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Billet de blog 12 juil. 2017

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Venezuela: Révolution bolivarienne de B à M #1

Episode 1: Bolivar et le bolivarisme

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Comme son nom l’indique de la manière la plus explicite qui soit, la révolution bolivarienne se réclame de la pensé d’une personne : Simon Bolivar, pourquoi ? Qui est cet Homme ? Quelle est donc sa pensée pour qu’elle soit reprise au XXIème siècle ? Et oui, on ne fait pas de politique sans histoire, alors rembobinons la cassette historique de deux cents ans, car c'est là qu'en réalité, tout a commencé.

© Filip FI

I. Qui est-il?

Né le 24 juillet 1783 à Caracas, Simon Bolivar, aussi appelé le Libertador (libérateur), fut un homme politique et leader militaire qui joua un rôle majeur dans la libération des peuples de l’Amérique du Sud. 
Fils d’aristocrates espagnols, il grandit, contrairement à ce que l’on pourrait penser, dans un milieu privilégié. Il perd ses parents très jeunes (3 et 9 ans) mais deux personnes vont l’éduquer et forger sa pensé. Hipolita est sa nourrice noire et esclave de la famille, elle va le nourrir et s’occuper de lui comme son propre enfant (elle donnera d'ailleurs son nom à une des missions sociales de la future révolution). Bolivar la gardera toujours au plus près de son cœur.
Simon Rodriguez ou Robinson est peut-être celui qui a joué le plus grand rôle pour forger la pensée de Bolivar, c’est son mentor. C’est un lecteur de Rousseau qui va l’initier à la littérature classique et à la philosophie libérale jusqu’en 1798 (il a d’ailleurs sa place au Panthéon National et donnera lui aussi son nom à une mission sociale). A partir de cette date, Bolivar, poussé par son oncle, entame une carrière militaire et des voyages initiatiques en Europe qui vont compléter sa formation.

En 1799 il arrive en Espagne après une escale au Mexique et à Cuba, il y rencontre rapidement la belle espagnole Maria Teresa dont il tombe amoureux. Il veut fonder une famille et revenir au Venezuela mais son oncle lui conseille de voyager quelques temps en lui expliquant que c’était un peu prématuré. 1801, il se rend à Bilbao puis en France à Paris et Amiens avant de revenir à Madrid et épouser Maria Teresa. Bolivar et Maria Teresa vivent l’amour fou et voyagent au Venezuela jusqu’en janvier 1803 où Maria meurt de la fièvre jaune. Bolivar est bouleversé et anéanti, il repart en Europe pour s’installer à Paris au printemps 1804. Il va y vivre une vie sociale très intense avec tous les plaisirs que peut offrir la capitale française et va même avoir des amours furtifs, un signe évident de sa tourmente amoureuse après la mort de Maria. Bolivar va également y retrouver son maître et ami Simon Rodriguez et d’autres savants avec lesquels il va commencer à parler de l’indépendance latino-américaine.

Continuant ses voyages à travers l’Italie, la Hollande, l’Angleterre et les Etats-Unis, Bolivar s’aperçoit que le déclin de l’empire espagnol est inéluctable et jure à Rome de ne jamais laisser son âme, ni son bras en repos, tant que l’Amérique « espagnole » ne sera pas libre.

Statue de Simon Bolivar à Paris par Emmanuel Frémiet en 1930 © Jebulon

II. El Libertador

De retour au Venezuela, Bolivar entame le processus de libération de l’Amérique. Ne racontons pas toutes les batailles militaires mais allons directement aux dates clés de cette indépendance qui sera marquée et influencée par la mort de Bolivar.

  • 5 juillet 1811 : Avec l’appui de Bolivar et Francisco de Miranda (un autre héros de l’indépendance), un congrès proclame l’indépendance et la Première République du Venezuela.
  • Juin 1812 : Les troupes espagnoles reconquièrent le pays.
  • Août 1813 : Après de nombreuses victoires militaires de Bolivar, la Deuxième République est proclamée. Le titre de « Libertador » lui est alors décerné par la municipalité de Caracas (future capitale) le 14 octobre de la même année.

Malgré tout, la république est proclamée mais différentes batailles continueront de sévirent avant la véritable indépendance, c’est-à-dire le retrait définitif des troupes espagnoles.

  • 17 janvier 1819 : Sous l’impulsion de Bolivar et sa vision de l’union latino-américaine, la Grande Colombie est proclamée. Elle regroupe le Venezuela et la Colombie (incluant à l’époque le Panama). Plus tard, l’Equateur en fera partie à partir de 1822.
  • 17 décembre 1830 : A l’âge de 47 ans, Bolivar, souffrant de graves problèmes de santé, s’éteint, et avec lui la Grande Colombie la même année. Sa mort reste tout de même mystérieuse, certains affirment qu'il a été assassiné.
  • 1845 : Après des décennies d’obstination des espagnols pour ces territoires, la souveraineté est enfin reconnue et les troupes militaires espagnoles se retirent enfin.
Drapeau de la Grande Colombie de 1821 à 1831

III. Le bolivarisme

Sur le fond, quel est l'héritage idéologique laissé par Bolivar pour qu'il soit repris à travers tout un continent au XXIème siècle?
On note avant tout la nécessité d'une unité latino-américaine qui va de pair avec son indépendance. Les indépendances nationales doivent se consolider à travers un pouvoir central qui serait le garant de la stabilité du continent. La Grande Colombie en a été une expérience.
Bolivar est également le précurseur de l'anti-impérialisme sur le continent en prônant l'équilibre universel. Cette doctrine consiste à combattre sur le plan international, toute supériorité de nations sur d'autres. Elle s'applique tant à l'hégémonie européenne que celle des Etats-Unis. Et oui, en 1829, Bolivar disait déjà des Etats-Unis qu'ils semblaient "destinés par la Providence à attirer sur l’Amérique toutes les pires plaies au nom de la liberté".
Mais Bolivar est par-dessus tout un humaniste convaincu. Il refuse l'esclavage et l'exploitation des indigènes, et prône liberté et justice. C'est également un pacifiste, l'armée ne servant à ses yeux qu'à libérer des territoires, en aucun cas les conquérir.

Cette période de l'histoire est extrêmement importante pour comprendre la révolution bolivarienne. Le chavisme fera constamment référence à ces héros de l'histoire vénézuélienne pour s'y identifier. Bien que Bolivar prenne le dessus pour la symbolique dont il est porteur, bien des noms reviendront sur la scène politique, de Sucre à Miranda, en passant par Robinson ou Hipolita.
Dans quel contexte reviendront-ils? La suite au prochain épisode...

Si vous voulez aller plus loin...

  • ...dans la pensée bolivariste, je vous conseille cet excellent texte d'Héctor Constant Rosales, professeur à l'Université centrale du Venezuela, qui détaille la pensée de Bolivar et son actualité au sein des relations internationales de l'Amérique latine: 
    Actualité de la pensée de Simon Bolivar dans les relations internationales du XXIe siècle
  • ...dans la biographie de Simon Bolivar lui-même, il est sortie en 2013 un film à très gros budget qui retrace justement sa vie à travers ses aventures américaines et extra-américaines:
    Libertador

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