Filip FI
Étudiant L2 Histoire | Blogueur | Je travaille notamment sur les mouvements progressistes en Amérique latine, en particulier au Venezuela.
Abonné·e de Mediapart

24 Billets

0 Édition

Billet de blog 21 oct. 2017

Régionales au Venezuela: victoire du chavisme et de la démocratie

Dimanche dernier ont eu lieu les élections régionales au Venezuela. Les citoyens étaient appelés à voter pour élire les gouverneurs des 23 Etats qui composent le pays. Ce scrutin était particulièrement attendu car c'est le premier, depuis les législatives de 2015, auquel l'opposition accepte de participer. 18 régions ont été remportées par le chavisme, contre 5 seulement pour l'opposition.

Filip FI
Étudiant L2 Histoire | Blogueur | Je travaille notamment sur les mouvements progressistes en Amérique latine, en particulier au Venezuela.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C'est sans doute un résultat que certains ne s'attendaient pas à voir. Et pour cause, le chavisme, que l'on disait en phase terminale, garde la grande majorité des Etats du pays. Le GPP (coalition soutenant la révolution), passe de 20 à 18 Etats, tandis que la MUD (coalition d'opposition) n'en gagne que deux, passant de 3 à 5 Etats sous sa gouvernance.

Centre de vote à la base aérienne de La Carlota, Caracas © Filip FI

Ce scrutin intervient alors que le pays a connu une période de quatre mois d'extrême violence durant les manifestations de l'opposition, avec à la sortie plus d'une centaine de morts. Ces violences ont pris fin avec la convocation et l'élection d'une Assemblée Nationale Constituante le 30 juillet dernier, à laquelle l'opposition a refusé de participer. La légitimité du gouvernement de Nicolas Maduro a constamment été remise en cause durant ces derniers mois et, bien que le président ait été démocratiquement élu en 2013, les élections régionales étaient l'occasion pour lui de réaffirmer une fois de plus sa légitimité démocratique. C'est désormais chose faite.

En gardant le contrôle de la majorité des Etats du pays, le chavisme prouve qu'il n'a pas perdu son enracinement populaire et qu'il est toujours capable d'aller de l'avant, et ce, malgré le discrédit international permanent auquel il doit faire face. Les couleurs de la révolution bolivarienne ont repris le dessus dans les Etats de Lara, Amazonas et surtout Miranda, jusque là acquis à l'opposition et terre de l'un des leader de la MUD et ex-candidat à la présidentielle, Henrique Capriles1.
En revanche le chavisme perd lui aussi du terrain en certains endroits. Des Etats comme Nueva Esparta ou Anzoategui tombent aux mains de l'opposition. Mais c'est surtout dans les Etats frontaliers (Zulia, Tachira) ou proches de la Colombie (Merida), là ou sévissent groupes paramilitaires et trafics en tout genre, que le chavisme est en net recul.

En rouge, les Etats gagnés par le PSUV, en bleu, ceux gagnés par la MUD © Telesur

Le scrutin a aussi été l'occasion de révéler les paradoxes qui composent l'opposition, et les divisions qui l'animent. La MUD n'a cessé de qualifier le gouvernement de dictature, mais a accepté de participer aux élections régionales, pensant surement qu'elle allait remporter davantage d'Etats. Certaines composantes des plus extrêmes de la MUD, comme le parti Vente de Maria Corina Machado, avaient annoncé leur sécession avec la coalition et appelé à l’abstention. Mais pour une grande partie de l'opposition, cela veut-il dire qu'elle reconnait l'existence d'un processus électoral démocratique au Venezuela? En théorie oui, mais à peine les résultats tombés qu'elle criait déjà à la fraude (voir Elections régionales au Venezuela: ce qu'en disent les accompagnateurs internationaux).
En réalité, ces élections régionales ont démontré qu'une fois de plus, la majeure partie de l'opposition politique à la révolution bolivarienne refuse les règles démocratiques, et n'accepte de participer à des élections que par simple opportunisme.

Enfin, au-delà des aspects partisans du vote exprimé dimanche dernier, la participation a été énorme pour des élections régionales (61,14% contre 53,94% en 2012). Ce n'est pas sans signifier que le peuple a clairement exprimé son rejet de la violence comme moyen d'action politique.
Avant que le vote ait lieu, on pensait qu'une faible participation profiterait au chavisme, or, avec une forte participation, nul doute qu'une partie de l'opposition au sein de la population a également exprimé son adhésion aux méthodes démocratiques par son vote.

Pour avoir été sur place il y a encore quelques jours, je peux vous dire que le pays vit actuellement dans un climat de paix. Le refus des résultats par l'opposition ne présage rien de bon, espérons que les violences ne viendront pas à nouveau entacher la volonté populaire qui s'est exprimée en faveur de la paix.

Notes:

1: Pour en savoir plus sur Henrique Capriles, vous pouvez vous référer à un de mes précédents articles où j'en dresse un bref portrait. Cherchez la partie "Portrait de Henrique Capriles" ici: Venezuela: Révolution bolivarienne de B à M #4.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Au sud de l’Espagne, ces Algériens qui risquent leur vie pour l’Europe
En 2021, les Algériens ont été nombreux à tenter la traversée pour rejoindre la péninsule Ibérique, parfois au péril de leur vie. Le CIPIMD, une ONG espagnole, aide à localiser les embarcations en mer en lien avec les sauveteurs et participe à l’identification des victimes de naufrages, pour « soulager les familles ». Reportage.
par Nejma Brahim
Journal
Covid-19 : lever les brevets, une solution mondiale ?
Vaccination générale, nouveaux médicaments contre le Covid-19 : les profits des laboratoires pharmaceutiques explosent. Est-il envisageable qu’ils lèvent un jour leurs brevets ? On en parle avec nos invités Isabelle Defourny, de MSF, Jérôme Martin, cofondateur de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, et Rozenn Le Saint, journaliste santé à Mediapart.
par à l’air libre
Journal — Politique économique
Taxation de l’héritage : une lignée de fractures entre candidats à la présidentielle
La rationalité économique plaide pour un durcissement de l’impôt sur les successions, mais la droite se laisse aller à la démagogie en plaidant contre une hausse forcément impopulaire, dénonçant parfois un « impôt sur la mort ». La gauche cherche un équilibre entre justice et acceptabilité.
par Romaric Godin
Journal — Gauche(s)
Les partis de gauche opposés à la Primaire populaire durcissent le ton
Alors que le vote d’investiture de la Primaire populaire, qui compte déjà 288 000 inscrits, a lieu entre le 27 et le 30 janvier, les coups pleuvent sur cette initiative citoyenne. 
par Mathieu Dejean et Pauline Graulle

La sélection du Club

Billet de blog
Lettre aux candidats : vous êtes la honte de la France
Course à la punchline, postillonnage de slogans... vous n'avez plus grand chose de politiques. Vous êtes les enfants de bonne famille de la communication. Vous postulez à un rôle de gestionnaire dans l’habit de Grand Sauveur. Mais je suis désolée de vous apprendre que nous ne voulons plus d’homme providentiel. Vous avez trois trains et quelques générations de retard.
par sarah roubato
Billet de blog
Quand l’archaïsme du système des parrainages s’ajoute à celui du présidentialisme
La question de la pertinence du système des 500 parrainages revient régulièrement au moment de l’élection présidentielle. Plutôt que de revenir au système de l’anonymat des signatures, il serait préférable d’élargir le champ de la responsabilité de la sélection aux citoyens.
par Martine Chantecaille
Billet de blog
Présidentielles: penser législatives
La ficelle est grosse et d'autant plus visible qu'elle est utilisée à chaque élection. Mais rien n'y fait, presque tout-le-monde tombe dans le panneau : les médias aux ordres, bien sûr, mais aussi parfois ceux qui ne le sont pas, ainsi que les citoyens, de tous bords. Jusqu'aux dirigeants politiques qui présidentialisent les élections, y compris ceux qui auraient intérêt à ne pas le faire.
par Liliane Baie
Billet de blog
Élection présidentielle : une campagne électorale de plus en plus insupportable !
Qu’il est lassant d’écouter ces candidats qui attendent des citoyens d'être uniquement les spectateurs des ébats de leurs egos, de s'enivrer de leurs mots, de leurs invectives, et de retenir comme vainqueur celle ou celui qui aura le plus efficacement anéanti son adversaire !
par paul report