Avec Ghost Hunting, Raed Andoni ouvre le bal du Festival Ciné Palestine 2017

Le film Ghost Hunting (Istiyad Ashbah - 2017) de Raed Andoni ouvrira la 3e édition du Festival Ciné-Palestine, le 2 juin 2017, au Luminor Hôtel de Ville. C'est avec ce film personnel et cathartique, qui explore la douloureuse mémoire de prisonniers politiques palestiniens, que le cinéaste a obtenu le prix du meilleur documentaire de la Berlinale 2017.

Ghost Hunting, un reenactment cathartique de la brutalité du système carcéral israélien

Ghost Hunting - Raed Andoni - France, Palestine, Qatar, Suisse - 2016 © Tous droits réservés Ghost Hunting - Raed Andoni - France, Palestine, Qatar, Suisse - 2016 © Tous droits réservés
Après Fix me (2009), son premier long-métrage, Raed Andoni continue d'explorer, avec son dernier film Ghost Hunting, la mémoire torturée de ses protagonistes, toujours avec le même élan cathartique. Il choisit une nouvelle fois d'endosser le rôle de metteur en scène, de réalisateur et de personnage conducteur de ce documentaire thérapeutique, dans lequel il sonde cette fois encore son propre passé. 

Il y a maintenant 30 ans, alors qu'il n'avait que 18 ans, Raed Andoni s'est retrouvé entre les mains des forces de sécurités israéliennes dans le tristement célèbre centre de détention et d'interrogatoire d' al-Moskobiya, à Jérusalem, par lequel sont passés des milliers de palestinien-ne-s. C'est pour faire face à ses souvenirs de détention qui n'en finissent pas de le hanter, que le réalisateur palestinien a décidé de se lancer dans le reenactment de cette expérience traumatique, en étant à la fois devant et derrière la caméra. 

Andoni a passé une petite annonce dans un journal à Ramallah afin de réunir des hommes qui ont, comme lui, été détenu dans ce centre. A l'exception de Ramzi Maqdisi, qui est acteur et réalisateur, le casting est composé d'acteur amateurs, qui sont tous professionels du bâtiment. C'est dans un hangar désaffecté que ces hommes entreprennent de reconstruire la Moskabiya. 

A partir de leurs souvenirs parcellaires de leur expérience carcérale, ils parviennent à restituer l'univers oppressant et brutal des geôles israéliennes. Ce reenactment repose sur les ressorts du "théatre documentaire", ce qui permet à Raed Andoni de créer un espace d'expérimentation artistique en mettant en scène des situations fictives qui s'appuyent pour autant sur des expériences vécues. En endossant tour à tour les rôles de bourreaux et de victimes, ces hommes vont tenter d'exorciser les fantômes de leur détention passée en mettant en scène l'insidieuse violence des interrogatoires menés par les forces de sécurité israéliennes.  

Ghost Hunting, se présente comme une expérience cinématographique viscérale, qui invite le spectateur à se plonger directement dans la psyché de ces prisonniers politiques palestiniens qui ont le courage extrême de se livrer à l'écran. Les scènes de reenactment, qui sont par définition théatralisées, sont entrecoupées de témoigagnes plus personnels qui illustrent l'ampleur des mauvais traitements et de la torture infligés de manière systématique aux prisnniers politiques palestiniens par les interrogateurs israéliens

 "On a grandi avec cette idée : on est des héros ... on est obligés de se voir comme un groupe", raconte Raed Andoni au Dr Flefel, le thérapeute qui l'aide à chasser ses migraines dans Fix Me. Ainsi, tout au long de sa carrière, Andoni s'est affirmé comme un cinéaste qui refuse les injonctions identitaires. Il rejette ces visions "romanticisées" de la cause palestinienne qui procèdent par homogénéisation, et qui finissent par déposséder les Palestiniens du pouvoir d'affirmer eux-mêmes leurs identités et leurs expériences multiples. On ressent dans son storytelling une volonté marquée de reprendre le contrôle et de montrer que les protagonistes de Ghost Hunting, dont il fait partie, ne sont ni des victimes ni des héros. Le film est un plaidoyer convaincant en faveur du droit à l'individualité et à la vulnérabilité des palestiniens, et plus particulièrement des prisonniers politiques palestiniens. 

Raed Andoni signe ici un film profondément personnel, avec lequel il n'a pas pour ambition de fournir les clés de compréhension de la question carcérale en Palestine. Ghost Hunting n'est pas d'un documentaire pédagogique, et pourtant, et c'est bien là tout le paradoxe, ce film ne manquera pas d'avoir une résonance significative dans l'appréhension de cette question si centrale dans la société palestinienne. Selon de nombreux rapports d'ONG, depuis 1967, plus de 650 000 Palestinien-ne-s ont connu les prisons israéliennes.

 

Agenda FCP 2017:  

- Vendredi 2 juin 20h -  Luminor Hôtel de Ville à Paris 
La séance sera suivie d'une discussion avec le public en présence du réalisateur, Raed Andoni, et de Raed Khattab, Mohammad Khattab et Omar Dabboor. 

Réservations sur : www.luminor-hoteldeville.com 

 -Autre projection : Jeudi 8 juin - 20h - Cinéma l'Ecran à Saint-Denis
La séance sera suivie d'une discussion avec le public en présence de l'historien Dominique Vidal, des acteurs du film Mohammad Khattab et Omar Dabboor, et du réalisateur Raed Andoni (sous réserve).  

 Bande annonce :  

Ghost Hunting - Trailer © FIFDH Genève

Acteurs : Ramzi Maqdisi, Mohammed 'Abu Atta' Khattab, Raed Andoni, Atef Al-Akhras

Durée : 94 min

ProductionLes Films de Zayna, Arte France, Dar Films, Akka Films 

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Documentation et ressources sur la question carcérale dans les Territoires palestiniens illégalement occupés par Israël :

Depuis 1967, qui marque le début de la colonisation de l'occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, on estime que plus de 40% des hommes Palestiniens auraient passé du temps dans les prisons israéliennes. Selon Stéphanie Latte-Abdallah, politiste et historienne, l'Etat israélien "a tissé sur les territoires occupés une toile carcérale, à la fois virtuelle et réelle, avec la possibilité d’incarcérer quasiment tout le monde, hommes, femmes et enfants dès l’âge de 12 ans. Ainsi l’enfermement est-il devenu pour Israël le dispositif majeur de connaissance et de contrôle de la population palestinienne "[1].  

 

Plateforme des ONG française pour la Palestine : 
- Infographie : la tortue, arme répressive d'Israël
- Enfances brisées : les mineurs palestiniens dans le viseur de la répression israélienne

ACAT :
- Palestine-Israël : La pratique de la détention administrative, un déni de droit

Addameer Prisonner Support and Human Rights Association 
- rapport sur la pratique de la détention administrative dans les territoires occupés (en anglais) 
 

Statistiques : les prisonniers politiques et d'opinion palestiniens dans les prisons israéliennes (Avril 2017) © Prisoner Support and Human Rights Association Statistiques : les prisonniers politiques et d'opinion palestiniens dans les prisons israéliennes (Avril 2017) © Prisoner Support and Human Rights Association

Amnesty International :  Palestine-Israël 
Israël doit mettre fin à sa politique "illégale et cruelle" à l'égard des prisonniers palestiniens

Vizualizing Palestine :
- Guide de la détention administrative 

 

[1]Stéphanie Latte Abdallah, « Entre dedans et dehors : vécus parentaux des détenus politiques palestiniens en Israël », Vol. XI | 2014 https://champpenal.revues.org/8736

 

Samia L. pour le Festival Ciné-Palestine.

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