24 heures ! Il aura donc fallu moins de 24h pour que Joseph Macé Scaron, fonctionnaire de l’info et éditorialiste à gage, nous gratifie de sa dernière saloperie rédactionnelle au sein de feu l’excellent hebdomadaire Marianne. En effet, les corps des dernières victimes de l’attentat monstre et monstrueux de vendredi soir n’étaient pas encore froids, que JMS, souhaitant sans doute prévenir le cancer de la dissidence à la pensée bobo de droite comme de gauche, sommait les français de s’associer pleinement à l’unanimité bien-pensante et politiquement correcte de la nation. Sommation qui était bien entendu accompagnée d’une excommunication de facto de tous les déviant(e)s, qui auraient l’outrecuidance de ne pas s’aligner au millimètre près aux injonctions éditoriales de la classe politique et médiatique. Ce qui se traduit textuellement par la phrase suivante : « Et l’on voit déjà les cortèges des crétins des deux bords d’extrême gauche et d’extrême droite s’avancer vers nous. « Ce sont vos guerres, ce sont nos morts ». http://www.marianne.net/nos-morts-notre-guerre-100238047.html
Encore une fois donc, pour oser exprimer une opinion alternative à la pensée ambiante et bêtement unanimiste, nous sommes nombreux de gauche comme de droite, et en ce qui me concerne résolument de gauche, à être renvoyés dans les extrêmes de la politique française. Le procédé est désormais connu et aurait vraisemblablement intéressé au plus haut point la philosophe Hanna Arendt, lors de la rédaction de son ouvrage sur le totalitarisme. Pourtant cette fois, l’injonction à l’unanimisme bêlant et l’excommunication qui s’ensuit s’accompagnent d’une insulte directe. Nous sommes à la fois des extrémistes et des crétins.
C’est donc sur le même ton que je vais répondre à Joseph Macé Scaron, en m’excusant par avance auprès de Médiapart d’enfreindre quelque les règles de bienséance de ce lieu de libre expression.
En tant qu’homme de gauche, progressiste et n’ayant jamais flirté avec quelque extrême que ce soit, je m’approprie pleinement l’expression «Nos morts, vos guerres ». Je fais effectivement partie des gens qui, depuis 2001 s’opposent systématiquement aux guerres dites « contre le terrorisme » et « pour la démocratie », menées par l’occident et qui s’avèrent le plus souvent être des guerre d’intérêt, voire des guerres impérialistes. Comme beaucoup de simples citoyens tout à fait lambda, j’avais l’intuition, sinon la conviction, que toutes ces aventures guerrières ne règleraient nullement la question du terrorisme mais ajouteraient aux désordres du monde. D’autant que, pour m’être intéressé à l’Histoire, je savais déjà combien le moyen et le proche orient avaient été dessinés, façonnés et « pilotés » en fonction des intérêts économiques des puissances occidentales. Et malgré toutes les voix qui se sont élevées contre la folie guerrière occidentales, les États-Unis, l’Angleterre, la France et plusieurs de leurs féaux ont ,depuis plus de trente ans mené, des guerres aux quatre coins du monde et soutenus des régimes qu’aucun état qui se dit vraiment démocratique ne pourrait soutenir, ne serait-ce que du bout des lèvres. Et bien entendu, j’inclue l’Etat colonialiste d’Israël dans cette catégorie, et non, pour devancer votre pensée, je ne suis nullement antisémite, bien au contraire. De l’Afghanistan à la Lybie, en passant par l’Irak, ces guerres et ces soutiens hasardeux ont couté centaines de milliers, voire des millions, de vies humaines, la plupart innocentes, et ont tellement déstabilisé les équilibres précaires qui y existaient que le terrorisme, qui ne disposait que de quelques bases arrières en Afghanistan, dispose désormais d’un Etat bien à lui et d’une richesse incommensurable. Et bien entendu il ne s’agit que de la partie émergée de l’Iceberg. Pour l’arrière-boutique puante, nous avons le soutien financier et militaire officieux, voire clandestin des milices islamistes par les gouvernements occidentaux, soit par pure bêtise, soit par calcul cynique, ainsi que les relations commerciales rayonnantes avec les principaux parrains du terrorisme que sont l’Arabie saoudite et le Quatar.
N'en déplaise à Joseph macé Scaron, c’est donc bien sur les brandons de cette violence d’Etat et de ces injustices à répétition que se créent et prospèrent les pires courants fondamentalistes et terroristes. Et c’est également sur le lit des centaines de milliers de morts innocents d’Irak, d’Afghanistan ou de Lybie que se construit la relative tolérance des populations musulmanes vis-à-vis du terrorisme. Et ce sont bien nous, occidentaux, qui alimentons encore et encore cette chaudière diabolique.
Bien entendu ce constat ne vient pas de moi, obscur petit blogueur mediapartien. Ce sont des arguments assenés et repris depuis des années par une multitudes de gens, citoyens responsables, universitaires, chercheurs et même parfois des personnalités politiques ou des journalistes (mais pas ceux qui ont pignon sur rue). Mais ce sont des arguments que les médiacrates de votre engeance Monsieur Scaron ont parfois relayé, mais jamais réellement pris au sérieux, préférant recevoir les « nouveaux philosophes » belliqueux et guerriers qui considèrent que toute critique d’Israël est de l’antisémitisme, toute critique de l’occident du stalinisme, et qui acceptent tous les massacres tant qu’ils sont démocratiques, de la même manière que, jeunes maoïstes, ils devaient trouver légitime le massacre de la bourgeoisie.
Le problème est qu’aujourd’hui un homme comme vous, traite des hommes comme moi de crétins, alors que la preuve de la bêtise de ceux qui nous gouvernent et de ceux qui les soutiennent, donc vous aussi, s’est étalée en lettre de sang dans les rues Paris ce triste vendredi 13 novembre.
Alors oui Monsieur Scaron, je le crie bien haut, ce sont vos guerres, ce sont nos morts ! Et cette fois contrairement à janvier dernier je n’irai pas défiler dans les rues de Paris en compagnie des fauteurs de mort. Je pleurerai effectivement les victimes de ces attentats mais sans vous. Je conchie Bush, Obama, Blair, Sarkozy et Hollande, dont la place sera vraisemblablement dans les poubelles de l’Histoire à défaut d’être dans un tribunal, et je vous conchie, abyssal crétin, qui prétendez donner des leçons de démocratie depuis votre tour d’ivoire.