'élection. La seule différence concrète c'est qu'en votant blanc, on fait grimper le taux de participation. Il y a également entre les deux une différence d'ordre symbolique mais nous allons voir que ce n'est pas si évident...

La raison principale de mon rejet du vote blanc, c'est qu'en institutionnalisant une absence de choix, on prive les autres formes d'absence de choix de la portée qu'elles pouvaient avoir jusqu'alors. En d'autres termes, en élaborant un "bon abstentionniste" qui se déplace pour voter symboliquement, on crée un "mauvais abstentionniste" qui reste chez lui et on lui prête des motivations à l'opposé de celles de celui qui vote blanc. Ainsi, le mauvais abstentionniste serait un égoïste paresseux qui préférerait son confort personnel à l'intérêt général et qui ferait le jeu de l'extrême-droite. En somme, on reporte sur une partie du corps électoral la responsabilité des échecs d'un système et des individus qui l'incarnent au quotidien. Avant d'aller plus loin, je vous propose de jeter un coup d'œil à la façon dont sont représentés les abstentionnistes à travers quelques dessins de presse :

L'abstentionniste est à la démocratie ce que le dictateur est à un régime totalitaire, c'est bien connu. Il est aussi jeune et porte des sweats à capuche.
Je vous laisse décider si je suis plutôt pêcheur-paresseux ou plutôt anarcho-jamais content.
Et pour finir en beauté, les pingouins de Xavier Gorce qui perdent rarement une occasion d'être insultants.

Bien entendu, ces représentations sont fausses. Les abstentionnistes ont des profils divers : certains ne sont pas au courant des enjeux de l'élection, certains ne savent même pas qu'il y a une élection, certains rejettent la politique du gouvernement, d'autres la façon dont se comporte le parti qu'ils soutiennent habituellement, et certains ne se reconnaissent tout simplement dans aucune des options qu'on leur propose. Il en résulte une multitude de comportements : la plupart s'abstient en n'allant pas voter, une minorité s'abstient tout en votant, nul ou blanc. Et vous savez quoi ? Toutes ces personnes justifient de différentes façons leurs abstentions. En fait, on postule bien trop souvent qu'il y a un lien entre abstention et dépolitisation alors que quantité d'abstentionnistes s'investissent par ailleurs dans la vie publique, dans l'associatif par exemple. Réciproquement, voter ne veut pas dire être politisé. Beaucoup de personnes votent par habitude ou par tradition et une majorité de personnes vote même sur des enjeux qui ne sont pas ceux de l'élection en question (surtout quand il s'agit d'élections comme les régionales avec des enjeux locaux mais une portée médiatique nationale).

Est-ce que le vote blanc ne conduirait finalement pas à vouloir retirer toute la signification que peut revêtir une abstention ? Si l'on met en place une possibilité officielle de rejeter le choix qui nous est proposé, on fait passer la pilule tout en évitant de remettre en question le processus qui a conduit à ce choix. Est-ce qu'on n'amène pas les politiques à se dire qu'il n'y aurait finalement qu'un ou deux pour cent d'électeurs qui ne seraient convaincus par aucun candidat, ceux qui votent blanc, faisant alors des 50% d'abstentionnistes des gens qui ne voudraient pas choisir quoi qu'il arrive, des ingrats de la démocratie ? Il y a même un effet concret contre-productif au vote blanc : en faisant baisser l'abstention officielle, on donne plus de légimité à celui qui est élu sans l'avoir directement soutenu.

Quoi qu'il en soit, il est très difficile de donner un sens à une abstention (à un vote aussi d'ailleurs). La meilleure chose à faire est donc de donner la parole aux citoyens qui s'abstiennent plutôt que de les enfermer dans un rôle de dangereux irresponsables.

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