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Billet de blog 29 sept. 2009

Polanski et ses étranges soutiens

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J’ai toujours trouvé que le monde du show-business était à la fois peu sympathique et peu recommandable. Surtout depuis l’instauration du star système dans les années 1980 et la transformation des artistes en produits de consommation. Le mélange de la notoriété, de la surexposition médiatique et de l’argent facile est un cocktail étonnant qui fait manifestement tourner les têtes les mieux faites. Il faut concéder à toutes nos stars, petites et grandes, que la culture de l’égo dopée au cash ne contribue nullement à garder pied avec la réalité du monde de la « France d’en bas » (comme disait un fan de Jean Philippe Smet), et la condescendance médiatique remplace désormais bien souvent l’engagement politique et intellectuel d’antan.

C’est particulièrement vrai depuis l’arrestation de Roman Polanski. La levée de boucliers du monde culturel est totale et absolue. A quelques exceptions près, les réactions d’indignation outrées sont légions, toutes condamnent cet « acharnement judiciaire » et une pétition circule même parmi nos « étoiles » pour exiger sa libération.

Et on a beau chercher de la retenue ou de la nuance parmi ce concert d’indignation, rien n’y fait, Roman Polanski est un grand homme qui doit être libéré justement parce qu’il est un grand homme et l’ami des stars. Quant au crime dont il s’est rendu coupable et qu’il a, en partie, avoué, il est totalement escamoté malgré son extrême gravité et nul, parmi ses soutiens, ne trouve l’énergie et la décence nécessaire pour prendre de la distance, non pas avec l’homme en lui-même qui sans doute, mérite l’affection que les siens lui portent, mais simplement avec ses actes et son passé.

C’est ainsi que nous avons eu droit depuis l’arrestation de l’artiste à un festival de déclarations toutes aussi indignes les unes que les autres.

On l’a vu, Frédéric Mitterand s’est ému d’une « Amérique qui fait peur » et a évoqué « une histoire qui « n’a pas vraiment de sens »

Bernard Kouchner a trouvé « sinistre cette histoire, un homme d’un tel talent… »

Pour Christophe Barbier de l’Express, l’affaire est simplement politique

Pour Costa Gavras, il a carrément appelé à "cesser de parler de viol", soutenant que la jeune fille de 13 ans "en fait 25 sur les photos"

Et enfin, et non des moindres, Claude Lelouch nous assure avec dédain que la suisse n’est plus ce qu’elle était, qu’elle a appliqué des méthodes dignes de la gestapo et que, avant, la Suisse était l’endroit où on se réfugiait.

On le note aisément, dans aucune de ces cinq interventions il n’est question de la victime en tant que telle.

Le seul à y faire référence est Costa Gavras qui sous entend que la fillette de 13 ans en faisait 25 (ce qui bien entendu change tout et rend le crime acceptable n’est ce pas ?) et qu’elle n’était pas innocente. Ce qui est l’argument en général des pédophiles et des violeurs quand ils se font coincer et qu’ils doivent rendre compte de leurs actes. L’abjection et l’ignominie de ce propos n’a toutefois rien à envier à celui tenu par le cinéaste Claude Lelouch qui, en parlant de « méthodes dignes de la Gestapo », met sur le même plan l’arrestation d’un juif pendant l’occupation et celle d’un délinquant sexuel aujourd’hui !

Quant aux autres, l’affaire est sans conséquence et « n’a pas vraiment de sens ». La victime n’existe pas, ou ne fait pas le poids en regard de l’immensité de l’artiste qui l’a violée.

Pourtant au sein de nos démocraties, le viol sur mineure de moins de quinze ans avec circonstances aggravantes telles que l’administration de drogue, est un crime d’une extrême gravité qui, non seulement est puni très sévèrement par la loi mais qui, moralement, fait partie des actes considérés comme les plus abominables et les plus dénoncés.

Que l’ensemble du show business puisse aujourd’hui occulter totalement le crime commis par Polanski en dit long sur l’état de déliquescence de ce milieu rongé par l’argent et la gloire. On ne peut être qu’horrifié et consterné par le cynisme développé par l’ensemble de cette communauté

Et le comble dans cette histoire c’est que l’image de Roman Polanski semble se dégrader proportionnellement au soutien apporté par ses amis.

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