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Billet de blog 24 oct. 2020

Que sont les collabos devenus?

J’entends un peu partout que la gauche (non libérale) serait au mieux islamo-gauchiste, au pire collaborationniste. Pour le premier chef d’accusation je vous renvoie à l’excellent texte d'Alexis Dayon, tout y est dit avec beaucoup de pertinence et de sensibilité. Pour le second chef d’accusation, ça mérite quelques précisions.

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Nous voilà donc accusés d’être des collabos de l’islam radical. Pour rappel, la collaboration était, pendant la Seconde Guerre mondiale, le soutien actif d’une frange de la population à l’ordre nazi. Depuis, ce terme est entré dans le langage commun pour désigner à peu près tout et n’importe qui, dès lors qu’il y a un désaccord politique. Or, factuellement, et au-delà de l’usage fallacieux et systématique de ce terme sur les réseaux sociaux, au parlement et sur des chaînes d’info en continu, le mot « Collabo » a un sens précis : il désigne des gens qui trahissent leur patrie pour se mettre au service de l’ordre dominant du moment, à savoir l’occupant. On peut également noter que c’est un terme qui s’accole à une mentalité, celle de la délation, et plus précisément la dénonciation par certains citoyens d’autres citoyens ne respectant pas les règles et les principes de la force occupante.

Alors, comment peut-on entendre l’accusation de Collabo islamiste à l’encontre de la gauche (non libérale) ? D’abord, on peut préciser que l’islam, auquel nous sommes censés avoir fait allégeance, n’est pas une force dominante en France. Il n’est présent dans aucune de nos institutions ou instances de gouvernement, ce n’est pas une force politique qui pèse sur les élections et il n’y a même pas de « clergé ». Donc, sur ce premier point, difficile de taxer la gauche de collaborationnisme. Le pouvoir dominant est ailleurs, et très très éloigné de l’islam.

Ensuite, l’acte de collaboration implique soit une adhésion à l’idéologie dominante, soit l’attente d’un avantage en retour de cette compromission. Or la gauche n’adhère a aucune religion, bien au contraire, elle incite les gens à s’en émanciper, et ce dans le respect et la dignité de l’être humain (donc sans violence, ni physique, ni morale). La gauche aurait-elle alors un intérêt quelconque à attendre de cette supposée alliance avec l’islamisme ? Pas plus. En réalité, en défendant les musulmans, la gauche est dans son rôle humaniste et progressiste de protection des citoyens opprimés en raison de leurs ethnies, origines ou religions. Comme elle le fait également pour les juifs, les LGBT….

Alors, après avoir répondu à la question de l’objectivité formelle de cette accusation, que nous reste-t-il ? Des gens qui, depuis l’assassinat de Samuel Paty, se sont mis à aboyer sur la gauche comme si c’était elle qui avait tenu le couteau du crime, mais qui sont bien en mal d’argumenter et de fournir les preuves de l’accusation. Leur seul point de convergence étant cette fameuse « Marche de la honte », au cours de laquelle LFI et Mélenchon avaient défilé sous le mot d’ordre « Non à l’islamophobie ». Le moins que l’on puisse dire c’est que le message de haine n’était alors pas particulièrement caractérisé. Bien sûr, il y eut à cette occasion des personnes indésirables et infréquentables qui se sont jointes à la marche. Mais qui peut être comptable des participants d’une manifestation ? Personne bien entendu. Le procès qui est fait à la gauche en islamo-gauchisme est donc purement politique, ce qui nous ramène, en miroir, à la question de la collaboration.

L’ordre dominant aujourd’hui est celui du néolibéralisme, c’est-à-dire une mise à disposition de l’État au service du marché. Son projet est totalitaire, pas au sens conceptuel proposé par Hannah Arendt (quoi que…), mais au sens littéral du terme. Le marché doit, in fine, absorber la société toute entière dans la moindre de ses dimensions pour être « Efficient ». Rien, ni personne ne doit lui échapper. Comme tout projet totalitaire, le néolibéralisme vise à la pureté de son modèle, pureté qui seule peut garantir son succès. Il lui est donc impératif de convertir tout le monde, et ceux qui ne sont pas convertibles doivent être exclus. C’est exactement ce qui est en train de se passer pour la gauche non libérale. Cela fait maintenant presque quarante ans que celle-ci joue le rôle du grain de sable dans les rouages de la globalisation. C’est elle qui fait de la résistance, questionne, met le doute, alerte sur les dangers sociaux, économiques et environnementaux de cette grande transformation. Pour les tenants du néolibéralisme, persuadés qu’une fois accompli, leur projet apportera paix et prospérité (mais seulement si tous les modèles alternatifs ont disparu), cette résistance est intolérable. Incapables de se débarrasser définitivement de cette force « d’un autre âge » par les urnes, ils ont choisi la voie de sa diabolisation et, maintenant, de sa criminalisation. Jusqu’à présent, prôner la régulation de l’économie, le contrôle des capitaux, les nationalisations, la limitation des hauts salaires, la planification… bref, prôner toutes les mesures salutaires qui font un vrai programme de gauche, nous faisaient passer pour de dangereux xénophobes, nationalistes, irresponsables, populistes et - très important - antisémites. Mais depuis l’assassinat de Samuel Paty, nous avons franchi un seuil. En tant que forces de gauche non libérale, nous ne sommes plus seulement suspects d’obscurs desseins rétrogrades et liberticides, nous en sommes officiellement coupables. Les 12 assassinés de Charlie, c’est nous, le meurtre de Samuel Paty, c’est nous, la montée de l’islam radical, c’est nous…

Il est important de comprendre que cette séquence de criminalisation que nous vivons n’est pas un épiphénomène conjoncturel lié au drame de Conflans. C’est une nouvelle phase qui s’ouvre et qui ne se refermera pas. Le projet néolibéral est menacé par les multiples crises qui convergent vers nous : Sanitaire, économique, environnementale, géopolitique. La fenêtre qui permettra son aboutissement en France se referme lentement et il n’est plus temps de tergiverser. Ce n’est donc pas par hasard si des « Collabos » zélés du système totalitaire dominant en place comme Valls, Bruckner, Cazeneuve… ont « dénoncé » nommément la gauche en la désignant à la vindicte populaire, ouvrant ainsi une fracture au sein de la population française que l’on n’est pas près de voir se fermer. L’objectif final étant de disqualifier la gauche pour l’élection de 2022 afin de laisser la place à ce qui apparaît de plus en plus comme une alliance officieuse entre l’extrême droite et le macronisme

Les collabos ne sont donc pas ceux que l’on croyait, ils pullulent sur les chaînes d’infos en continu qui, Ô hasard ! ouvrent en grand leurs plateaux à toute une population d’intervenants venus directement de l’extrême droite.

Karl Marx disait que l’histoire se répète deux fois. « La première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce ».

Triste farce en réalité que celui du retour de l’extrême droite.

Je vous recommande également le texte d'Alexis Dayon

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