Il n'y a pas de déficit du régime de retraite

Il n’y a pas de déficit du régime des retraites. Du moins pas au sens où essaie de nous le faire entendre habituellement le gouvernement. En fait c'est la notion même de déficit qui n'est pas pertinente pour quelque chose qui relève de la solidarité.

Lorsque l’on parle de déficit dans le domaine économique, on associe cela en général à une activité. Dans le cas d’une activité commerciale, la notion de déficit intervient lorsque les dépenses excèdent les recettes et que l’équilibre économique devient négatif. Dans le cas d’une activité économique à but non lucratif (Entreprise publique, ministère, association…) le déficit intervient lorsque les frais de fonctionnement (salaires, matériels….) excèdent les budgets alloués. Dans ces deux cas on peut considérer (et en général on ne se prive pas de le faire), que le déficit est dû à des insuffisances humaines (mauvaise gestion, mauvaise politique commerciale, mauvais investissements…). Bref, le déficit est une notion marquée négativement tant dans sa dimension quantitative que qualitative.

Or dans le système de retraite par répartition, il n’existe pas d’activité économique « Retraite ». Les retraités ne sont pas des « agents économiques » qui auraient à ménager leurs dépenses pour préserver un budget (hormis le leur individuellement). Il s’agit simplement d’un système de solidarité inter générationnel dans lequel, collectivement, on décide d’allouer arbitrairement une certaine somme aux citoyens qui ont travaillé toute leur vie afin de leur permettre de continuer à subvenir à leurs besoins jusqu’à leur mort sans les plonger dans la précarité. Et bien entendu, en fonction de l’époque, de la richesse du pays, de la productivité, de la démographie, cette somme peut être amener à évoluer.

Parler de déficit dans ce cas de figure est donc impropre sauf s’il s’agit de diaboliser le débat en le nimbant d’une connotation péjorative laissant entendre que nous ne serions pas collectivement dans une gestion des affaires de l’Etat sur le mode revendiqué de la droite « du bon père de famille ».

La question authentique à poser aux français (et peut être même par voie de referendum) et qui aurait du sens serait : « Quelle somme êtes-vous disposés à attribuer aux retraites, sachant que vous serez vous aussi un jour un retraité »

Gageons que sous cette forme-là, la réponse serait bien différente de celle qui laisse entendre que nous sommes des fainéants irresponsables qui n’aiment pas bosser.

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